27.01.2012

Des milliers d'Egyptiens de nouveau mobilisés contre l'armée

Des mil­liers d'Egyptiens conver­geaient ven­dredi vers la place Tahrir au Caire pour récla­mer le départ des mili­taires au pou­voir depuis la chute du pré­sident Hosni Moubarak il y a bien­tôt un an.

Après la prière heb­do­ma­daire de la mi-journée, des marches sont par­ties des dif­fé­rentes mos­quées du Caire pour rejoindre la célèbre place, épicentre de la révolte popu­laire de janvier-février 2011.

"A bas le pou­voir mili­taire!", criaient les mani­fes­tants venus de la mos­quée Istiqama à Gizeh. "La légi­ti­mité vient de la place", scandaient-ils en tapant des mains et en agi­tant des drapeaux.

Sur la place Tahrir, des mil­liers d'Egyptiens se sont réunis pour la prière parmi les tentes des cen­taines de per­sonnes qui campent depuis mer­credi, date anni­ver­saire du début du sou­lè­ve­ment qui a mis fin à trois décen­nies de règne de M. Moubarak.

L'imam chargé de conduire cette prière, Cheikh Mazhar Mazhar Shahin, a affirmé que si la révolte avait conduit à des réa­li­sa­tions notables, le che­min vers un Etat démo­cra­tique était encore long.

"Le peuple est des­cendu (dans la rue) le 25 jan­vier 2011 pour récla­mer la liberté, la jus­tice, la dignité et la fin d'un régime répan­dant la cor­rup­tion sous toutes ses formes", a-t-il rap­pelé à la foule.

"Il a réussi à faire tom­ber la tête du régime en seule­ment 18 jours et à mettre des sym­boles der­rière les bar­reaux. Néanmoins, la révo­lu­tion n'a pas atteint tous ses objec­tifs et c'est ce qui conduit le peuple à des­cendre de nou­veau dans la rue pour ce pre­mier anni­ver­saire", a-t-il ajouté.

M. Moubarak, en déten­tion dans un hôpi­tal mili­taire, est actuel­le­ment jugé pour la mort de mani­fes­tants durant la révolte, qui a fait offi­ciel­le­ment près de 850 morts. Ses deux fils Alaa et Gamal ainsi que plu­sieurs de ses ministres sont aussi en pri­son, accu­sés de corruption.

La jour­née de ven­dredi a été pla­cée sous le slo­gan "de la fierté et de la dignité" par les dizaines de groupes pro-démocratie à l'initiative de la mobi­li­sa­tion. Des mani­fes­ta­tions doivent égale­ment avoir lieu dans d'autres villes du pays, en par­ti­cu­lier à Alexandrie (nord) et à Suez (nord-est).

Les Frères musul­mans, grands vain­queurs des récentes élec­tions légis­la­tives, occu­paient une par­tie de la place Tahrir, où l'ambiance était plu­tôt à la fête.

Plus loin, les slo­gans étaient réso­lu­ment contre le pou­voir mili­taire, et net­te­ment moins eupho­riques. "Aucun des objec­tifs de la révo­lu­tion n'a été réa­lisé. Qu'est-ce qu'ils fêtent?", s'interrogeait Fahd Ibrahim, un manifestant.

"Nous vou­lons aussi faire avan­cer les objec­tifs de la révo­lu­tion. Nous vou­lons la même chose, mais cha­cun prend une route dif­fé­rente", insis­tait Essam Elsawy, un membre de la confrérie.

Les mani­fes­tants réclament tous la fin du recours à des tri­bu­naux mili­taires pour juger des civils, une restruc­tu­ra­tion du minis­tère de l'Intérieur, et le res­pect des liber­tés et de la jus­tice sociale. Mais les isla­mistes insis­taient moins sur le départ des mili­taires du pouvoir.

L'armée a pro­mis de rendre le pou­voir aux civils à l'issue d'une élec­tion pré­si­den­tielle pré­vue avant juillet, mais nombre d'Egyptiens l'accusent de vou­loir pré­ser­ver ses pri­vi­lèges et conti­nuer à influen­cer la vie politique.

L'opposant Mohammed ElBaradei a pro­posé ven­dredi une nou­velle feuille de route pour le pays, appe­lant "le Parlement à élire immé­dia­te­ment un pré­sident par inté­rim", puis à for­mer une com­mis­sion pour rédi­ger une nou­velle Constitution.

Un pré­sident, dont "les pou­voirs seraient défi­nis par la nou­velle Constitution", serait ensuite élu, et un nou­veau scru­tin légis­la­tif suivrait.

"Après un an de tâton­ne­ment, il est temps de se mettre d'accord pour cor­ri­ger le tir", a insisté M. ElBaradei.


 

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