03.02.2012

A Strasbourg, un semestre pour remettre en selle les étudiants décrocheurs

"Perdus", "noyés": les mêmes mots reviennent dans la bouche d'Anthony, Isabelle ou Pakisé, des étudiants qui ont perdu pied. Pour reprendre confiance en eux et se réorien­ter, ils pos­tulent à un semestre de coa­ching sur mesure à l'Université de Strasbourg (UdS).

Après sélec­tion, une tren­taine de "décro­cheurs" vont pro­fi­ter à par­tir du 9 février de cet accom­pa­gne­ment per­son­na­lisé, une démarche inno­vante pro­po­sée à Strasbourg dans le champ des sciences humaines. A la clé, un diplôme uni­ver­si­taire bap­tisé "Tremplin Réussite".

Pour prou­ver leur moti­va­tion, les can­di­dats défilent devant un jury. "J'ai besoin de retrou­ver un rythme de vie nor­mal et sur­tout une voie qui me plaise", raconte Anthony, 19 ans, qui a déserté depuis octobre les bancs de la faculté et ses cours d'Eco-Gestion.

Après un bac S obtenu avec "un peu de mal", il avait choisi cette filière "par défaut", et a rapi­de­ment décroché.

Isabelle, 19 ans, "vou­lait être avo­cate depuis toute petite". Après son bac réussi dans la dou­leur, elle avait donc fait un vrai choix pour la faculté de droit. "Mais c'était trop dif­fi­cile", dit-elle.

"Au lycée, j'ai tou­jours eu des profs qui m'ont sou­te­nue, explique-t-elle. Je vois qu'ici vous pro­po­sez un coach, c'est ce qu'il me faut".

En faculté de lettres, "j'ai coulé dès le début", dit Pakisé, 19 ans, qui n'a "aucune tech­nique pour travailler".

Pourquoi a-t-elle choisi les lettres après un bac pro dans le com­merce? "J'ai voulu faire un BTS en alter­nance, mais je n'ai pas trouvé de patron, dit-elle. Ce qui est sûr, c'est que je veux faire des études, mais je suis com­plè­te­ment per­due, je ne sais plus quoi faire".

"On des­cend du manège"

"A par­tir du lycée, ils sont pris dans un tour­billon et passent bru­ta­le­ment de l'enfance à l'âge adulte, avec des choix à assu­mer", explique Anne-Laurence Liechty, coor­don­na­trice de for­ma­tion en Sciences de l'éducation et membre du jury.

Des choix par­fois dic­tés par les parents ou influen­cés par les amis. "Nous, on leur dit: main­te­nant on des­cend du manège et on se demande ce qu'on veut vrai­ment faire", pour­suit Mme Liechty.

Les étudiants sélec­tion­nés sui­vront pen­dant cinq mois 25 heures de cours par semaine. Au pro­gramme: culture géné­rale, cours magis­traux dans plu­sieurs dis­ci­plines à décou­vrir ou encore méthodes de tra­vail. Un stage pro­fes­sion­nel d'un mois est aussi prévu dans le domaine choisi pour la réorientation.

"Le plus impor­tant, c'est qu'ils doivent élabo­rer un véri­table pro­jet per­son­nel et pro­fes­sion­nel", sou­ligne Sophie Kennel, che­ville ouvrière du pro­jet et ensei­gnante par ailleurs dans un Institut uni­ver­si­taire de tech­no­lo­gie (IUT) de l'UdS.

Pour épau­ler les étudiants, une psy­cho­logue pro­pose des exer­cices axés sur la confiance en soi et un réfé­rent les accom­pagne cha­cun dans le pro­jet à mettre sur pied.

Des cours de yoga sont aussi au menu. "Cela per­met de relâ­cher la pres­sion autour de cette réorien­ta­tion", se sou­vient Kevin Roecker, lau­réat de la pre­mière pro­mo­tion en 2011.

Lui qui s'était "perdu" en fac de droit, a rebondi avec suc­cès et suit "sans pro­blème" une for­ma­tion en IUT pour deve­nir concepteur-rédacteur dans la pub.

"Tous ne s'en sortent pas aussi bien", relève Mme Kennel. "Mais ce que montre l'expérience de l'an der­nier, c'est que les étudiants reprennent confiance et c'est une vic­toire", ajoute-t-elle, espé­rant que le dis­po­si­tif sera pérennisé.

Pour elle, "l'idéal serait qu'on puisse pro­po­ser cet accom­pa­gne­ment dès l'entrée à l'université". Avant que les étudiants ne deviennent des décrocheurs.


 

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