12.01.2012

Restauration du Colisée: le patron de Tod's menace de jeter l'éponge

Le roi ita­lien de la chaus­sure, le patron du groupe Tod's, Diego Della Valle, a menacé jeudi de se reti­rer du pro­jet de res­tau­ra­tion de l'emblématique Colisée à Rome pour 25 mil­lions d'euros après l'ouverture d'enquêtes sur des irré­gu­la­ri­tés présumées.

"Nous avons ren­con­tré aujourd'hui le ministre de la Culture, mon inten­tion pre­mière était d'annuler le pro­jet mais nous avons décidé d'attendre un peu le temps que les auto­ri­tés com­pé­tentes fassent leurs véri­fi­ca­tions", a déclaré M. Della Valle, lors d'une confé­rence de presse impromp­tue à Rome.

Le ministre de la Culture Lorenzo Ornaghi a confirmé dans un com­mu­ni­qué avoir demandé à M. Della Valle "d'attendre avant de prendre une déci­sion défi­ni­tive" et s'est dit "convaincu de l'issue posi­tive" du processus.

Pour M. Ornaghi, la res­tau­ra­tion du Colisée par M. Della Valle, qui "pour la pre­mière fois voit le privé et le public col­la­bo­rer pour la tutelle et la valo­ri­sa­tion d'un bien extra­or­di­naire comme le Colisée, est signi­fi­ca­tive et sym­bo­lique de la phase que tra­verse le pays".

Devant les jour­na­listes, M. Della Valle a sou­li­gné à quel point ce chan­tier est urgent après une série d'incidents autour de Noël, avec la chute de petits frag­ments de tuf.

"Il faut que nous sachions rapi­de­ment ce qui a été décidé, le Colisée a besoin d'une inter­ven­tion pro­fonde et rapide", a-t-il plaidé, en sou­li­gnant avoir déjà déboursé 10 mil­lions d'euros pour faire démar­rer le chantier.

Selon les médias ita­liens, le par­quet de Rome, la Cour des comptes ainsi que le Tribunal admi­nis­tra­tif régio­nal du Latium (région de Rome) ont été sai­sis pour décor­ti­quer le contrat de spon­so­ri­sa­tion signé entre M. Della Valle, le minis­tère de la Culture et la ville de Rome.

L'industriel mil­liar­daire s'est mon­tré frus­tré de devoir perdre du temps "dans les méandres romains", esti­mant que ce qui lui est contesté "est une chose ridi­cule bâtie à par­tir de rien". "Les docu­ments sont tous publics, tout ceci a été orches­tré, je suis très amer", a-t-il encore indiqué.

Des syn­di­cats d'employés du monu­ment lui reprochent de faire une uti­li­sa­tion com­mer­ciale de l'opération de res­tau­ra­tion, une accu­sa­tion reje­tée par M. Della Valle.

Ce der­nier a sou­li­gné que son contrat l'autorise seule­ment à faire la pro­mo­tion de son action de mécé­nat et lui inter­dit d'apposer des publi­ci­tés sur le Colisée.

"Le Colisée appar­tient à tous les Italiens, nous ne tolé­re­rons jamais que quelqu'un le défi­gure avec une cam­pagne publi­ci­taire", avait-il dit à l'annonce du projet.

Actuellement, la façade du Colisée, abî­mée par les intem­pé­ries et noir­cie par la pol­lu­tion auto­mo­bile (2.000 voi­tures à l'heure, selon les écolo­gistes), offre un triste spec­tacle. En mai 2010, des mor­ceaux de mor­tier à la chaux s'étaient déta­chés des parois.

Le Colisée, en forme d'oeuf, entamé entre 70 et 72 sous l'empereur Vespasien et achevé en 80 sous Titus, est le plus grand amphi­théâtre jamais construit sous l'Empire romain (188 mètres sur 156, pour une hau­teur de 48,50 mètres). Pouvant accueillir entre 50.000 et 75.000 spec­ta­teurs, il fut uti­lisé pour les com­bats de gla­dia­teurs et autres spec­tacles publics. Il a été uti­lisé pen­dant près de 500 ans.

Le nombre de visi­teurs au Colisée est passé en une dizaine d'années d'un à six mil­lions par an, à la suite, entre autres, du suc­cès du film de Ridley Scott, "Gladiator" (2000).

Le contrat de res­tau­ra­tion signé par M. Della Valle pré­voit une opé­ra­tion sur trois ans et un accrois­se­ment d'un quart des zones aux­quelles les tou­ristes peuvent accéder.


 

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