29.01.2012

Musique : quand les artistes passent leur grand oral

Tout musi­cien débu­tant rêve de jouer devant une foule de fans en liesse, moins nom­breux sont ceux qui s'enthousiasment à l'idée de se pro­duire face à des pro­fes­sion­nels écou­tant car­net de notes en main. Un "grand oral" pour­tant obligé pour décro­cher contrat et dates de tournées.

Comme chaque année, le 46e Marché inter­na­tio­nal du disque et de l'édition musi­cale (Midem) réunit jusqu'à mardi à Cannes (sud-est de la France) des mil­liers de pro­fes­sion­nels de l'industrie musi­cale: mai­sons de disques, dis­tri­bu­teurs, mana­gers, tour­neurs, éditeurs, publi­ci­taires, journalistes...

Dans la jour­née, des confé­ren­ciers décryptent les ten­dances du mar­ché inter­na­tio­nal et des contrats se nouent.

En soi­rée, ce petit monde se retrouve autour de concerts orga­ni­sés par le Midem avec de jeunes artistes.

Pour les groupes sélec­tion­nés, l'enjeu est de taille. Une pres­ta­tion réus­sie peut per­mettre de décro­cher un contrat avec une mai­son de disques, d'être repéré par une marque à la recherche de la bande-son de sa pro­chaine pub, de se faire remar­quer par la presse inter­na­tio­nale ou de trou­ver un dis­tri­bu­teur pour s'exporter à l'étranger.

"Dans les années récentes, il y a eu de très belles his­toires au Midem. Charlie Winston a été décou­vert ici, lors d'un concert, par le direc­teur du label Atmosphériques qui l'a signé sur le champ. En 2007, Amy Winehouse y a joué son pre­mier concert hors de Grande-Bretagne et ça a vrai­ment lancé sa car­rière inter­na­tio­nale", témoigne le direc­teur du Midem, Bruno Crolot.

La grand-messe can­noise n'est pas le seul point de rendez-vous des pro­fes­sion­nels pour déni­cher de nou­veaux talents.

Des mar­chés comme Eurosonic aux Pays-Bas ou South by Southwest aux Etats-Unis sont spé­cia­le­ment dédiés à l'exposition de jeunes artistes.

Certains fes­ti­vals répu­tés pour leur affiche avant-gardiste sont égale­ment très sui­vis par les pro­gram­ma­teurs des radios et les tour­neurs, comme les Trans Musicales de Rennes (nord-ouest).

Bars et chapiteaux

Sans comp­ter les "show­cases" (courts concerts où l'artiste n'interprète que quelques mor­ceaux) pri­vés orga­ni­sés par les mai­sons de disques.

A ses débuts, la fran­çaise Zaz a ainsi dû jouer devant l'ensemble des direc­teurs des filiales euro­péennes de Sony pour les convaincre de dis­tri­buer son disque sur leurs mar­chés respectifs.

"Je n'aurais pas aimé être à sa place. Mais elle les a vrai­ment conquis en jouant devant eux", raconte à l'AFP Annick Geisler, direc­trice du mar­ke­ting inter­na­tio­nal de la major du disque. Résultat : l'album de Zaz a été un des plus grands suc­cès fran­çais de l'année à l'étranger, avec 556.000 exem­plaires vendus.

Pour les artistes, jouer devant un public de pro­fes­sion­nels venu pour les juger n'est jamais chose facile.

Le groupe de rock fran­çais Stuck in the Sound, qui se pro­duit dimanche au Midem, garde un sou­ve­nir mitigé de son pas­sage aux Trans Musicales de Rennes en décembre, où il était venu pré­sen­ter en avant-première son nou­vel album "Pursuit", annoncé comme un virage plus pop et de ce fait très attendu par la profession.

"On avait deux options : soit jouer les nou­veaux mor­ceaux pour les 30 +pros+ qui étaient là, soit jouer les anciens mor­ceaux beau­coup plus rock pour les 2.000 per­sonnes du grand public", explique José le chan­teur du groupe.

"On n'a pas joué les titres pop et ça nous a été beau­coup repro­ché. Les +pros+ nous ont cra­ché des­sus en disant +on croyait que vous aviez changé+", se sou­vient le musicien.

Pour rame­ner "authen­ti­cité et plai­sir" dans ces concerts un peu par­ti­cu­liers, le Midem a d'ailleurs décidé de chan­ger leur confi­gu­ra­tion cette année.

Auparavant pro­gram­més dans des salles de récep­tion de grands hôtels de la Croisette, ils ont désor­mais lieu dans des bars de la ville et sous un cha­pi­teau pour les artistes les plus connus.


 

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