16.01.2012

Les moyens des universités pour 2012 provoquent la "colère" des syndicats

Les moyens de fonc­tion­ne­ment des uni­ver­si­tés vont moins aug­men­ter en 2012 que les années pré­cé­dentes, un choix fait dans un contexte bud­gé­taire "contraint" selon le ministre Laurent Wauquiez, mais dont la com­mu­nauté uni­ver­si­taire "en colère" a refusé de débattre lundi.

Les moyens aug­men­te­ront cette année de 25,2 mil­lions d'euros, soit +1,2% en moyenne (moins que le taux d'inflation prévu à +1,7%), contre 78,4 mil­lions d'euros de plus en 2011 et 138 mil­lions en 2010, selon un docu­ment dévoilé par l'Agence éduca­tion for­ma­tion (AEF) et qui aurait dû être pré­senté lundi à la com­mu­nauté universitaire.

Par uni­ver­sité, les varia­tions de moyens vont de 0% (Artois, Cergy, Marne-la-Vallée) à +6% (Le Mans). Et pour 20 des 83 uni­ver­si­tés, celles sous-dotées dont les effec­tifs d'étudiants aug­mentent, la hausse dépasse le taux de 2,5%.

"Je me suis battu pour obte­nir le maxi­mum pour notre ensei­gne­ment supé­rieur, dans un contexte contraint. Regardez ce qui se passe pour les uni­ver­si­tés espa­gnoles ou ita­liennes où les réduc­tions bud­gé­taires atteignent par­fois 15% à 20%", a com­menté M. Wauquiez, ministre de l'Enseignement supérieur.

Ces don­nées devaient être débat­tues lundi entre le minis­tère et la com­mu­nauté uni­ver­si­taire, mais celle-ci a mas­si­ve­ment boy­cotté le Conseil natio­nal de l'enseignement supé­rieur et de la recherche (Cneser) qui, faute de quo­rum, a dû être repoussé au 23 janvier.

Le boy­cott est venu d'un large front regrou­pant la quasi-totalité des syn­di­cats d'enseignants-chercheurs et l'Unef, la pre­mière orga­ni­sa­tion étudiante, "en signe de pro­fonde répro­ba­tion et de colère" contre un bud­get "en régres­sion" et "les opé­ra­tions de camou­flage" du ministère.

Les docu­ments reçus "dans la nuit de samedi à dimanche" pour pré­pa­rer la réunion sont "indi­gents" et ne per­met­taient pas d'analyser les chiffres don­nés, a dénoncé auprès de l'AFP le secré­taire géné­ral du Snesup-FSU, Stéphane Tassel.

Louis Vogel, pré­sident de la Conférence des pré­si­dents d'universités (CPU), a dit à l'AFP "ne pas pou­voir être favo­rable à un bud­get dont la domi­nante est la stag­na­tion des crédits".

"Si on tient compte de l'inflation et de l'accroissement des charges, c'est une régres­sion de fait en euros constants", a-t-il regretté.

M. Vogel a néan­moins salué trois déci­sions: l'effort fait en faveur de 20 uni­ver­si­tés moins bien dotées, la com­pen­sa­tion pour sept mil­lions d'euros des droits de sco­la­rité dont sont exo­né­rés les 23.000 nou­veaux bour­siers, et le sou­tien finan­cier au plan stra­té­gique de l'Agence de mutua­li­sa­tion des uni­ver­si­tés et établis­se­ments (Amue).

Si pour la CPU les cré­dits de fonc­tion­ne­ment sont impor­tants, la masse sala­riale, glo­ba­le­ment quatre fois plus grande, l'est bien plus encore, "car les dif­fi­cul­tés dans ce domaine péna­lisent les uni­ver­si­tés les plus fra­giles", a rap­pelé M. Vogel.

Aussi la CPU réclame-t-elle "la consti­tu­tion d'un groupe de tra­vail sur le cal­cul et l'actualisation de la masse salariale".

"Ce groupe va bien être créé et Laurent Wauquiez se féli­cite de l'esprit construc­tif des pré­si­dents d'université", a-t-on réagi au ministère.

Faute de moyens suf­fi­sants dans ce domaine, de nom­breuses uni­ver­si­tés pas­sées à l'autonomie ont dû geler emplois et/ou for­ma­tions, et pour cer­taines pré­sen­ter des bud­gets en défi­cit. Le Snesup évalue à 1.000 le nombre glo­bal de postes gelés pour 2012, un chiffre encore non confirmé par d'autres sources.

Et si les marges de manoeuvre dont les uni­ver­si­tés devaient pou­voir se sai­sir dis­pa­raissent, pré­si­dents et ensei­gnants sont nom­breux à pen­ser que l'autonomie en tant que telle est vidée de sa substance.


 

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