01.02.2012

Producteur de cinéma, un métier dangereux à taux de mortalité élevé

Tout mène au métier de pro­duc­teur mais il faut ensuite sur­vivre : si une cen­taine d'impétrants rejoignent chaque année le monde enchanté du cinéma, la moi­tié envi­ron dis­pa­raissent simultanément.

Tel est le constat d'une étude réa­li­sée par la revue pro­fe­sion­nelle Ecran Total, publiée mer­credi pour l'ouverture du fes­ti­val de "L'industrie du rêve", 12e rendez-vous annuel des métiers tech­niques du cinéma, et qui témoigne du renou­vel­le­ment ultra-rapide d'une pro­fes­sion qui tutoie l'éphémère.

Selon cette enquête, conduite de sep­tembre 2011 à jan­vier 2012, sur 451 pro­duc­teurs entrants (1er et 2e films) entre 2006 à 2010, 200 ont cessé la pro­duc­tion (soit 44%).

Chaque année, la France voit la pro­duc­tion de 200 films envi­ron, dont une moi­tié sont des pre­miers ou deuxièmes films de réa­li­sa­teur. Parmi ceux-ci, l'an der­nier, sur 207 films, 95 étaient aussi le pre­mier ou deuxième film de leur producteur.

Dans le détail, sur 112 nou­veaux pro­duc­teurs en 2006 (année record) 37 n'ont plus rien pro­duit ensuite et en 2010, sur 84 pro­duc­teurs entrants, 59 n'ont plus rien pro­duit au-delà.

"On compte envi­ron 500 pro­duc­teurs en France. Depuis deux ans sur­tout, la pro­fes­sion de pro­duc­teurs s'est beau­coup diver­si­fiée et les entrants viennent de par­cours très dif­fé­rents", indique Anne Bourgeois, délé­guée géné­rale du festival.

La ten­dance est sur­tout nette depuis 2006 et aurait été encou­ra­gée, estime-t-elle, par la sup­pres­sion en 2009 de la carte pro­fes­sion­nelle ins­ti­tuée par le régime de Vichy.

Or, com­plète Alain Coiffier, pro­duc­teur notam­ment de "La Grande Bouffe" et aujourd'hui consul­tant, "entre la diver­sité et le bazar, la fron­tière est ténue". La carte, juge-t-il, enca­drait la profession.

Apocalypse now

Les pro­duc­teurs sortent des facs de philo, des cabi­nets d'avocats et par­fois de l'ENA, plus rare­ment d'une école de com­merce ou de ges­tion et près d'un quart (21%) sont "for­més sur le tas".

Et ils se retrouvent à gérer des bud­gets de plu­sieurs mil­lions d'euros — 5 à 6 mil­lions en moyenne pour un long métrage.

Mieux vaut donc avoir un mini­mum de connais­sances comp­tables ou, mieux encore, "avoir tra­vaillé dans le domaine de la pro­duc­tion" avant de se lan­cer, remarque Thierry de Segonzac, pré­sident de la Fédération des indus­tries tech­niques du cinéma (Ficam), qui pré­pare pour mars les "Etats géné­raux de la pro­duc­tion" en France.

"Autrefois, le cinéma de papa auto­ri­sait le coup de folie : un pro­duc­teur met­tait son argent sur la table et s'il en man­quait, il hypo­thé­quait sa mai­son. Le cinéma d'aujourd'hui, c'est de l'ingénierie finan­cière qui impose de res­pec­ter une rigueur finan­cière et juri­dique", insiste-t-il.

Pour cet expert, on peut réus­sir de deux façons : "Produire selon un gaba­rit bud­gé­taire maî­trisé et récol­ter un suc­cès suf­fi­sant pour équi­li­brer les comptes et gagner en cré­di­bi­lité — il cite "La Guerre est décla­rée", de Valérie Donzelli, micro-budget d'1,5 mil­lion d'euros et maxi-effet (un demi-million d'entrées en trois semaines, plus de 800.000 aujourd'hui).

Ou "être suf­fi­sam­ment cré­dible et talen­tueux pour fédé­rer autour de soi" d'autres moyens finan­ciers (co-producteurs, dis­tri­bu­teurs, diffuseurs...).

Car Thierry de Segonzac voit pas­ser ces pro­duc­teurs dépas­sés par la folie des gran­deurs de leurs réli­sa­teurs, "perdre tout sens des réa­li­tés finan­cières et écono­miques". Son man­tra : "savoir dire non" au débu­tant qui veut faire "Apocalypse now".

"La sélec­tion natu­relle est vio­lente", décrypte-t-il. "On peut avoir tous les ingré­dients les plus frais pour réus­sir, encore faut-il avoir le coup de main. Et celui-là, per­sonne ne sait com­ment on l'attrape. il n'y a pas de recette absolue".


 

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