25.01.2012
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Apprendre le chinois : un atout pour l'avenir

Un col­loque orga­nisé ven­dredi 20 jan­vier au lycée Louis-le-Grand a passé en revue les avan­tages et les débou­chés pro­fes­sion­nels de l'apprentissage du chinois.

Colloque AFPC-FCE sur les atouts de l'apprentissage du chinois au lycée Louis le GrandDans le cadre de l'année lin­guis­tique croi­sée France-Chine, le lycée Louis-le-Grand a accueilli ven­dredi der­nier un col­loque inti­tulé "Apprendre le chi­nois : un atout. Quels par­cours, vers quels débou­chés ?", co-organisé par l'Association fran­çaise des pro­fes­seurs de chi­nois (AFPC) et France Chine Education (FCE).

Joël Bellassen, Inspecteur géné­ral de chi­nois, a rap­pelé en ouver­ture du col­loque que le chi­nois qua­li­fié de "langue rare" voire de "phé­no­mène de mode" était "appelé à jouer un rôle impor­tant" à l'ère de la mon­dia­li­sa­tion, quand "la mobi­lité des per­sonnes recon­fi­gure le pay­sage linguistique".

Il est aujourd'hui pos­sible d'apprendre le chi­nois dans 30 écoles pri­maires et 535 col­lèges et lycées fran­çais. A la ren­trée 2011, 29.505 élèves appre­naient le chi­nois dans le secon­daire, contre 9.328 en 2004. Le man­da­rin occupe aujourd'hui la 5ème place parmi les langues ensei­gnées dans le second degré. Dans le même temps, quelque 6.000 étudiants fran­çais sont par­tis cette année dans des établis­se­ments sco­laires chi­nois, soit une grosse part des 22.000 étudiants euro­péens dans cette situa­tion. Cet attrait du chi­nois tient notam­ment à la mon­tée en puis­sance de la Chine sur la scène internationale.

"Avec le chi­nois dans votre bagage, vous aurez un atout extraordinaire"

La Chine est aujourd'hui la deuxième puis­sance écono­mique mon­diale, au 1er rang mon­dial en expor­ta­tion de mar­chan­dises; l'apprentissage du chi­nois est donc un vrai plus pour une car­rière tour­née vers l'international. "Quand vous allez sor­tir d'une école de com­merce ou d'ingénieurs avec le chi­nois dans votre bagage, vous aurez un atout extra­or­di­naire", affirme Alain Coine, conseiller du com­merce exté­rieur res­pon­sable de la zone Asie-Pacifique. "La plu­part des entre­prises fran­çaises cherchent des col­la­bo­ra­teurs pour les accom­pa­gner dans leurs investissements."

Si beau­coup de jeunes entre­pre­neurs qui connais­saient la langue "ont échoué" dans la créa­tion de leur propre entre­prise en Chine, il est par contre pos­sible de deve­nir "cadre très jeune" au sein de grands groupes, ajoute Alain Coine. Le témoi­gnage de Thomas Oudart, qui a com­mencé le chi­nois en 4ème à l'École alsa­cienne, abonde dans son sens. Cet ancien élève du pro­gramme CESEM de la Reims Management School a été nommé direc­teur com­mer­cial du groupe Novotel à Pékin quand il n'avait encore que 22 ans !

"Ce n'est pas parce qu'on sort d'une grande école et qu'on parle chi­nois que toutes les entre­prises sont ouvertes", nuance tou­te­fois Charlène Florès, ancienne élève de Louis-le-Grand, aujourd'hui char­gée de déve­lop­pe­ment com­mer­cial pour la firme China Kweichow Moutai. "Quand bien même vous aurez tous les diplômes requis, on vous deman­dera de l'expérience pro­fes­sion­nelle, et il fau­dra se battre pour trou­ver du tra­vail". Cet avis est par­tagé par Augustin Berthion, chargé de mis­sion Asie pour la région Basse Normandie : "par­ler chi­nois est un atout, mais il est impor­tant d'avoir d'autres com­pé­tences, par exemple être ingénieur".

"Un cham­bou­le­ment de la pensée"

Les atouts du chi­nois ne se limitent bien sûr pas au plan pro­fes­sion­nel. Vincent Ruaz, déve­lop­peur du logi­ciel d'apprentissage Kinep, note que "contrai­re­ment aux langues latines, le chi­nois entraîne un vrai cham­bou­le­ment de la pen­sée". Pour Laure Von, busi­ness mana­ger chez Areva, "le chi­nois per­met un impor­tant déve­lop­pe­ment per­son­nel", et son appren­tis­sage entraîne la mémoire.

Martine Raibaud, maître de confé­rences à l'université de la Rochelle, rap­pelle que la hausse des effec­tifs en cours de chi­nois est due à la situa­tion écono­mique, mais aussi à "un inté­rêt pour une culture et une phi­lo­so­phie dif­fé­rentes." "On entend sou­vent un dis­cours uti­li­ta­riste : "ça va nous ser­vir plus tard". Mais ceux qui y arrivent le mieux sont ceux qui font preuve d'une pas­sion dés­in­té­res­sée", estime Alice Ekman, cher­cheur à l'IFRI et ensei­gnante à Sciences Po.

Pour les dif­fé­rents inter­ve­nants du col­loque, le man­da­rin, langue répu­tée dif­fi­cile, n'est pas à réser­ver à une élite. "L'apprentissage du chi­nois n'a rien à voir avec l'apprentissage des mathé­ma­tiques", observe Charlène Flores. "C'est une ques­tion de moti­va­tion, de pas­sion. Une langue s'apprend par curio­sité ou par amour", estime-t-elle.

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Apprendre le chi­nois : "seul l'écrit est difficile"

On peut très bien débu­ter son appren­tis­sage dans le supé­rieur. Gang Bai, pro­fes­seur de chi­nois à l'Ecole poly­tech­nique, a observé des débu­tants rat­tra­per faci­le­ment leur retard à l'oral face à des élèves qui avaient pra­ti­qué le chi­nois dans le secon­daire, mais se repo­saient sur leurs acquis. Pour elle, "seul l'écrit est dif­fi­cile". Malheureusement l'écrit est peu ensei­gné dans le secon­daire, car l'épreuve de chi­nois au bac­ca­lau­réat est un oral, ce qui ralen­tit la progression.

Pour par­faire son appren­tis­sage de la langue, il est vive­ment encou­ragé de par­tir en voyage en Chine, notam­ment pour sur­mon­ter les moments de décou­ra­ge­ment. "Quand on réus­sit à dia­lo­guer avec quelqu'un là-bas, on passe un cap psy­cho­lo­gique. Moi-même, je ne parle pas cou­ram­ment, mais je me débrouille pour dia­lo­guer avec mes par­te­naires de tra­vail", pré­cise Charlène Flores.

Un tel voyage per­met aussi de mieux appré­hen­der la culture chi­noise, et son mode de pen­sée radi­ca­le­ment dif­fé­rent. Hervé Machenaud, direc­teur exé­cu­tif d'EDF, estime qu'il est "beau­coup plus facile pour les Chinois de com­prendre la pen­sée occi­den­tale que pour les Occidentaux de com­prendre la pen­sée orien­tale, car les Occidentaux sont indi­vi­dua­listes alors que les Chinois sont com­mu­nau­ta­ristes". Même "avec un bagage inter­cul­tu­rel", il est dif­fi­cile de se pré­pa­rer au "dépay­se­ment total" que pro­voque la Chine, observe Gang Bai.

C'est l'aventure dans laquelle vont se lan­cer les élèves du lycée Pierre de Coubertin de Calais, dont cer­tains sont venus assis­ter au col­loque. En avril, ils enta­me­ront un voyage d'un mois, un véri­table "tour de la Chine", accom­pa­gnés de leur pro­fes­seur d'origine chi­noise, Dongqin Finard. Une situa­tion qui devrait atté­nuer le choc cultu­rel : "Grâce à elle, on aura la chance d'avoir notre regard exté­rieur et son regard inté­rieur sur le pays" se réjouit Apolline, une de ses élèves en 1ère S.

Quentin Duverger

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