27.01.2012

Guy Delisle dessine le monde comme il lui "tombe dessus"

Le Québécois Guy Delisle rejette l'étiquette de jour­na­liste, il "attend que les his­toires lui tombent des­sus", mais c'est bien à un repor­tage pas­sion­nant sur la Ville Sainte qu'il convie le lec­teur dans sa BD "Chroniques de Jérusalem", sélec­tion­née au Festival de bande des­si­née d'Angoulême (ouest de la France).

"Cela m'embête tou­jours de me voir col­ler l'étiquette du BD repor­tage. Moi, je suis à l'opposé de l'Américain Joe Sacco (l'auteur de "Gaza"). Je ne fais pas d'investigation, pas d'enquête appro­fon­die. J'essaye juste de res­ter stoïque et de gar­der une dis­tance", confie-t-il dans un entre­tien à l'AFP.

"Je ne me sens pas jour­na­liste, j'attends que les his­toires me tombent des­sus", poursuit-il.

"Je suis d'une cer­taine façon repor­ter, mais plu­tôt comme un curieux qui enver­rait de longues cartes pos­tales à ses amis. Un type nor­mal, dépassé par la situa­tion", dit le Canadien de 46 ans, allure juvé­nile et décontractée.

Dans son roman gra­phique, "Chroniques de Jérusalem" (Delcourt), l'auteur de "Shenzen", "Pyongyang" et "Chroniques bir­manes" relate le quo­ti­dien des habi­tants de Jérusalem.

Suivant sa com­pagne expa­triée pour l'association Médecins sans fron­tières, il y a passé un an, en 2008–2009, avec ses deux enfants. Et c'est un por­trait de ses nom­breux quar­tiers, où coha­bitent dans la tour­mente trois reli­gions mono­théistes agi­tées de ten­sions qu'il "donne à voir sans voyeu­risme et sans juger", assure Guy Delisle.

"J'y arri­vais tota­le­ment vierge. Je n'avais emporté aucun pré­jugé dans mes valises !", dit en sou­riant ce Canadien bour­lin­gueur, formé au des­sin animé.

Case après case, "je croque le quo­ti­dien par le petit bout de la lor­gnette, mais tous ces détails se révèlent lourds de sens et je me retrouve confronté à la grande Histoire".

Ici, le poi­gnet famé­lique d'une femme voi­lée en cours de des­sin, là, les scènes kaf­kaïennes des contrôles, ailleurs, le mur de sépa­ra­tion ou un haut-parleur qui braille... Et tout est dit de ce monde.

Ouvrir des portes

"A Jérusalem, je me suis remis à faire des cro­quis, je vou­lais que les gens recon­naissent une mai­son, un coin de rue. Je prends aussi des tas de notes", explique-t-il.

"Le des­sin, cela peut ouvrir ou fer­mer des portes. Dans un camp de réfu­giés pales­ti­niens dont on m'avait dit le pire, les gens sont venus me par­ler en me voyant le car­net de cro­quis à la main. Ils m'ont beau­coup appris", relève-t-il.

"Une autre fois, c'est la police israé­lienne qui s'est pré­ci­pi­tée sur moi car je des­si­nais un camion mili­taire... Là, le contact a été très bref !".

"Je fais relire mes textes aux gens mis en scène dans la BD, ils tra­vaillent avec moi", ajoute Guy Delisle.

"Cela m'arrive aussi de ne pas faire de +repor­tages+. En Ethiopie, je tra­vaillais sur la Birmanie, au Vietnam, je n'ai pas eu le temps", souligne-t-il.

"Les Chroniques de Jérusalem" ont été tra­duites en plu­sieurs langues. "J'adorerais qu'elles le soient en hébreu ou en arabe. Mon livre, +Pyongyang+, va être tra­duit en arabe, c'est super car il y très peu de BD à Gaza".

"Maintenant, je pose mes valises à Montpellier", dans le sud de la France, "Ma com­pagne arrête l'humanitaire. Et j'ai un livre en tête qui me tient à coeur".

"Pour une fois, ce ne sera pas auto­bio­gra­phique, mais l'histoire vraie d'un huma­ni­taire kid­nappé pen­dant 3 mois en Tchétchénie. Ce sera sur l'enfermement, c'est fas­ci­nant", note le dessinateur.

"Et un jour, pour­quoi pas, je me lan­ce­rai dans une BD sur le Canada. J'en suis parti depuis si long­temps que j'ai désor­mais assez de recul. On m'y explique même ce qu'est le sirop d'érable !", sou­rit Guy Delisle qui a bel et bien perdu son accent québécois...


 

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