16.01.2012
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"La médiation par les pairs : des élèves capables de dépasser leurs conflits"

Depuis sa créa­tion en 1993, Génération Médiateurs inter­vient dans les établis­se­ments pour per­mettre aux élèves de désa­mor­cer les conflits. La média­tion par les pairs s'affiche comme un remède à la vio­lence sco­laire mais reste peu uti­li­sée en France. Pour Nicole Hoerner, ensei­gnante retrai­tée et for­ma­trice au sein de l'association, les sup­pres­sions de poste dans l'Education natio­nale consti­tuent l'un des prin­ci­paux freins.

Nicole HoernerA quoi sert Génération Médiateurs ?

Nous for­mons les élèves à la média­tion par les pairs. Nous pen­sons que les enfants et ado­les­cents peuvent régler entre eux la plu­part des conflits. Dans chaque établis­se­ment il existe un règle­ment inté­rieur, cha­cun doit s'y confor­mer et, le cas échéant, être sanc­tionné. Cependant, face à de nom­breux pro­blèmes du quo­ti­dien, les adultes ont ten­dance à dire "ce n'est rien, débrouille toi". Notre rôle est de four­nir aux élèves des com­pé­tences psy­cho­so­ciales, en leur appre­nant à mieux se com­prendre, s'estimer et se respecter.

Comment intervenez-vous concrètement ?

Nous for­mons les adultes (ensei­gnants, CPE, per­son­nel admi­nis­tra­tif et de ser­vice, infir­miers sco­laires...) au cours d'un stage de 21 heures. Il s'agit de leur trans­mettre des exer­cices qu'ils pour­ront ensuite faire vivre à tous les élèves ins­crits dans des ate­liers de "Gestion posi­tive des conflits" dans un pre­mier temps, puis aux élèves volon­taires pour deve­nir média­teurs. Nos outils évoluent : en ce moment, le har­cè­le­ment moral et les rumeurs sur inter­net sont au centre de notre réflexion. Cela ne peut fonc­tion­ner que s'il s'agit d'un pro­jet d'établissement, avec plu­sieurs ensei­gnants motivés.

Dans com­bien d'établissements êtes-vous pré­sent et avec quels résultats ?

Des mil­liers de jeunes ont été for­més. Depuis la ren­trée sco­laire, nous sommes inter­ve­nus dans une tren­taine d'établissements, pri­vés et publics, sur­tout au pri­maire et au col­lège. Mais dans la pra­tique, bien que la ges­tion des conflits figure dans la loi d'orientation et de pro­gramme pour l'avenir de l'École de 2005, nous nous heur­tons aux sup­pres­sions de postes et au manque de moyens : les chefs d'établissement s'arrachent les che­veux lorsqu'ils cherchent des cré­neaux pour mettre en place les ate­liers. Notre action per­met pour­tant d'améliorer l'ambiance au sein des classes.

Par ailleurs, les col­lé­giens hésitent sou­vent à avoir recours à la média­tion car ce n'est pas dans la culture de la société ni de l'adolescent. Je constate tou­te­fois que les anciens "médiés" veulent deve­nir média­teurs et les anciens média­teurs nous disent avoir gagné en confiance et en maturité.

N'existe-t-il pas un risque pour les média­teurs d'être consi­dé­rés comme les "balances" et d'empiéter sur le rôle des délé­gués de classe ?

Dans les ate­liers, étape pré­li­mi­naire à la mise en place de média­teurs, nous tra­vaillons sur cette idée reçue ! Le but de la média­tion entre élèves est d'éviter qu'un conflit ne dégé­nère ou que des élèves sanc­tion­nés ne res­tent sur un sen­ti­ment de revanche.

En géné­ral, deux élèves média­teurs invitent les élèves en conflit — par exemple, le "har­ce­leur" et le "har­celé"- dans une salle au moment de la récréa­tion, où ils garan­tissent en plus du res­pect de cha­cun, la confi­den­tia­lité de l'échange. Ils vont alors faci­li­ter la parole et recher­cher, avec leurs mots, une solu­tion gagnant-gagnant. Ce type de média­tion règle les conflits sur les­quels les adultes n'ont pas de prise. A l'école, les jalou­sies, les insultes et les rumeurs sont nom­breuses sur les blogs et les télé­phones por­tables. Et face à une situa­tion de mal-être, les parents, le CPE ou le pro­fes­seur peuvent se sen­tir dému­nis. Comme le sou­ligne Eric Debarbieux (spé­cia­liste de la vio­lence sco­laire) dans son rap­port sur le har­cè­le­ment à l'école, la média­tion par les pairs peut être une des solu­tions. La grande dif­fé­rence avec les délé­gués de classe, c'est que les média­teurs ne servent pas de relais entre les élèves, les ensei­gnants et l'administration ! Il y a tou­jours un réfé­rent adulte et, dans l'idéal, une équipe par établis­se­ment qui accom­pagne et sou­tient les élèves média­teurs dans leur pra­tique. En France, l'initiative com­mence à faire son che­min, alors qu'elle est habi­tuelle au Canada et dans les pays anglo-saxons.

Charles Centofanti

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