Claude Bartolone : en Seine-Saint-Denis, les cas de violences gravissimes à l'école sont rares
L'enquête d'Eric Debarbieux révèle qu'en Seine-Saint-Denis trois personnels sur quatre jugent le climat scolaire de leur établissement globalement bon. Les médias exagèrent-ils quand ils mettent en avant les difficultés à enseigner en Seine-Saint-Denis ?
Je crois que, sur ce sujet précisément, il est important de comprendre pour agir. Je dis sur ce sujet parce qu'il peut faire l'objet de tous les fantasmes. Parce que certains actes effectivement, parfois spectaculaires vont faire la une des journaux. Pour ne pas faire fausse route, je crois préférable de m'appuyer sur une enquête plutôt que sur la somme des faits divers rapportés ici et là. Avec cette enquête, nous constatons que les cas de violences gravissimes sont rares et ce sont plutôt les violences quotidiennes qui vont avoir un impact négatif sur le climat scolaire. La violence existe dans l'Ecole d'aujourd'hui. Il ne faut pas la cacher ni la minimiser. Mais, nous affirmons aussi qu'il ne faut pas l'exagérer lorsque 75% des personnels de l'Education nationale estiment que le climat scolaire est plutôt bon. Je veux retenir ce chiffre parce que l'image de ce département est bien souvent dévalorisée. Je m'efforce de changer son image et pour ce faire il faut s'appuyer sur les potentiels dont il regorge : économique bien sûr mais aussi culturel, associatif et évidemment éducatif.
Cette enquête nous dit que la violence existe mais que la situation n'est pas désespérée et que les solutions pour y remédier sont à portée de main !
L'enquête contient néanmoins aussi un chiffre inquiétant : 78,5% des personnels de collèges classés ZEP jugent la violence fréquente dans leur établissement. Dans votre département, existe-t-il des dispositifs spécifiques pour tenter d'enrayer la violence et son corollaire, le décrochage scolaire ?
A mon arrivée à la tête du Département, j'ai constaté que les demandes des équipes éducatives sur l'état du bâti scolaire empêchaient toutes discussions sur l'action éducative dans nos collèges. Nous avons alors fait le choix d'assumer pleinement nos compétences premières en rattrapant le retard accumulé sur le bâti scolaire. Un effort important a été fait sur les travaux de modernisation en répondant aux demandes des collèges et nous avons voté un plan exceptionnel d'investissement qui permet d'ici 2015 de rénover ou reconstruire 21 collèges. Et nous avons priorisé les travaux de sécurisation...5M€ ont été dépensés depuis 2008 sur 94 collèges pour des travaux de ce type.
L'objectif était de faire baisser la pression en intervenant sur le bâti, valoriser l'image extérieure des collèges du département et faciliter le travail des équipes de vie scolaire. Mais, intervenir sur le bâti n'était pas suffisant comme en témoignent les résultats de l'enquête. Nous avons tout de suite constaté l'ampleur du phénomène de l'exclusion avec 800 conseils de discipline dans les collèges du département.
Avec le programme départemental ACTE (Accueil des Collégiens Temporairement Exclus), nous avons fait le choix du travail en équipe et du lien avec les parents — plébiscités dans l'enquête– en réunissant les acteurs en dehors et dans l'Ecole pour une prise en charge éducative des jeunes afin d'interrompre la spirale de l'exclusion scolaire — 22 villes et 63 collèges y participent, près de 700 jeunes ont été accueillis l'année dernière et 77% ne font pas l'objet d'une nouvelle exclusion. Ce programme vient prévenir les phénomènes de violences scolaires qui peuvent se dérouler en dehors du collège lorsque les élèves sont exclus.
Evidemment, je suis persuadé que le climat scolaire dépend aussi des projets menés par les enseignants et de la qualité de l'offre éducative.
Pour lutter contre la violence, les personnels, plus que l'intervention policière, demandent des classes à effectifs réduits. Cela signifie-t-il plus de postes d'enseignants, de surveillants... ou la solution est-elle à trouver ailleurs ?
Il faut retenir de cette enquête 3 enseignements majeurs : l'importance de la formation des personnels d'abord, la capacité ensuite pour ces derniers de pouvoir travailler dans la sérénité (nombre d'élèves par classe, travail en équipe) et le travail en direction des parents enfin. C'est donc à l'aune de ces résultats que les pouvoirs publics doivent orienter leur politique.
Pour notre part, le Conseil général a créé une Mission départementale de prévention des violences à l'Ecole. Tout en établissant des diagnostics partagés des situations locales, il s'agit de sensibiliser et former les adultes à la gestion des conflits et aux repérages des difficultés, avec des cycles de formation à destination de tous les professionnels concernés, et d'agir en direction des collégiens autour de projets de médiation par exemple. Ces actions reposent sur le partenariat et seront expérimentées dans certaines villes du département.
Mais, il faut aussi donner les moyens aux équipes éducatives de travailler dans la sérénité.
Les collectivités prennent leur responsabilité mais sans une volonté politique forte de l'Etat, la situation ne pourra pas durablement s'améliorer.
Aujourd'hui, la politique de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux dans l'Education nationale a des conséquences catastrophiques. Non seulement elle affaiblit l'Ecole publique en s'attaquant à la qualité de l'enseignement, mais elle dévalorise aussi le rôle des enseignants.
L'Ecole a pourtant besoin d'enseignants en nombre suffisant. On ne peut pas faire mieux avec moins !
Effectivement, il faudra mettre plus d'enseignants là où cela est nécessaire. Le pacte éducatif que propose François Hollande va dans ce sens. Rétablir la confiance pour redonner à l'Ecole son objectif : former et qualifier des citoyens quelle que soit leur origine sociale ou culturelle.
Dans son discours du Bourget, François Hollande a insisté sur la culture et sur la nécessité de développer l'éducation artistique sur tout le territoire. Avez-vous déjà mis en place de telles initiatives ? Et des projets en ce sens sont-ils en cours ?
François Hollande a eu raison d'insister sur l'Education culturelle et artistique. Il s'agit d'un formidable vecteur d'épanouissement et d'émancipation. N'est ce pas là la meilleure mission que l'on peut assigner à l'Ecole ?
En Seine-Saint-Denis, le Conseil général a fait le choix d'intervenir sur les actions éducatives. Non pas simplement en tiroir caisse mais en partenaire actif. Avec le programme Culture et Art au Collège ou Odyssée Jeunes, nous avons été un vecteur d'ouverture culturelle. Dans chaque collège, deux à trois parcours culturels permettent un travail approfondi entre un artiste et un enseignant pour présenter aux élèves un projet tout au long de l'année. Nous faisons donc entrer la culture dans les collèges. Ce programme est un succès auprès des élèves, des familles et des enseignants. Tous les collèges y participent, près de 80 acteurs artistiques et culturels sont engagés dans ces projets. 10 collèges bénéficient aussi d'artistes en résidence. Nous avons fait le choix de donner la priorité dans le budget culturel du Conseil général à l'Education artistique.
Refonder l'Ecole, c'est aussi bousculer les contenus scolaires et la pédagogie. L'éducation et la pratique artistiques doivent y être intégrées à part entière, qu'elles concernent l'histoire des arts, les pratiques individuelles ou collectives d'un instrument ou d'une discipline, la découverte des œuvres. L'Education artistique est un formidable levier d'ouverture culturelle et de construction personnelle et collective mais aussi de réussite scolaire.
Sandra Ktourza



Je crois qu'il manque un logo "Votez Hollande" dans le titre. Merci.