26.01.2012
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Claude Bartolone : en Seine-Saint-Denis, les cas de violences gravissimes à l'école sont rares

Une enquête sur le cli­mat sco­laire en Seine-Saint-Denis, publiée le 16 jan­vier, a été réa­li­sée par Eric Debarbieux, à la demande du Conseil géné­ral, auprès des per­son­nels de l'éducation natio­nale du dépar­te­ment. Claude Bartolone, pré­sident (PS) du Conseil géné­ral de Seine-Saint-Denis, com­mente pour nous les résul­tats de cette étude –qui bous­cule cer­taines idées reçues– et revient sur le rôle de l'éducation artis­tique, prôné par François Hollande dans son dis­cours du Bourget.

claude bartoloneL'enquête d'Eric Debarbieux révèle qu'en Seine-Saint-Denis trois per­son­nels sur quatre jugent le cli­mat sco­laire de leur établis­se­ment glo­ba­le­ment bon. Les médias exagèrent-ils quand ils mettent en avant les dif­fi­cul­tés à ensei­gner en Seine-Saint-Denis ?

Je crois que, sur ce sujet pré­ci­sé­ment, il est impor­tant de com­prendre pour agir. Je dis sur ce sujet parce qu'il peut faire l'objet de tous les fan­tasmes. Parce que cer­tains actes effec­ti­ve­ment, par­fois spec­ta­cu­laires vont faire la une des jour­naux. Pour ne pas faire fausse route, je crois pré­fé­rable de m'appuyer sur une enquête plu­tôt que sur la somme des faits divers rap­por­tés ici et là. Avec cette enquête, nous consta­tons que les cas de vio­lences gra­vis­simes sont rares et ce sont plu­tôt les vio­lences quo­ti­diennes qui vont avoir un impact néga­tif sur le cli­mat sco­laire. La vio­lence existe dans l'Ecole d'aujourd'hui. Il ne faut pas la cacher ni la mini­mi­ser. Mais, nous affir­mons aussi qu'il ne faut pas l'exagérer lorsque 75% des per­son­nels de l'Education natio­nale estiment que le cli­mat sco­laire est plu­tôt bon. Je veux rete­nir ce chiffre parce que l'image de ce dépar­te­ment est bien sou­vent déva­lo­ri­sée. Je m'efforce de chan­ger son image et pour ce faire il faut s'appuyer sur les poten­tiels dont il regorge : écono­mique bien sûr mais aussi cultu­rel, asso­cia­tif et évidem­ment éducatif.

Cette enquête nous dit que la vio­lence existe mais que la situa­tion n'est pas déses­pé­rée et que les solu­tions pour y remé­dier sont à por­tée de main !

L'enquête contient néan­moins aussi un chiffre inquié­tant : 78,5% des per­son­nels de col­lèges clas­sés ZEP jugent la vio­lence fré­quente dans leur établis­se­ment. Dans votre dépar­te­ment, existe-t-il des dis­po­si­tifs spé­ci­fiques pour ten­ter d'enrayer la vio­lence et son corol­laire, le décro­chage scolaire ?

A mon arri­vée à la tête du Département, j'ai constaté que les demandes des équipes éduca­tives sur l'état du bâti sco­laire empê­chaient toutes dis­cus­sions sur l'action éduca­tive dans nos col­lèges. Nous avons alors fait le choix d'assumer plei­ne­ment nos com­pé­tences pre­mières en rat­tra­pant le retard accu­mulé sur le bâti sco­laire. Un effort impor­tant a été fait sur les tra­vaux de moder­ni­sa­tion en répon­dant aux demandes des col­lèges et nous avons voté un plan excep­tion­nel d'investissement qui per­met d'ici 2015 de réno­ver ou recons­truire 21 col­lèges. Et nous avons prio­risé les tra­vaux de sécurisation...5M€ ont été dépen­sés depuis 2008 sur 94 col­lèges pour des tra­vaux de ce type.

L'objectif était de faire bais­ser la pres­sion en inter­ve­nant sur le bâti, valo­ri­ser l'image exté­rieure des col­lèges du dépar­te­ment et faci­li­ter le tra­vail des équipes de vie sco­laire. Mais, inter­ve­nir sur le bâti n'était pas suf­fi­sant comme en témoignent les résul­tats de l'enquête. Nous avons tout de suite constaté l'ampleur du phé­no­mène de l'exclusion avec 800 conseils de dis­ci­pline dans les col­lèges du département.

Avec le pro­gramme dépar­te­men­tal ACTE (Accueil des Collégiens Temporairement Exclus), nous avons fait le choix du tra­vail en équipe et du lien avec les parents — plé­bis­ci­tés dans l'enquête– en réunis­sant les acteurs en dehors et dans l'Ecole pour une prise en charge éduca­tive des jeunes afin d'interrompre la spi­rale de l'exclusion sco­laire — 22 villes et 63 col­lèges y par­ti­cipent, près de 700 jeunes ont été accueillis l'année der­nière et 77% ne font pas l'objet d'une nou­velle exclu­sion. Ce pro­gramme vient pré­ve­nir les phé­no­mènes de vio­lences sco­laires qui peuvent se dérou­ler en dehors du col­lège lorsque les élèves sont exclus.

Evidemment, je suis per­suadé que le cli­mat sco­laire dépend aussi des pro­jets menés par les ensei­gnants et de la qua­lité de l'offre éducative.

Pour lut­ter contre la vio­lence, les per­son­nels, plus que l'intervention poli­cière, demandent des classes à effec­tifs réduits. Cela signifie-t-il plus de postes d'enseignants, de sur­veillants... ou la solu­tion est-elle à trou­ver ailleurs ?

Il faut rete­nir de cette enquête 3 ensei­gne­ments majeurs : l'importance de la for­ma­tion des per­son­nels d'abord, la capa­cité ensuite pour ces der­niers de pou­voir tra­vailler dans la séré­nité (nombre d'élèves par classe, tra­vail en équipe) et le tra­vail en direc­tion des parents enfin. C'est donc à l'aune de ces résul­tats que les pou­voirs publics doivent orien­ter leur politique.

Pour notre part, le Conseil géné­ral a créé une Mission dépar­te­men­tale de pré­ven­tion des vio­lences à l'Ecole. Tout en établis­sant des diag­nos­tics par­ta­gés des situa­tions locales, il s'agit de sen­si­bi­li­ser et for­mer les adultes à la ges­tion des conflits et aux repé­rages des dif­fi­cul­tés, avec des cycles de for­ma­tion à des­ti­na­tion de tous les pro­fes­sion­nels concer­nés, et d'agir en direc­tion des col­lé­giens autour de pro­jets de média­tion par exemple. Ces actions reposent sur le par­te­na­riat et seront expé­ri­men­tées dans cer­taines villes du département.

Mais, il faut aussi don­ner les moyens aux équipes éduca­tives de tra­vailler dans la sérénité.

Les col­lec­ti­vi­tés prennent leur res­pon­sa­bi­lité mais sans une volonté poli­tique forte de l'Etat, la situa­tion ne pourra pas dura­ble­ment s'améliorer.

Aujourd'hui, la poli­tique de non rem­pla­ce­ment d'un fonc­tion­naire sur deux dans l'Education natio­nale a des consé­quences catas­tro­phiques. Non seule­ment elle affai­blit l'Ecole publique en s'attaquant à la qua­lité de l'enseignement, mais elle déva­lo­rise aussi le rôle des enseignants.

L'Ecole a pour­tant besoin d'enseignants en nombre suf­fi­sant. On ne peut pas faire mieux avec moins !

Effectivement, il fau­dra mettre plus d'enseignants là où cela est néces­saire. Le pacte éduca­tif que pro­pose François Hollande va dans ce sens. Rétablir la confiance pour redon­ner à l'Ecole son objec­tif : for­mer et qua­li­fier des citoyens quelle que soit leur ori­gine sociale ou culturelle.

Dans son dis­cours du Bourget, François Hollande a insisté sur la culture et sur la néces­sité de déve­lop­per l'éducation artis­tique sur tout le ter­ri­toire. Avez-vous déjà mis en place de telles ini­tia­tives ? Et des pro­jets en ce sens sont-ils en cours ?

François Hollande a eu rai­son d'insister sur l'Education cultu­relle et artis­tique. Il s'agit d'un for­mi­dable vec­teur d'épanouissement et d'émancipation. N'est ce pas là la meilleure mis­sion que l'on peut assi­gner à l'Ecole ?

En Seine-Saint-Denis, le Conseil géné­ral a fait le choix d'intervenir sur les actions éduca­tives. Non pas sim­ple­ment en tiroir caisse mais en par­te­naire actif. Avec le pro­gramme Culture et Art au Collège ou Odyssée Jeunes, nous avons été un vec­teur d'ouverture cultu­relle. Dans chaque col­lège, deux à trois par­cours cultu­rels per­mettent un tra­vail appro­fondi entre un artiste et un ensei­gnant pour pré­sen­ter aux élèves un pro­jet tout au long de l'année. Nous fai­sons donc entrer la culture dans les col­lèges. Ce pro­gramme est un suc­cès auprès des élèves, des familles et des ensei­gnants. Tous les col­lèges y par­ti­cipent, près de 80 acteurs artis­tiques et cultu­rels sont enga­gés dans ces pro­jets. 10 col­lèges béné­fi­cient aussi d'artistes en rési­dence. Nous avons fait le choix de don­ner la prio­rité dans le bud­get cultu­rel du Conseil géné­ral à l'Education artistique.

Refonder l'Ecole, c'est aussi bous­cu­ler les conte­nus sco­laires et la péda­go­gie. L'éducation et la pra­tique artis­tiques doivent y être inté­grées à part entière, qu'elles concernent l'histoire des arts, les pra­tiques indi­vi­duelles ou col­lec­tives d'un ins­tru­ment ou d'une dis­ci­pline, la décou­verte des œuvres. L'Education artis­tique est un for­mi­dable levier d'ouverture cultu­relle et de construc­tion per­son­nelle et col­lec­tive mais aussi de réus­site scolaire.

Sandra Ktourza

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Vos réactions :

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Lucie
le 30 janvier 2012

Je crois qu'il manque un logo "Votez Hollande" dans le titre. Merci.

Moi
le 16 février 2012

Que ce Monsieur aille y tra­vailler deux heures ensuite on verra. Les chefs d'établissement ne déclarent pas les vio­lences par peur de la hié­rar­chie alors ce rap­port n'a aucun sens (et un de plus).

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