03.02.2012

Dette grecque: signaux contradictoires sur l'avancée des négociations

Les mes­sages contra­dic­toires fusent sur les négo­cia­tions de la Grèce avec ses créan­ciers publics et pri­vés: res­pon­sables grecs et euro­péens assurent qu'elles sont en passe d'aboutir tout en recon­nais­sant leur com­plexité, ce qui rend peu pro­bable un bou­clage ce week-end.

"Nous sommes dans la phase finale de l'élaboration du nou­veau pro­gramme écono­mique de la Grèce et de l'accord qui va allé­ger la dette publique et assu­rera le finan­ce­ment du pays pour les pro­chaines années", a affirmé ven­dredi le Premier ministre grec, Lucas Papademos.

Un accord entre Athènes et ses créan­ciers pri­vés semble "à por­tée de main", a assuré de son côté à Bruxelles Amadeu Altafaj, porte-parole du com­mis­saire en charge des ques­tions écono­miques et moné­taires Olli Rehn, qui avait lui-même espéré la veille un accord "d'ici à la fin de la semaine".

Mais les négo­cia­tions sont "très com­plexes", a concédé M. Altafaj.

Jeudi, le Premier ministre luxem­bour­geois Jean-Claude Juncker, par ailleurs chef de file des ministres des Finances de la zone euro, avait reconnu de son côté que les dis­cus­sions avec le sec­teur ban­caire étaient "ultra-difficiles".

Du côté des créan­ciers pri­vés, le patron de Deutsche Bank, Josef Ackermann, avait lui aussi souf­flé le chaud et le froid jeudi en affir­mant à la fois qu'un accord était "très proche" tout en ajou­tant que c'était peut-être une ques­tion "de semaines".

Athènes négo­cie un effa­ce­ment de 100 mil­liards d'euros de dette sous la forme d'une décote de 50% de la valeur nomi­nale des obli­ga­tions déte­nues par les créan­ciers pri­vés (banques, caisses d'assurance ou fonds d'investissement). Le but est de rame­ner la dette sou­ve­raine du pays aux alen­tours de 120% du pro­duit inté­rieur brut (PIB) vers 2020 contre plus de 160% actuellement.

Problème: les négo­cia­tions avec les créan­ciers pri­vés ne peuvent abou­tir avant qu'un accord ne soit trouvé avec la troïka de créan­ciers publics de la Grèce (UE, Banque cen­trale euro­péenne et Fonds moné­taire inter­na­tio­nal), qui négo­cient de leur côté les condi­tions d'octroi d'une aide de 130 mil­liards d'euros à Athènes.

La situa­tion finan­cière du pays s'est en effet dégra­dée depuis quelques mois, et les créan­ciers publics devront sans doute remettre au pot pour que l'objectif d'une dette sou­ve­raine rame­née à 120% puisse être atteint, ce que sou­haite le FMI. Une ral­longe de 15 mil­liards d'euros a été est évoquée.

Mais avant de délier les cor­dons de la bourse, la troïka exige que les par­tis repré­sen­tés dans le gou­ver­ne­ment grec de coa­li­tion s'engagent sur de nou­velles mesures d'austérité, au-delà des élec­tions géné­rales anti­ci­pées pré­vues ce printemps.

"Les négo­cia­tions sont très dif­fi­ciles", a déclaré jeudi le porte-parole du gou­ver­ne­ment grec Pantélis Kapsis. Les dis­cus­sions butent notam­ment sur les demandes de la troïka en faveur d'une baisse des salaires dans les entre­prises et des retraites complémentaires.

Autre pro­blème: tous les par­te­naires d'Athènes ne sont pas prêts à remettre au pot. "Il n'y a pas besoin pour le sec­teur public de par­ti­ci­per davan­tage", a déclaré jeudi le ministre des Finances alle­mand, Wolfgang Schäuble, rejoint ven­dredi par son homo­logue néer­lan­dais Mark Rutte, "pas enthou­siaste" à l'idée d'une rallonge.

La com­plexité de ces négo­cia­tions entre de nom­breux acteurs qui cherchent cha­cun à limi­ter leurs pertes fait qu'un bou­clage ce week-end est devenu très improbable.

M. Juncker a d'ores et déjà annoncé qu'il n'y aurait pas lundi de réunion des ministres des Finances de la zone euro sur la Grèce, comme cela avait été un temps évoqué. Une telle réunion n'est cepen­dant pas exclue plus tard dans la semaine.

Une ren­contre entre les chefs des par­tis repré­sen­tés dans le gou­ver­ne­ment de Lucas Papademos, pré­vue ven­dredi soir, pour­rait fina­le­ment se tenir samedi, voire dimanche.

Pourtant, le temps presse pour Athènes: les négo­cia­tions avec les banques doivent abou­tir d'ici au 13 février, et la Grèce doit rem­bour­ser 14,5 mil­liards d'euros de prêts le 20 mars, faute de quoi le pays sera en ces­sa­tion de paiement.


 

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