17.01.2012

Le peintre David Hockney éclabousse de ses couleurs l'hiver anglais

Oranges, jaunes, vio­lets et bleus satu­rés : pour son retour au pays, le peintre anglais David Hockney, 74 ans, a retenu les cou­leurs de la Californie qui l'a rendu célèbre, et ses pein­tures et des­sins sur iPad expo­sés à Londres sont une véri­table anti­dote à la déprime hivernale.

L'exposition magis­trale –plus de 150 oeuvres– s'ouvre sur une salle pai­sible, où sont décli­nées les quatre sai­sons d'un pay­sage du Yorkshire, pays natal du peintre et sujet cen­tral de l'exposition.

Champs, val­lons, haies et bois : David Hockney, connu pour ses pis­cines cali­for­niennes ("The Bigger Splash", 1967), est revenu au pays à par­tir de 1997, au che­vet d'un ami atteint d'un can­cer, après plus de 30 ans d'éloignement.

"Quand il a quitté (sa ville natale) de Bradford en 1957, il ne vou­lait pas peindre l'Angleterre ni le Yorkshire, trop gris" rap­pelle un des com­mis­saires de l'exposition, Marco Livingstone. "Après ses études à Londres, il est parti en Californie trou­ver la lumière forte qu'il admi­rait dans les films d'Hollywood, et, pen­dant des années, l'Angleterre n'était pas un sujet pour lui".

Le "Grand Canyon" flam­boyant de 1998, clou de la pre­mière expo­si­tion consa­crée aux pay­sages d'Hockney au Centre Pompidou à Paris en 1999, figure en bonne place dans le parcours.

Mais l'essentiel des salles gigan­tesques de la Royal Academy abrite les oeuvres les plus récentes réa­li­sées dans sa cam­pagne natale du Yorkshire, entre 2004 et 2011, comme ces 51 des­sins faits sur iPad, décri­vant de 51 points de vue dif­fé­rents l'arrivée du printemps.

"C'est un pay­sage que je connais depuis l'enfance, il a du sens pour moi", avait expli­qué David Hockney en sep­tembre, au cours d'une confé­rence de presse.

La plu­part des pein­tures à l'huile ont été réa­li­sées en stu­dio, après des heures de contem­pla­tion sur place. "Je sors, je conduis sur une petite route, j'ai une chaise à l'arrière de la voi­ture, je la sors et je reste là par­fois très long­temps assis, juste à contem­pler", raconte-t-il.

Les car­nets d'aquarelles prises sur le vif montrent une palette plus sub­tile, des des­sins déli­cats de fleurs et gra­mi­nées proches du car­net du natu­ra­liste. Mais les cou­leurs explosent sous le sty­let de l'iPad.

L'outil numé­rique est par­fai­te­ment maî­trisé : pro­je­tant d'imprimer ses des­sins en grand for­mat, David Hockney prend en compte dès le des­sin son agran­dis­se­ment futur. L'immédiateté de la tablette numé­rique l'enchante : il peut l'emmener par­tout avec lui, sai­sir les chan­ge­ments de lumière, et envoyer des "fleurs" sur iPad à ses amis.

Dès 2008, Hockney se met aussi à la vidéo et passe à la vitesse supé­rieure en 2010 en embar­quant dans sa jeep neuf camé­ras pour fil­mer les che­mins du Yorkshire. Le résul­tat est sai­sis­sant : le spec­ta­teur peut presque ima­gi­ner la brise sur son visage, contem­pler feuillages et gra­mi­nées ondu­lant sous le vent.

L'artiste exerce aussi sa vita­lité dans son propre stu­dio, où il filme, tou­jours en cou­leurs pétantes, dan­seurs et artistes exé­cu­tant des numé­ros de cla­quettes. L'image forme une sorte de kaléi­do­scope, cap­ti­vant le regard.

Le maître, mali­cieux, fait irrup­tion à la fin du film et lève sa tasse de thé (rouge vif) à la santé du spectateur.

David Hockney n'hésite pas à cri­ti­quer ses cadets. Il a récem­ment lancé une pique à l'enfant ter­rible des "Young British Artists", Damien Hirst, pour son uti­li­sa­tion inten­sive d'assistants. Hockney sou­ligne pour sa part avoir "fait per­son­nel­le­ment tous les tra­vaux pré­sen­tés" dans l'exposition ouverte du 21 jan­vier au 9 avril à la Royal Academy of Arts.


 

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