01.02.2012

L'un des premiers opéras payants, "Egisto", pour la première fois à Paris

L'un des pre­miers opé­ras payants, l'"Egisto" de l'Italien Francesco Cavalli, revit sur la scène de l'Opéra Comique à Paris, où il est donné pour la pre­mière fois, avec un éclai­rage aux bou­gies comme lors de sa créa­tion à Venise au début du XVIIe siècle.

Cet opéra, monté par deux spé­cia­listes du baroque, le met­teur en scène Benjamin Lazar et le chef d'orchestre Vincent Dumestre à la tête de son ensemble Le Poème Harmonique, est à l'affiche du 1er au 9 février à Paris, avant d'être joué à Rouen du 16 au 19 février.

Alors que ces spec­tacles étaient jusqu'alors réser­vés à la cour, l'arrivée en 1637 d'une troupe musi­cale à Venise au Théâtre San Cassiano lance l'opéra payant public, qui connaît un véri­table engoue­ment et s'étend à l'Europe.

"Notre écono­mie du spec­tacle est com­plè­te­ment liée à cette par­tie de l'histoire, qui repré­sente une sorte de démo­cra­ti­sa­tion du spec­tacle vivant", assure Benjamin Lazar. Ces pre­miers opé­ras publics n'ont pas sur­vécu au temps, à l'exception de par­ti­tions d'"Egisto", repré­senté pour la pre­mière fois en 1643 au Théâtre San Cassiano.

"C'est une oeuvre magni­fique et pas sim­ple­ment un témoi­gnage his­to­rique inté­res­sant de la nais­sance de l'opéra", assure Benjamin Lazar.

"On a l'impression qu'il y a, en quelques années, dans la fabrique de ces opéras-là, un immense savoir faire, une manière de tra­vailler ensemble, com­po­si­teurs, libret­tistes, scé­no­graphes, machi­nistes, qui res­semble à une sorte de troupe à l'origine d'un nou­veau genre", pour­suit Vincent Dumestre.

Le fait que le théâtre est une entre­prise tri­bu­taire des recettes de billet­te­rie implique pour le libret­tiste une nou­velle façon d'écrire, relève Benjamin Lazar. "Les scènes sont très enle­vées, assez courtes, s'enchaînent avec beau­coup d'habileté pour tenir le spec­ta­teur en haleine", explique-t-il. "Une nou­velle façon de faire de la musique et de peindre les pas­sions humaines qui atteint avec Cavalli une très grande vir­tuo­sité", selon lui.

Benjamin Lazar et Vincent Dumestre ont déjà pro­duit ensemble la comédie-ballet "Le Bourgeois gen­til­homme" et la tra­gé­die en musique "Cadmus et Hermione".

Ils cherchent à "har­mo­ni­ser le tra­vail que font les musi­ciens baroques sur l'instrumentation, l'ornementation, les cou­leurs vocales et ins­tru­men­tales avec le tra­vail scé­nique". Outre ce lan­gage com­mun cor­po­rel et musi­cal, ils pri­vi­lé­gient depuis plu­sieurs années le tra­vail à la bou­gie pour ses qua­li­tés esthétiques.

"Ce que j'aime aussi dans la bou­gie, c'est sa capa­cité à repro­duire le clair-obscur si frap­pant dans les tableaux de Caravage, qui donne libre cours à l'imagination du spec­ta­teur en mesure de se pro­je­ter dans les zones sombres".

Cet éclai­rage com­porte une rampe et des éclai­rages laté­raux. Pour "Egisto", "on est allé plus loin que d'habitude puisque à l'intérieur même du décor, il y a 200 bou­gies", affirme le met­teur en scène. Le chan­teur peut ainsi s'éclairer lui-même en s'approchant ou en s'éloignant de la bougie.

Le décor, qui change huit fois durant le spec­tacle grâce à un méca­nisme tour­nant, "est aussi une façon de mon­trer que la réa­lité est tou­jours chan­geante et de plon­ger les spec­ta­teurs dans cette imper­ma­nence des choses qui est le propre du baroque", ajoute Benjamin Lazar.

D'autant que la folie est le thème de l'opéra, une thé­ma­tique nou­velle pour ce genre musi­cal et "un moyen pour le com­po­si­teur de faire preuve d'une très grande virtuosité".


 

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