A Strasbourg, un semestre pour remettre en selle les étudiants décrocheurs
"Perdus", "noyés": les mêmes mots reviennent dans la bouche d'Anthony, Isabelle ou Pakisé, des étudiants qui ont perdu pied. Pour reprendre confiance en eux et se réorienter, ils postulent à un semestre de coaching sur mesure à l'Université de Strasbourg (UdS).
Après sélection, une trentaine de "décrocheurs" vont profiter à partir du 9 février de cet accompagnement personnalisé, une démarche innovante proposée à Strasbourg dans le champ des sciences humaines. A la clé, un diplôme universitaire baptisé "Tremplin Réussite".
Pour prouver leur motivation, les candidats défilent devant un jury. "J'ai besoin de retrouver un rythme de vie normal et surtout une voie qui me plaise", raconte Anthony, 19 ans, qui a déserté depuis octobre les bancs de la faculté et ses cours d'Eco-Gestion.
Après un bac S obtenu avec "un peu de mal", il avait choisi cette filière "par défaut", et a rapidement décroché.
Isabelle, 19 ans, "voulait être avocate depuis toute petite". Après son bac réussi dans la douleur, elle avait donc fait un vrai choix pour la faculté de droit. "Mais c'était trop difficile", dit-elle.
"Au lycée, j'ai toujours eu des profs qui m'ont soutenue, explique-t-elle. Je vois qu'ici vous proposez un coach, c'est ce qu'il me faut".
En faculté de lettres, "j'ai coulé dès le début", dit Pakisé, 19 ans, qui n'a "aucune technique pour travailler".
Pourquoi a-t-elle choisi les lettres après un bac pro dans le commerce? "J'ai voulu faire un BTS en alternance, mais je n'ai pas trouvé de patron, dit-elle. Ce qui est sûr, c'est que je veux faire des études, mais je suis complètement perdue, je ne sais plus quoi faire".
"On descend du manège"
"A partir du lycée, ils sont pris dans un tourbillon et passent brutalement de l'enfance à l'âge adulte, avec des choix à assumer", explique Anne-Laurence Liechty, coordonnatrice de formation en Sciences de l'éducation et membre du jury.
Des choix parfois dictés par les parents ou influencés par les amis. "Nous, on leur dit: maintenant on descend du manège et on se demande ce qu'on veut vraiment faire", poursuit Mme Liechty.
Les étudiants sélectionnés suivront pendant cinq mois 25 heures de cours par semaine. Au programme: culture générale, cours magistraux dans plusieurs disciplines à découvrir ou encore méthodes de travail. Un stage professionnel d'un mois est aussi prévu dans le domaine choisi pour la réorientation.
"Le plus important, c'est qu'ils doivent élaborer un véritable projet personnel et professionnel", souligne Sophie Kennel, cheville ouvrière du projet et enseignante par ailleurs dans un Institut universitaire de technologie (IUT) de l'UdS.
Pour épauler les étudiants, une psychologue propose des exercices axés sur la confiance en soi et un référent les accompagne chacun dans le projet à mettre sur pied.
Des cours de yoga sont aussi au menu. "Cela permet de relâcher la pression autour de cette réorientation", se souvient Kevin Roecker, lauréat de la première promotion en 2011.
Lui qui s'était "perdu" en fac de droit, a rebondi avec succès et suit "sans problème" une formation en IUT pour devenir concepteur-rédacteur dans la pub.
"Tous ne s'en sortent pas aussi bien", relève Mme Kennel. "Mais ce que montre l'expérience de l'an dernier, c'est que les étudiants reprennent confiance et c'est une victoire", ajoute-t-elle, espérant que le dispositif sera pérennisé.
Pour elle, "l'idéal serait qu'on puisse proposer cet accompagnement dès l'entrée à l'université". Avant que les étudiants ne deviennent des décrocheurs.
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