21.01.2012

Mode masculine: des grosses productions aux lieux intimistes

Entrer dans une armoire ouverte, titu­ber dans un tun­nel obs­cur et débou­cher sur un salon d'un côté, une chambre à cou­cher de l'autre. De par­faits gent­le­men, d'une beauté irréelle et tirés à quatre épingles, prennent la pose. Quel est ce lieu étrange et enchanteur ?

C'est la pré­sen­ta­tion de la pre­mière col­lec­tion de vête­ments du chaus­seur Berluti, récem­ment repris en main par Antoine Arnault, le fils de Bernard, pour déve­lop­per cette marque du groupe LVMH. Dans plu­sieurs décors réa­li­sés aux quatre coins d'un immense salon de l'Ecole des Beaux-Arts, des man­ne­quins de 26 à 72 ans, aux phy­siques dif­fé­rents, com­posent des tableaux vivants.

Sur ce man­teau en cache­mire, la four­rure dans la nuque cache-t-elle une capuche? "C'est seule­ment un col", informe le modèle. Quelques petits fours plus tard, les invi­tés, fashio­nis­tas four­bus trans­for­més ins­tan­ta­né­ment en VIP de luxe, découvrent au milieu de la pièce des ran­gées de chaises réser­vées aux chaus­sures emblé­ma­tiques de la mai­son. Et aux formes en bois de plu­sieurs célé­bri­tés. "Mr Coluche" se chaus­sait donc chez Berluti ? Tiens donc.

"C'est la pre­mière fois qu'on habille l'homme Berluti. Jusque là, il était chaussé mais tout nu", explique M. Arnault, visi­ble­ment réjoui, à l'AFP, en pré­ci­sant que l'objectif est désor­mais de lui pro­po­ser "de la très belle qua­lité avec un twist".

Les défi­lés de mode mas­cu­line ont choisi des cadres très variés depuis jeudi à Paris, cen­sés reflé­ter une valeur forte que chaque marque veut véhi­cu­ler, en fonc­tion de ses moyens.

Dior Homme a orga­nisé samedi son grand show habi­tuel, avec des bro­chettes de célé­bri­tés de Joey Starr à Francis Huster, dans un grand rec­tangle blanc monté au Tennis Club de Paris.

Pendant la demi-heure pré­cé­dant le défilé, tout kaki cette sai­son, les com­men­taires vont bon train : "C'est le moment salon XVIIIème siècle du défilé", remarque un habi­tué. Où il s'agit de voir et d'être vu.

Comme dans les autres défi­lés de grandes mai­sons, tout passe à la mou­li­nette des conver­sa­tions : qui est assis au pre­mier rang et à côté de qui, l'identité de la star­lette mitraillée par les papa­razzi, la manière dont telle jour­na­liste a salué tel cadre mai­son, la bonne humeur de tel invité.

Chez les créa­teurs, moins argen­tés, le vête­ment rede­vient la star.

Comme chez le Belge Walter Van Beirendonck, qui a fait souf­fler samedi sa fan­tai­sie fami­lière sur les jour­na­listes et ache­teurs assis­tant à son défilé. Ses man­ne­quins, tous noirs, avaient le visage caché sous d'étranges masques en cuir, por­tant cos­tumes aux cou­leurs vives, mini-shorts sur cuis­sardes ou salo­pettes de jardiniers.

La veille, le Brésilien Gustavo Lins, archi­tecte de for­ma­tion, pré­sen­tait quatre modèles dans une gale­rie, pour pou­voir mon­trer la struc­ture des vête­ments et leurs matières de près aux invi­tés qui se relayaient. "C'est très impro­visé, pas du tout grand-messe, comme dans la vie", a-t-il expli­qué avec simplicité.

Givenchy, marque ché­rie des rap­peurs, avait invité Kanye West sous une tente trans­pa­rente au pied du Dôme illu­miné des Invalides, avec dif­fu­seur d'essences natu­relles. Manteaux en trompe-l'oeil ou pulls sur jupes au large plissé, son sty­liste Riccardo Tisci s'était ins­piré de deux obses­sions de sa jeu­nesse: le dra­peau amé­ri­cain et la figure du Minotaure.

La marque John Galliano, pro­priété de Dior, a décoré un garage de bra­se­ros pour pro­je­ter une image "bad boy" pour sa col­lec­tion ins­pi­rée d'Al Capone. Tandis que Kenzo inves­tis­sait un dépôt de métros, au décor indus­triel, pour pré­sen­ter une col­lec­tion "urbaine" pour un homme "tou­jours en mouvement".


 

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