03.02.2012

David Karp, fondateur de Tumblr, un "geek" qui veut ringardiser Facebook

A peine Facebook s'apprête-t-il à entrer en Bourse, que déjà la relève se pré­pare. A 25 ans, David Karp a fondé Tumblr, un site valo­risé 800 mil­lions de dol­lars sans en avoir rap­porté un seul, et qu'il espère voir rin­gar­di­ser le roi des réseaux sociaux.

Des jeunes pro­diges de l'internet deve­nus patrons, David Karp a déjà adopté le verbe. Son site, un outil entre blog et réseau social, est "super", ses équipes "incroyables", et les défis rele­vés, for­cé­ment "excitants".

A pre­mière vue, Tumblr n'a rien de révo­lu­tion­naire. Comme un blog, on y publie en un clin d'oeil pho­tos et vidéos, et comme un réseau social, on y "suit" les publi­ca­tions de ses connais­sances pour les "repu­blier" sur son propre espace.

Mais la for­mule est un suc­cès, avec 42 mil­lions de blogs et 16 mil­liards de "posts" publiés, dont des célé­bri­tés, de Lady Gaga au blog de cam­pagne de Barack Obama, des artistes et d'innombrables ado­les­cents et geeks, les mor­dus de nou­velles technologies.

"Rêver de quelque chose et le don­ner à des mil­lions de per­sonnes, putain ! je ne peux pas ima­gi­ner quelque chose de plus fou", s'exclame David Karp.

Dix ans après l'éclatement de la pre­mière bulle des pre­mières start-ups, et sans plan clair pour déga­ger des pro­fits, David Karp a pu lever en sep­tembre 85 mil­lions de dol­lars, valo­ri­sant le site 800 à mil­lions de dollars.

"Les inves­tis­seurs ont fait beau­coup pour que nous n'ayons pas à nous pré­oc­cu­per de notre chiffre d'affaires", confie-t-il à l'AFP, en marge de la confé­rence DLD de Munich ras­sem­blant le gra­tin du web mondial.

"Tant que nous sommes capables de créer un pro­duit convain­cant et de le faire croître, nous avons de la marge pour expérimenter".

Alors que les icônes de la pre­mière géné­ra­tion web ont revêtu le cos­tume d'hommes d'affaires –Facebook, la créa­tion de Mark Zuckerberg va entrer en Bourse, et Larry Page, l'un des fon­da­teurs de Google, est devenu richis­sime– David Karp, visage ado­les­cent et sweat à capuche, veut incar­ner la relève.

"Aujourd'hui ce sont Google et Yahoo qui doivent fer­mer des ser­vices, et c'est Twitter, Foursquare (réseau social basé sur la loca­li­sa­tion par télé­phone) et Tumblr qui marchent à fond", dit-il.

Il sou­haite aussi que Tumblr, qui per­met des publi­ca­tions plus longues que Twitter, puisse comme lui contri­buer au Printemps arabe, "à la recons­truc­tion qui vient après les révolutions".

"La géné­ra­tion qui a grandi avec inter­net montre que son monde est dif­fé­rent, et qu'elle contrôle les gou­ver­ne­ments", veut croire ce New Yorkais à la ligne de modèle –il a été choisi par la griffe japo­naise de prêt-à-porter Uniqlo pour la cam­pagne de lan­ce­ment de son grand maga­sin de New York– dont la frange tombe juste au des­sus de ses yeux clairs.

Selon Michael Acton Smith, créa­teur de plu­sieurs start-ups, dont le réseau social pour enfants Moshi Monsters, David Karp est "humble et ami­cal", un gamin "qui dans les années 1960 ou 1970 aurait quitté l'école pour créer un groupe de rock, et aujourd'hui monte son entreprise".

"Je m'ennuyais tel­le­ment en classe que mes parents m'ont sug­géré d'arrêter l'école" à 15 ans, se souvient-il. Il se lance alors sans diplôme dans la pro­gram­ma­tion infor­ma­tique, comme sta­giaire puis consul­tant indépendant.

"Je dois beau­coup à mes parents", reconnaît-il. Sa mère est prof et son père musi­cien, une "sorte de savant fou pas­sionné d'ordinateurs" dont le stu­dio d'enregistrement, bri­colé à la mai­son, a abrité ses pre­miers émois informatiques.

Outre Tumblr, David par­tage son coeur entre sa copine, avec laquelle il a emmé­nagé, Clark leur chien, et New York, qu'il par­court en Vespa le week-end.

Selon la presse locale, il a acheté récem­ment pour 1,6 mil­lion de dol­lars un loft en duplex de 160 mètres car­rés à Williamsburg, quar­tier bran­ché de Brooklyn.

Le triomphe modeste, il décrit sa vie comme "simple": "je tra­vaille beau­coup, jusqu'à 19 ou 20H, je rentre à la mai­son, je me détends avec ma petite famille, et je file me cou­cher", dit-il.

Pour rien au monde, il ne tro­que­rait sa ville natale pour le soleil de la Silicon Valley, disant redou­ter notam­ment "la com­pé­ti­tion" qui y règne entre jeunes entrepreneurs.


 

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