Enseignant : un métier qui ne pourra plus faire rêver ?

09.01.2012 , publié dans Savoirs 2
L'image d'un nou­vel ensei­gnant s'est déga­gée des pro­pos du pré­sident de la République lors de ses voeux à la com­mu­nauté éduca­tive. Réactions.

Lexpress.fr publiait ven­dredi der­nier le portrait-robot de l'enseignant idéal pour le pré­sident de la République, suite à ses vœux de nou­velle année au monde de l'éducation.

Le por­trait de cet ensei­gnant idéal est mar­qué par cinq carac­té­ris­tiques fortes. Il s'agit d'un prof :
–avec moins de col­lègues
–plus dis­po­nible
–mieux payé
–plus sur­veillé
–plus autonome

Pour le site Mediapart, il faut aussi prendre en compte ce que le pré­sident n'a pas dit lors de ses vœux. Plusieurs sujets n'ont pas été évoqués : les rythmes sco­laires, la carte sco­laire, l'école mater­nelle et l'accueil des "2 ans", les ZEP. La défi­ni­tion d'un nou­vel ensei­gnant ne peut pour­tant faire l'impasse sur ces problématiques.

Allant encore plus loin, Vincent Peillon, cité par Le Figaro, consi­dère que Nicolas Sarkozy est le "liqui­da­teur du modèle répu­bli­cain d'éducation". Pour lui, l'école répu­bli­caine ne peut plus fonc­tion­ner sur le "refus de res­tau­rer les moyens sup­pri­més, la volonté de ségré­ga­tion pré­coce des élèves, le déve­lop­pe­ment d'une auto­no­mie qui sans moyens ne pourra jamais être péda­go­gique". Le nou­vel ensei­gnant –auto­nome, seul, sur­veillé –semble donc mal pou­voir trou­ver sa place dans l'école de l'égalité et de la chance pour tous.

Polémique sur le temps de tra­vail des enseignants

La Société des Agrégés s'est dite égale­ment inquiète des pro­pos tenus : dans un com­mu­ni­qué relayé par lepoint.fr, elle juge que nombre de points évoqués par Nicolas Sarkozy "ne visent réel­le­ment que l'augmentation du temps de tra­vail des pro­fes­seurs". Or dans ce pro­jet, le temps de tra­vail actuel réel des ensei­gnant n'est abso­lu­ment pas pris en compte. La Société des agré­gés rap­pelle en effet qu'un ensei­gnant, qui effec­tue 18 ou 15 h de cours par semaine, ne s'en tient pas à ces horaires effec­tifs : "selon une étude de 2002 du minis­tère de l'Education natio­nale, les ensei­gnants tra­vaillent en moyenne 20 heures et 27 minutes en plus des cours (pré­pa­ra­tion, cor­rec­tion des copies, etc)". Une telle charge de tra­vail est-elle com­pa­tible avec des horaires de bureau ?

Luc Ferry, ancien ministre de l'Education du gou­ver­ne­ment Raffarin, a estimé quant à lui samedi sur Europe 1, que "sur l'école, la droite n'a pas été bonne" et que si l'on consi­dère le bilan de la poli­tique éduca­tive actuelle "on a fait zéro réforme de l'école et zéro réforme du lycée".

Il ne fait pas bon être ministre de l'Education natio­nale, c'est du moins ce qu'a égale­ment laissé entendre hier sur lejdd.fr l'ancien ministre décla­rant : "Je suis très heu­reux d'avoir été ministre de l'Education, c'était une expé­rience for­mi­dable, mais je pré­fère un mil­lion de fois plus écrire des livres."

"J'ai peur de deve­nir prof !"

Mais si l'on en croit Le Plus Nouvel Obs, il ne fait pas bon deve­nir prof non plus... Certains élèves affirment ouver­te­ment avoir "peur de deve­nir profs" !

L'enseignant idéal esquissé en début d'article ne l'est visi­ble­ment pas pour tout le monde. Les réac­tions aux vœux du pré­sident de la République ont été plu­tôt hos­tiles, comme nous le notons aujourd'hui dans Le Fait du jour.

Cependant, pour Sébastien Huyghe, député du Nord et secré­taire natio­nal de l'UMP, réagis­sant aux pro­pos de Vincent Peillon, "depuis 2007, le gou­ver­ne­ment a fait de l'éducation un de ses axes cen­traux". Pour le député, "notre pays est parmi ceux qui inves­tissent le plus dans l'éducation avec des résul­tats médiocres". Par consé­quent, tout n'est pas ques­tion de moyens, et la pour­suite de la moder­ni­sa­tion du "mammouth"est selon lui la seule solu­tion viable.

Sandra Ktourza


 
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Vos réactions :

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mbourlier
le 13 janvier 2012

Sauf, Monsieur Huyghe, que le "mam­mouth" n'est pas là où vous croyez qu'il est ! Le "mam­mouth" est une expres­sion que l'on doit à ce cher Allègre, qui déci­dé­ment dément tout ce qui est avéré et n'a pour seul objec­tif que de retrou­ver un fau­teuil de ministre (ces ten­ta­tives de rap­pro­che­ment avec Sarkozy sont là pour en témoi­gner). Le "mam­mouth à dégrais­ser", donc, se situe­rait à mon sens beau­coup plus du côté de l'administration et plus pré­ci­sé­ment dans les rec­to­rats et les ins­pec­tions aca­dé­miques où beau­coup de cadres brassent énor­mé­ment de vent sans pro­duire hélas grand chose !

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Apoit
le 15 janvier 2012

J'ai entendu dire par un député peu assidu à l'assemblée que son métier ne se résu­mait pas à être dans l'hémicycle. Je le crois tout comme le pro­fes­seur dont le métier ne se résume pas à 18 h de cours devant élèves !!

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2 réactions