02.02.2012

Mitterrand en Seine-Saint-Denis pour une Villa Médicis d'un nouveau genre

Transformer un grand immeuble aban­donné aux confins de Clichy-sous-Bois en rési­dence d'artistes comme la Villa Médicis: Frédéric Mitterrand a pré­senté jeudi dans la tour Utrillo ce pro­jet "fou" qui com­mence à voir le jour.

"D'ici, la vue est for­mi­dable", lance le ministre de la Culture, arrivé au som­met de l'immeuble de 13 étages. On devine la Tour Eiffel, l'aéroport de Roissy et, selon le maire de Montfermeil Xavier Lemoine (UMP), par­fois La Défense et Disneyland.

La tour Utrillo a été construite en 1976 à la limite de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, à une ving­taine de km de Paris, pour deve­nir une tour de bureau. Mais les trans­ports ne sont jamais arri­vés, l'autoroute annon­cée n'a pas été construite, le quar­tier isolé s'est appau­vri. C'est là qu'ont démarré les émeutes urbaines en 2005. Le taux de chô­mage est de 22,7% à Clichy-sous-Bois.

Le pla­teau béné­fi­cie main­te­nant de l'un des gros chan­tiers de réno­va­tion urbaine, pour un mon­tant de 600 mil­lions d'euros. Des tours vidées de leurs habi­tants, qui vont être démo­lies, jouxtent encore Utrillo, qui devait elle aussi disparaître.

Quand on lui demande quel artiste accep­te­rait de venir dans cette tour en rési­dence, Frédéric Mitterrand évoque Brooklyn et répond: "Moi, je pour­rais très bien m'installer ici un an pour écrire. Toute sorte d'artistes, haï­tiens, séné­ga­lais, américains...".

Pour le ministre, qui fut direc­teur de la Villa Médicis à Rome, sym­bole de l'excellence fran­çaise, ce quar­tier a "énor­mé­ment d'attrait". Il vante "la convi­via­lité" du mar­ché au pied de l'immeuble. Et l'arrivée du tram­way puis du métro, dans le cadre du Grand Paris, va désen­cla­ver le quar­tier. "Un sym­bole de l'urbanisme en faillite" va deve­nir "le sym­bole du renou­veau", "un repère du Grand Paris cultu­rel", espère-t-il.

Dans quatre ans, selon Xavier Lemoine, les pre­miers artistes arri­ve­ront en rési­dence dans la "Tour Médicis". Toutes les dis­ci­plines pour­ront être repré­sen­tées, les arts plas­tiques et visuels, le théâtre, la musique, la danse, la littérature.

Les artistes, pas for­cé­ment fran­co­phones, rési­de­ront là, avec leurs familles. Ils mène­ront un tra­vail de recherche et d'expérimentation, notam­ment en lien avec le territoire.

La Tour devra être ouverte sur l'extérieur. "Si on est ouvert sur les acti­vi­tés du quar­tier et qu'on y apporte autre chose, sans arro­gance, ça peut mar­cher", selon M. Mitterrand.

Elle abri­tera une école de la deuxième chance et une pré­pa­ra­tion à l'enseignement supé­rieur artistique.

D'ici là, la réha­bi­li­ta­tion de la Tour pren­dra plu­sieurs mois. L'opération devrait coû­ter "autour de 20 mil­lions d'euros", dit "avec pré­cau­tion", M. Mitterrand. Les pre­mières ren­contres pour le finan­ce­ment sont en cours, indique-t-il, alors qu'une charte de fonc­tion­ne­ment sera remise "dans quelques semaines".

Le jour­na­liste Jérôme Bouvier, à l'origine du pro­jet, rap­pelle que de grands pho­to­graphes puis des écri­vains étaient venus en rési­dence après les émeutes de 2005. Il a rêvé il y a quatre ans qu'une nou­velle Villa Médicis s'installe là, "pour que la culture fran­çaise s'imprégne de la vita­lité et même de la rugo­sité de ces quar­tiers". Frédéric Mitterrand a d'abord fait face "à un océan de scep­ti­cisme", dit-il.

"Ce pro­jet fou s'esquisse dou­ce­ment", se réjouit le maire PS de Clichy, Olivier Klein. "Avant, on avait une renom­mée inter­na­tio­nale (à cause des émeutes de 2005, ndlr), on aura un rayon­ne­ment inter­na­tio­nal", se féli­cite Xavier Lemoine.


 

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