17.01.2012

Naufrage: les secouristes accélèrent les recherches avec des charges explosives

Les secou­ristes ont accé­léré mardi leurs recherches déses­pé­rées pour retrou­ver les dis­pa­rus du nau­frage du Costa Concordia, tout près de l'île ita­lienne du Giglio, uti­li­sant même des micro-charges explo­sives pour se frayer des pas­sages dans l'épave.

Le bilan de la tra­gé­die s'élève à six morts et 29 dis­pa­rus, selon le porte-parole des garde-côtes, Filippo Marini.

Pami les dis­pa­rus –pas­sa­gers et membres d'équipage–, on compte qua­torze Allemands, six Italiens, quatre Français, deux Américains, un Hongrois, un Péruvien et un Indien. Une soixan­taine de per­sonnes ont été blessées.

Selon le pré­fet de Grosseto, Giuseppe Linardi, le nombre des dis­pa­rus pour­rait redes­cendre, cer­tains qui figurent sur la liste pou­vant avoir quitté l'île sans se signa­ler aux autorités.

Trouver d'éventuels sur­vi­vants paraît cepen­dant désor­mais impro­bable. Selon un spé­cia­liste de la pro­tec­tion civile du Giglio, avec la tem­pé­ra­ture gla­ciale de l'eau, il est impos­sible de sur­vivre très long­temps, même en étant dans une poche d'air.

Mais le com­man­dant Marini ne perd pas espoir: "S'ils ont trouvé une poche d'air dans une cabine et quelque chose pour se réchauf­fer, man­ger, il est pos­sible de survivre".

Les plon­geurs uti­lisent désor­mais des micros-charges explo­sives. "Munis de plans du navire, ils se déplacent pour mettre les charges afin d'ouvrir des pas­sages per­met­tant de pas­ser plus rapi­de­ment", explique le com­man­dant Marini.

Les charges qui pèsent sur le com­man­dant de bord, Francesco Schettino, sont écra­santes. Détenu depuis samedi pour homi­cides mul­tiples et aban­don du navire, il doit être entendu dans la mati­née de mardi par le par­quet de Grosseto.

L'enregistrement d'une de ses conver­sa­tions avec la capi­tai­ne­rie du port au moment de la catas­trophe est acca­blant. Il fait d'abord croire à son inter­lo­cu­teur qu'il est à bord alors qu'il a déjà quitté le navire puis refuse de remonter.

"Commandant, c'est un ordre, c'est moi qui com­mande main­te­nant, vous devez aller à la proue, remon­ter à bord et coor­don­ner les secours", intime un offi­cier de la capi­tai­ne­rie à M. Schettino, selon une retrans­crip­tion dif­fu­sée par l'agence Ansa.

Le com­man­dant a égale­ment tardé à don­ner l'alerte et sur­tout ordon­ner l'évacuation, déclen­chant selon l'enquête des garde-côtes, une "mini-mutinerie" de l'équipage qui a démarré les opé­ra­tions d'évacuation sans que le com­man­dant ait for­mel­le­ment décrété "l'abandon du navire".

Alors que le navire pen­chait et était plongé dans l'obscurité, ils ont com­mencé à pré­pa­rer les cha­loupes sans attendre les consignes de leur chef.

Enfin, le capi­taine est accusé, par sa propre com­pa­gnie, d'avoir lui-même dévié la tra­jec­toire du bateau, pour, selon de nom­breux témoi­gnages, effec­tuer une parade, tous phares allu­més à proxi­mité de l'île.

Placé sous sur­veillance spé­ciale, il est "acca­blé par les pertes humaines et for­te­ment per­turbé par ce qui s'est passé", a dit son avo­cat Me Bruno Leporatti, qui lui a rendu visite lundi. Mais il estime avoir "conservé la luci­dité néces­saire" pour faire s'échouer le navire près de la rive, "sau­vant la vie de de nom­breuses personnes".

Outre la tra­gé­die humaine, les auto­ri­tés ita­liennes redoutent un "désastre écolo­gique" si le car­bu­rant –du gazole dense et lourd– contenu dans le bateau se déver­sait dans la mer. Le ministre de l'Environnement Corrado Clini estime le risque de marée noire "élevé".

Pour le com­man­dant Marini, "il n'y a pas de dan­ger pour l'environnement", même s'il confirme qu'une plaque lui­sante sur la mer a été aper­çue dont on ne connaît pas l'origine.

"Nous avons posé une cein­ture de bouées pour conte­nir d'éventuelles fuites de car­bu­rant léger", a-t-il dit.

La société Smit Salvage, filiale du groupe de dra­gage et d'aménagement por­tuaire Royal Boskalis Westminster, a été char­gée par Costa Concordia de pom­per les quelque 2.400 tonnes de car­bu­rant. Une ving­taine d'employés de la société sont déjà sur l'île du Giglio.

Le pom­page du car­bu­rant devrait prendre "au moins trois semaines", a averti le direc­teur exé­cu­tif de Royal Boskalis.

Le ministre Clini a déclaré sur la chaîne Canale 5 avoir demandé à Costa Crociere de "four­nir d'ici demain un plan de tra­vail pour le vidage des réser­voirs et d'ici dix jours un autre pour ren­flouer le navire".

Il a confirmé le risque que l'épave glisse vers les pro­fon­deurs. Cela peut arri­ver, a-t-il dit, sans abî­mer les réser­voirs, et le pom­page serait alors pos­sible en pro­fon­deur. Mais le vrai dan­ger, a-t-il expli­qué, est que les réser­voirs se brisent.

Le scé­na­rio le plus favo­rable serait de col­ma­ter le plus vite pos­sible les brêches, sou­le­ver le bateau jusqu'à ce qu'il soit à flot, puis le tirer avec des remor­queurs. "Mais à l'heure actuelle nous ne sommes pas en mesure de dire si cette option est pra­ti­cable", a-t-il dit.

Le Concordia qui trans­por­tait 4.229 per­sonnes –quelque 3.200 tou­ristes et un mil­lier de membres d'équipage– a fait nau­frage ven­dredi soir après avoir heurté un rocher près de l'île du Giglio, en Toscane (centre ouest).

Le gou­ver­ne­ment entend décré­ter l'état de catas­trophe natu­relle sur la zone pour mobi­li­ser un maxi­mum de res­sources finan­cières et humaines afin d'éviter une pol­lu­tion du parc natu­rel entou­rant l'île.

L'Organisation mari­time inter­na­tio­nale (OMI), qui dépend de l'ONU, a estimé qu'il fal­lait "si néces­saire" revoir les règles de sécu­rité sur les grands navires de pas­sa­gers. Elle a annulé lundi des com­mé­mo­ra­tions pour le cen­te­naire du nau­frage du Titanic en avril 1912.


 

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