08.01.2012

La génération Pif Gadget à la recherche des sapins plantés autrefois

En 1975, le maga­zine fran­çais pour la jeu­nesse Pif Gadget invi­tait ses lec­teurs à plan­ter une petite brin­dille d'épicéa. Quelques décen­nies plus tard, un Français s'est mis en quête des sapins Pif, ren­con­trant l'engouement d'un public nos­tal­gique et friand de belles histoires.

"Attention, dans deux ans, ce sapin sera plus grand que toi", aver­tis­sait alors le numéro 347 de cette revue heb­do­ma­daire de 1969 à 93, aujourd'hui disparue.

Appartenant au Parti com­mu­niste fran­çais, elle était très popu­laire auprès des enfants pour ses bandes des­si­nées et les gad­gets que chaque numéro conte­nait (péri­scope ou kalei­do­scope à fabri­quer, "aéropif"...)

Joël Fauré avait 13 ans et habi­tait à l'orée d'une forêt. "Pif et ses gad­gets étaient révo­lu­tion­naires à l'époque. Mon père m'a aidé à plan­ter mon arbre et très vite il s'est épanoui", se rappelle-t-il.

La mai­son fami­liale a été ven­due après la mort de ses parents, mais l'arbre est tou­jours là. Il fait douze mètres et "raconte mon propre par­cours", dit Joël Fauré, 49 ans, qui habite Toulouse (sud-ouest). Le nou­veau maître des lieux lui a fait la pro­messe de le préserver.

Au total, il s'est vendu 360.000 pousses de sapin sous plas­tique, un suc­cès à rap­pro­cher de celui des "pifises", drôles d'oeufs de crus­ta­cés écou­lés à un mil­lion d'exemplaires, ou des pois sau­teurs du Mexique, rap­porte Joël Fauré.

"Je me suis dit qu'il y avait poten­tiel­le­ment 359.999 autres sapins pifesques" témoins d'autant de tranches de vie.

Il en parle en 1997 au jour­nal régio­nal la Dépêche du Midi, mais c'est sur­tout depuis l'été 2011 et un "appel de la forêt" lancé dans Le Monde Magazine que le sujet explose. A l'automne, le quo­ti­dien Libération lui pro­pose d'héberger son blog (http://pifgadget.blogs.liberation.fr).

"nos­tal­gie de l'enfance"

Joël Fauré a retrouvé 120 rési­neux pifesques à ce jour. Ils sont dis­si­mi­nés à tra­vers la France. Mais il en pros­père aussi en Turquie et au Canada. Un exem­plaire a vécu deux ans en Tunisie.

"Les gens envoient des pho­tos, racontent leur his­toire, je suis ému aux larmes", dit-il. Il explique ce suc­cès par "une his­toire qui met en valeur des réso­nances très fortes": la nos­tal­gie de l'enfance et du temps qui passe, le souci de l'environnement.

"Les gens écrivent, et sou­vent ils écrivent bien. Il y a de très belles his­toires. Des scé­na­ristes pour­raient en faire leur miel", dit-il.

Il y a les his­toires tristes de "mas­sacres à la tron­çon­neuse" et de "des­tins tra­giques", comme celui de l'épicéa sacri­fié par le père de famille parce que ses racines deve­naient envahissantes.

Mais d'autres ont vu, après les enfants, naître les petits-enfants. D'autres encore marquent la tombe du chien de la famille. Bon nombre ont résisté à la tem­pête du siècle en 1999.

Marie-Christine, en Bourgogne (centre-est), raconte com­ment son père, à la vue de la brin­dille rabou­grie, s'était exclamé à l'époque "avec un pes­si­misme très légi­time: +Ben, t'es pas prête à te mettre à l'ombre dessous+".

"Le bel arbre toise main­te­nant la mai­son fami­liale où réside ma mère désor­mais seule", dit-elle. "Et, de temps en temps, je vais bou­qui­ner à l'ombre de mon Pif... his­toire de faire men­tir mon père."


 

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