13.01.2012

Antonio Banderas tire les ficelles de "Haywire", dernier opus de Soderbergh

Après le para­noïaque "Contagion", le pro­li­fique et éclec­tique cinéaste amé­ri­cain Steven Soderberg signe "Haywire", un élégant film d'action lor­gnant vers les années 70, où il dirige pour la pre­mière fois l'Espagnol Antonio Banderas, après plu­sieurs rendez-vous manqués.

Le film, qui sort ven­dredi en Amérique du Nord (le 18 avril en France), affiche un cas­ting réso­lu­ment sexy, avec les débuts à l'écran de la sculp­tu­rale cham­pionne amé­ri­caine d'arts mar­tiaux Gina Carano, entou­rée notam­ment d'Ewan McGregor, Michael Fassbender, Channing Tatum et Michael Douglas.

Antonio Banderas, qui fit ses débuts d'acteur en Europe dans les films de Pedro Almodovar, com­plète la dis­tri­bu­tion, heu­reux d'avoir enfin pu dire oui à un réa­li­sa­teur dont il avait repoussé deux fois les avances, pour "Traffic" (2000) et la fresque sur Che Guevara "Che" (2008).

"Steven Soderbergh est un grand admi­ra­teur du cinéma d'Almodovar, et comme j'ai fait plu­sieurs films avec lui, je pense qu'il était curieux de tra­vailler avec moi", explique l'acteur à l'AFP dans la suite d'un hôtel de Beverly Hills.

Dans "Haywire" (Détraqué), Banderas appa­raît peu à l'écran, mais c'est lui qui tire les ficelles d'une intrigue met­tant aux prises une mer­ce­naire des ser­vices secrets amé­ri­cains (Gina Carano), pour­chas­sée et mena­cée de mort par ses propres employeurs, entre l'Espagne, l'Irlande et les Etats-Unis.

"Mon per­son­nage est un homme qui observe beau­coup, parle peu, c'est le cer­veau de l'histoire, en per­ma­nence à l'arrière-plan", observe l'acteur. "Soderbergh l'utilise un peu comme Shakespeare a uti­lisé Fortinbras dans +Hamlet+: il lui fal­lait un per­son­nage pour bou­cler l'histoire".

Filmé, rythmé et mis en musique avec une grande élégance, "Haywire" renoue avec l'esprit des films d'espionnage des années 70, quand les com­bats corps-à-corps étaient encore réa­listes et que les réa­li­sa­teurs pou­vaient fil­mer des plans longs sans avoir à les tailla­der au montage.

"Il y a comme un désir rétro", remarque Banderas. "Peut-être Soderbergh épouvait-il une cer­taine nos­tal­gie des sen­sa­tions qu'il éprou­vait comme spec­ta­teur dans les années 70".

Antonio Banderas, marié depuis 1996 à l'actrice amé­ri­caine Melanie Griffith, et l'un des rares comé­diens euro­péens non bri­tan­niques à s'être forgé une vraie car­rière à Hollywood, a été séduit par la manière de tra­vailler de Soderbergh.

"Quand je suis arrivé à Barcelone pour le tour­nage, je ne savais pas à quoi m'attendre, s'il allait être agres­sif ou dif­fi­cile", raconte-t-il. Au final, rien de tout cela. "J'ai décou­vert une per­sonne déli­cate et calme, qui tra­vaille très vite, avec beau­coup d'assurance", dit-il. "Il filme juste ce qu'il faut, comme s'il mon­tait le film au moment du tournage".

Quant à sa direc­tion d'acteur, elle lui a rap­pelé celle, légen­dai­re­ment mini­ma­liste, de Woody Allen, avec qui il avait tra­vaillé sur "Vous allez ren­con­trer un bel et sombre inconnu" (2010): "Peu de prises, très peu de répé­ti­tions et d'indications".

"La sen­sa­tion que j'avais, c'était d'être en face d'un musi­cien de jazz. La par­ti­tion est écrite, mais il s'en empare et impro­vise autour", explique-t-il.

Rien à voir avoir Pedro Almodovar, que l'acteur a récem­ment retrouvé dans "La piel que habito", plus de vingt ans après "Attache-moi!" (1990).

"Leur manière de tra­vailler est dia­mé­tra­le­ment oppo­sée. Pedro est incroya­ble­ment exi­geant et pré­cis dans ce qu'il fait. C'est comme s'il pei­gnait son film. Avec lui, le tra­vail consiste à rendre natu­relle l'immense quan­tité d'informations qu'il donne", observe-t-il.

"La seule chose qu'ils ont en com­mun, c'est de faire les choses qu'ils veulent, comme il veulent. Et à notre époque, cela n'a pas de prix", dit-il.


 

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