17.01.2012

Le juge espagnol Baltasar Garzon pour la première fois devant la justice

Le juge Baltasar Garzon, connu dans le monde entier pour avoir défendu les droits de l'Homme et tenté d'enquêter sur le dou­lou­reux passé fran­quiste de l'Espagne, s'est assis mardi sur le banc des accu­sés pour deux pro­cès suc­ces­sifs qui risquent de mettre fin à sa carrière.

Le magis­trat, âgé de 56 ans, est arrivé, sou­riant, au Tribunal suprême de Madrid, applaudi par une petite cen­taine de ses par­ti­sans qui récla­maient jus­tice pour les vic­times du fran­quisme, dénon­çant des pour­suites qu'ils jugent "honteuses".

Cette semaine, le Tribunal suprême le juge dans une pre­mière affaire: il est accusé d'avoir ordonné des écoutes de conver­sa­tions entre des sus­pects incar­cé­rés et leurs avo­cats, en vio­la­tion des droits de la défense, dans une enquête sur un réseau de cor­rup­tion qui avait écla­boussé en 2009 la droite espagnole.

Suspendu de ses fonc­tions depuis mai 2010, mon­dia­le­ment connu pour avoir fait inter­pel­ler en 1998 à Londres l'ancien dic­ta­teur chi­lien Augusto Pinochet, le juge Garzon risque dans ce pro­cès une inter­dic­tion d'exercer allant jusqu'à 17 ans, sus­cep­tible de signer la fin de sa car­rière de magistrat.

Mais sur­tout, à par­tir du 24 jan­vier, le magis­trat sera jugé pour avoir tenté de remuer le passé fran­quiste de l'Espagne, un dos­sier très sen­sible dans un pays où, 37 ans après la fin de la dic­ta­ture, les bles­sures sont mal refermées.

Poursuivi par deux asso­cia­tions d'extrême droite, il est accusé d'avoir enfreint la loi d'amnistie votée par le Parlement espa­gnol en 1977, deux ans après la fin de la dic­ta­ture, en vou­lant enquê­ter sur le sort de plus de 100.000 dis­pa­rus de la Guerre civile (1936–39) et du fran­quisme (1939–75).

Pour le juge Garzon, ces dis­pa­ri­tions for­cées de civils, dont les corps n'ont jamais été retrou­vés, consti­tuent des crimes contre l'humanité impres­crip­tibles. Il risque dans cette affaire une inter­dic­tion de vingt ans.

Sa ten­ta­tive d'enquêter sur ce dos­sier, entre 2006 et 2008, puis les pour­suites enga­gées contre lui, avaient sus­cité un vif émoi en Espagne, cho­quant les milieux de gauche et asso­cia­tions de vic­times. La droite l'avait accusé de rou­vrir inuti­le­ment de vieilles blessures.

Mardi matin, des dizaines de par­ti­sans du juge s'étaient ras­sem­blés devant le Tribunal suprême sous des ban­de­roles por­tant les mots "contre l'impunité, soli­da­rité avec les vic­times du fran­quisme", "soli­daires avec Garzon, contre les pro­cès de la honte".

"Nous sommes devant un pro­cès qui fait honte à la démo­cra­tie espa­gnole, en jugeant un inno­cent", a affirmé le député du petit parti de gauche Izquierda Unida, Gaspar Llamazares, parmi les par­ti­sans du juge.

"C'est le lyn­chage d'un juge qui pré­ci­sé­ment a voulu pro­té­ger les vic­times et lut­ter contre la cor­rup­tion", a-t-il lancé.

Parmi les mani­fes­tants qui huaient les magis­trats s'apprêtant à sié­ger, Angel Fernandez, un retraité de 68 ans, expli­quait être venu pour dénon­cer une "injustice".

"Je ne com­prends rien au droit mais je vois qu'il y a là une injus­tice, une cor­rup­tion abso­lue, je vois que l'on ne juge pas ceux qui devraient être jugés".

Poursuivi dans ces deux affaires pour pré­va­ri­ca­tion, ou man­que­ment aux devoirs de sa charge, Baltasar Garzon est aussi mis en exa­men dans un troi­sième dos­sier, por­tant sur le paie­ment indi­rect par la banque espa­gnole Santander de confé­rences sur le ter­ro­risme qu'il a don­nées à New York en 2005 et 2006, après les­quelles il a classé sans suite une plainte contre Santander pour délit fiscal.

Aucune date n'a été fixée pour ce der­nier procès.


 

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
©2012 Agence France-Presse

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos AFP) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.