18.01.2012

Copropriétés dégradées: quand le mythe du "tous propriétaires" s'effondre

Des charges exor­bi­tantes mal anti­ci­pées, des impayés qui s'accumulent: des cen­taines de mil­liers de copro­prié­taires se retrouvent dans l'incapacité de gérer leur patri­moine, qui se dégrade rapi­de­ment, vic­times du mythe du "tous propriétaires".

Des tours immenses s'élevant vers le ciel, à quelques pas de la gare Transilien d'Argenteuil, dans un quar­tier pourvu d'équipements publics: les copro­prié­tés du Val d'Argent, construites dans les années 1960 et 1970, ciblaient une popu­la­tion en quête de loge­ments bon marché.

"C'était des appar­te­ments modernes, spa­cieux", qui ont séduit une "popu­la­tion qui ne par­ve­nait pas à accé­der au loge­ment social", décrit la pre­mière adjointe au maire d'Argenteuil char­gée de l'urbanisme, Chantal Colin.

Problème: "les gens n'ont vu que le prix d'achat, sans comp­ta­bi­li­ser les charges". Chauffage, ascen­seur, pro­preté... Face au coût de l'entretien et par­fois à la "ges­tion indé­li­cate des syn­dics", cer­tains copro­prié­taires ont baissé les bras, cessé de payer, et les immeubles se sont vite dégradés.

"Il y a des gens qui n'auraient jamais dû deve­nir pro­prié­taires, qui n'avaient pas conscience de leurs devoirs", tranche Dominique Braye pré­sident de l'Agence natio­nale de l'habitat (Anah) qui doit remettre jeudi au secré­taire d'Etat au Logement, Benoist Apparu les conclu­sions d'un rapport.

Un diag­nos­tic réa­lisé en 2008 a révélé que sur les 32 copro­prié­tés du quar­tier du Val d'Argent, "cer­taines étaient en extrême dif­fi­culté". Une dizaine béné­fi­cie aujourd'hui d'opérations pro­gram­mées d'amélioration de l'habitat (Opah) ou de plans de sau­ve­garde (PLS).

Un cas qui se repro­duit un peu par­tout en France. "Il y a entre 800.000 et 1.000.000 de loge­ments dans des copro­prié­tés fra­giles et en dif­fi­cul­tés", selon Benoist Apparu.

A Sevran, "envi­ron 3.000 loge­ments sont tou­chés: ça va néces­si­ter un effort finan­cier que (les copro­prié­taires) ne peuvent pas payer", s'alarme Bernard Portal, adjoint au maire de cette com­mune de Seine-Saint-Denis chargé de l'habitat.

La rési­dence Marguerite accuse "286.000 euros de charges impayées", pré­cise André Dan, copro­prié­taire et membre du conseil syn­di­cal. "On a de gros sou­cis, il faut payer cha­cun 1.600 euros par tri­mestre et nous ne sommes que 35 à payer, alors qu'il y a 70 copro­prié­taires", s'insurge-t-il.

Par manque d'entretien, les façades de cette rési­dence construite dans les années 1980 sont fis­su­rées, lais­sant appa­raître du fer à béton. Murs gris et décré­pits, bal­cons encom­brés d'antennes para­bo­liques ou de vélos: dans la com­mune voi­sine de Clichy-sous-Bois, d'immenses barres font triste mine. La rési­dence Stamu II "la plus dégra­dée" a ainsi été pla­cée en PLS.

Boucher les vide-ordures, remettre aux normes les ascen­seurs, sécu­ri­ser les lieux, les opé­ra­tions menées en par­te­na­riat avec l'Etat et l'Anah ont amé­lioré le bâti et tenté de rap­pe­ler les pro­prié­taires à leurs obligations.

Toutefois, pour Sylvaine Le Garrec, socio­logue et urba­niste, spé­cia­liste de la ques­tion, "avant les tra­vaux, la prio­rité c'est de redres­ser les finances de la copropriété".

"Assainir la ges­tion", "déve­lop­per les mesures de pré­ven­tion" et "asso­cier les copro­prié­taires à l'intervention publique": tels sont, à ses yeux les "prio­ri­tés" pour éviter que l'engrenage ne recommence.

Confrontés à une impasse, cer­tains copro­prié­taires pensent à vendre leur bien pour s'installer ailleurs, mais dans la plu­part des cas celui-ci a perdu de sa valeur. "Mon appart je l'ai acheté 150.000 euros, si je le vends aujourd'hui, même avec un rabais, impos­sible d'avoir 60.000 euros", déplore Kheira Couvreur, copro­prié­taire de Sevran.


 

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