13.01.2012
1 réaction

Gouvernance académique : "le pilote, c'est le recteur !"

Une nou­velle orga­ni­sa­tion des ser­vices aca­dé­miques sera mise en place le 1er février 2012. Un décret, pré­senté le 4 jan­vier par Luc Chatel, attri­bue au rec­teur les com­pé­tences jusqu'alors dévo­lues aux ins­pec­teurs d'académie (1). Edouard Rosselet, Inspecteur d'académie, direc­teur des ser­vices dépar­te­men­taux de l'Education natio­nale (IA-DSDEN) des Hauts-de-Seine, décrypte les enjeux de ce changement.

Edouard RosseletQuel est l'objectif de la réor­ga­ni­sa­tion du pilo­tage des académies ?

Cette réforme s'inscrit dans le cadre de la réforme de l'Etat : le niveau régional/académique est le niveau stra­té­gique et le niveau dépar­te­men­tal celui de la mise en œuvre, le tout dans un dia­logue de ges­tion et de per­for­mance avec le ministère.

Dans le cas par­ti­cu­lier de l'Education natio­nale, son fonc­tion­ne­ment repo­sait sur une divi­sion des tâches de moins en moins adap­tée aux réa­li­tés du sys­tème éduca­tif. Le rec­to­rat avait en charge les lycées et les col­lèges alors que les ins­pec­tions aca­dé­miques trai­taient des écoles pri­maires. Des évolu­tions s'étaient déjà pro­duites dans le sens du décret qui vient d'être publié, notam­ment dans l'académie de Versailles où les ins­pec­tions aca­dé­miques géraient les moyens des col­lèges et des lycées par délé­ga­tion du rec­teur. De ce point de vue, le décret ne modi­fie pas l'organisation en place.

Y a-t-il des oppo­si­tions à ces nou­velles dispositions ?

La confé­rence natio­nale des IA-DSDEN s'y est décla­rée favo­rable. Le direc­teur aca­dé­mique se voit recon­naître un sta­tut d'adjoint du rec­teur, par­ti­ci­pant à l'élaboration de la stra­té­gie aca­dé­mique. Les prises de déci­sions sont rap­pro­chées du terrain.

Le Conseil supé­rieur de l'éducation (CSE), ins­tance repré­sen­ta­tive de la com­mu­nauté éduca­tive, avait rejeté ce pro­jet en 2011, redou­tant une perte de proxi­mité et une concen­tra­tion des pou­voirs auprès des recteurs...

L'objectif visé est inverse. L'Education natio­nale a long­temps donné l'image d'un sys­tème hié­rar­chique pyra­mi­dal alors que les sys­tèmes éduca­tifs ont aujourd'hui besoin d'une grande sou­plesse pour s'adapter aux spé­ci­fi­ci­tés des publics sco­laires accueillis, tout en gar­dant des objec­tifs natio­naux. Avec le nou­veau sys­tème de gou­ver­nance, les carac­té­ris­tiques de chaque aca­dé­mie sont beau­coup mieux prises en compte par le minis­tère, dans un dia­logue de ges­tion et dans une démarche de contrac­tua­li­sa­tion. Au sein même des aca­dé­mies, la géné­ra­li­sa­tion des contrats d'objectifs avec les établis­se­ments contri­bue à don­ner plus d'autonomie aux acteurs de terrain.

Les ensei­gnants cri­tiquent sou­vent les moda­li­tés d'inspection. Cette réforme peut-elle contri­buer à les améliorer ?

Jusqu'à pré­sent, nous fonc­tion­nions sur le mode de l'inspection indi­vi­duelle. Désormais, nous entrons dans l'ère de l'évaluation, ce qui me paraît être beau­coup plus gra­ti­fiant sur le plan indi­vi­duel : l'évaluation repose sur un dia­logue entre pro­fes­sion­nels, por­tant sur l'atteinte d'objectifs. L'évaluation des ensei­gnants par les chefs d'établissement n'est d'ailleurs pas une nou­veauté : un ensei­gnant est aujourd'hui noté sur 100. Quarante points maxi­mum don­nés par le chef d'établissement et 60 points maxi­mum don­nés par l'inspecteur. Ce qui est en jeu c'est de confier la tota­lité de l'évaluation aux chefs d'établissement.

A l'heure où la for­ma­tion des jeunes ensei­gnants est très cri­ti­quée, la réor­ga­ni­sa­tion des ser­vices aca­dé­miques peut-elle appor­ter un sou­tien pédagogique ?

Je ne suis pas cer­tain que les jeunes ensei­gnants soient majo­ri­tai­re­ment mécon­tents de leur for­ma­tion. Je pense au contraire qu'ils en sont plu­tôt satis­faits, ce que démontre une enquête de satis­fac­tion conduite auprès d'eux en 2011, à l'initiative de la DRH du minis­tère. Le pilote de l'académie, c'est désor­mais le rec­teur, y com­pris dans le domaine péda­go­gique. Les Inspecteurs péda­go­giques régio­naux sont pla­cés sous sa seule auto­rité et par­ti­cipent donc du pilo­tage aca­dé­mique. Dans l'académie de Versailles, des groupes de tra­vail et d'impulsion (GTI), ani­més par des ins­pec­teurs, fonc­tionnent pour ani­mer la réflexion péda­go­gique, notam­ment en direc­tion des jeunes enseignants.

 

Charles Centofanti

-

Note(s) :
  • (1) Les IA-DSDEN deviennent des directeurs académiques des services de l’Education nationale, adjoints du recteur. Sous l’autorité de ce dernier, ils constituent avec le secrétaire-général de l’académie le

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Gavroche
le 17 janvier 2012

Un para­doxe de plus ? L'EN, en pleine vague de décentralisation-déconcentration réunit dans les mains du rec­teur (région) les déci­sions au quo­ti­dien qui étaient au niveau des dépar­te­ments (IA)... Si dans les villes, on peut attendre un effet de seuil, en zone rurale c'est sim­ple­ment une recen­tra­li­sa­tion... et un éloi­gne­ment des réa­li­tés de terrain.

Signaler un com­men­taire inap­pro­prié

1 réaction