04.01.2012
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Enseignement du chinois : "Entre l'oral et l'écrit, il y a deux langues"

Isabelle Han, pré­sident de l'Association fran­çaise des pro­fes­seurs de chi­nois (AFPC), dresse pour VousNousIls un état des lieux de l'enseignement du chi­nois en France, et nous en fait décou­vrir les spécificités.

Isabelle Han de l'Association française des professeurs de chinois (AFPC)Isabelle Han est pro­fes­seur de chi­nois à Lille-2 pour des étudiants non spé­cia­listes, et pré­si­dente de l'Association des pro­fes­seurs de chi­nois en France (AFPC). Elle nous pré­sente son asso­cia­tion et les enjeux actuels de l'enseignement du chi­nois en France.

Quelles sont les mis­sions de l'AFPC ?

L'association fran­çaise des pro­fes­seurs de chi­nois a été fon­dée en 1984. Elle a pour objet la pro­mo­tion de la langue et de la culture chi­noises. Elle compte aujourd'hui plus de 430 membres, en majo­rité des pro­fes­seurs de chi­nois de tous niveaux mais sur­tout du secon­daire, ainsi que des per­sonnes sym­pa­thi­santes ouvertes sur la Chine.

Nous pro­po­sons des infor­ma­tions en ligne sur le monde et la vie éduca­tive chi­nois, par exemple des offres de postes en France, et nous adres­sons chaque mois à nos membres une lettre d'informations, notam­ment sur des évène­ments cultu­rels. Notre site héberge égale­ment des res­sources péda­go­giques, telles que la liste des carac­tères à connaître en fin de lycée, en fonc­tion du niveau.

L'association s'occupe égale­ment de l'organisation en France du Hanyu Shuiping Kaoshi (HSK), un test de com­pé­tences conçu par le minis­tère chi­nois de l'Education, équi­va­lent du TOEFL pour le chi­nois. Enfin, nous nous occu­pons de sélec­tion­ner chaque année l'équipe d'élèves du secon­daire qui vont repré­sen­ter la France au concours cultu­rel et lin­guis­tique "Pont vers le chi­nois".

Combien d'établissements pro­posent des cours de chi­nois en France ?

Le man­da­rin est actuel­le­ment la 5ème langue ensei­gnée en France. On peut aujourd'hui apprendre le chi­nois dans 30 écoles pri­maires, et 535 col­lèges et lycées (contre 363 en 2007).

Combien y a-t-il d'enseignants pour la discipline ?

Il y a quelque 400 ensei­gnants de chi­nois en France, sur les­quels moins de la moi­tié (40 %) sont cer­ti­fiés : une grande par­tie sont contrac­tuels. Cette année le Capes externe et l'agrégation de chi­nois ont été fer­més, seuls 12 nou­veaux postes ont été ouverts pour le Capes interne. Nous stag­nons, alors que nous enre­gis­trons chaque année une pro­gres­sion d'effectifs élèves à deux chiffres. S'il n'y avait que 2.663 élèves qui appre­naient le chi­nois en 1995, en 2011 ils étaient 29.505, aux­quels il faut encore ajou­ter envi­ron 3.000 élèves dans les lycées fran­çais à l'étranger...

Les débou­chés du chinois

L'AFPC et l'association France Chine Education co-organisent le 20 jan­vier 2012 au lycée Louis-le-Grand un col­loque inti­tulé "Apprendre le chi­nois : un atout. Quels par­cours, vers quels débou­chés ?".

Il sera notam­ment consa­cré à l'offre d'enseignement dans l'enseignement supé­rieur, et aux besoins des entreprises.

Informations : Colloqueafpcfce2012@laposte.net

La Chine est aujourd'hui pré­sen­tée comme un acteur majeur de l'économie mon­diale. Est-ce la prin­ci­pale rai­son du suc­cès crois­sant du chinois ?

Aujourd'hui la place de la Chine dans le monde joue for­te­ment sur la moti­va­tion, en tout cas dans le supé­rieur. Ce choix de langue est for­te­ment lié à un choix de par­cours. Mais dans le secon­daire, cela repose davan­tage sur un inté­rêt cultu­rel, pour les arts mar­tiaux ou la cui­sine chi­noise par exemple, qui attire vers le pays.

Enseigner la langue et sur­tout l'écriture chi­noises nécessite-t-il des amé­na­ge­ments spécifiques ?

Ressources péda­go­giques

Notre fiche péda­go­gique sur le chi­nois, réa­li­sée en par­te­na­riat avec l'AFPC, pro­pose de nom­breuses res­sources en ligne pour l'apprentissage du chi­nois : leçons, acti­vi­tés, exer­cices, jeux, podcasts...

Non, il n'y a pas d'aménagement spé­ci­fique pour faire cours. Dans la péda­go­gie par contre, il faut prendre en compte l'éloignement de la langue : l'ordre des mots et la syn­taxe sont très dif­fé­rents, aucun mot n'est trans­pa­rent comme en anglais par exemple... La part dévo­lue à la culture est aussi plus mar­quée dans nos cours, car nous devons démys­ti­fier la culture chi­noise : nous avons un rôle d'ajustement, à cause des médias, qui ne véhi­culent pas for­cé­ment une image très juste et posi­tive de la Chine.

Est-il dif­fi­cile d'enseigner l'écriture chinoise ?

Dans le chi­nois, il y a presque deux langues, la langue orale et la langue écrite. En Chine, on accepte très bien le fait de savoir dire beau­coup de choses qu'on ne sait pas écrire, et de savoir écrire beau­coup de choses qu'on ne sait pas dire. D'autant plus qu'il y a une cer­taine len­teur à l'écrit : les carac­tères ne sont pas com­pli­qués, mais prennent long­temps à écrire.

Il faut donc dis­so­cier les com­pé­tences orales et écrites, et cher­cher à aller aussi loin que pos­sible dans cha­cune, sans pou­voir aller au même rythme. Les élèves ont des listes de carac­tères à connaître obli­ga­toi­re­ment, et on va apprendre tout le reste en pinyin (écri­ture pho­né­tique). L'important, c'est de leur per­mettre de s'exprimer. C'est une matière où on ne peut pas être trop perfectionniste.

La ques­tion de l'apprentissage de l'écriture fait encore plus polé­mique dans le supé­rieur, où les trois quarts des appre­nants sont non spé­cia­listes et ont donc d'autres prio­ri­tés. Mes étudiants n'écrivent pas à la main, tout se fait à l'ordinateur. On a juste besoin de la pho­né­tique, ensuite l'ordinateur pro­pose le choix entre dix carac­tères qui se pro­noncent de la même façon et il suf­fit de cli­quer sur le bon. C'est un gain de temps phé­no­mé­nal. Pour le bac bien sûr, on n'en est pas encore là, car c'est avant tout un exa­men écrit.

Est-ce que les voyages sco­laires vers la Chine sont fréquents ?

Il y en a, mais avec la dis­tance et le coût que cela repré­sente, cela demande une toute autre orga­ni­sa­tion. Notre asso­cia­tion a aussi pour but de spon­so­ri­ser ce genre de pro­jets. Mais il y a davan­tage d'échanges que de voyages lin­guis­tiques, par faci­lité et pour des rai­sons finan­cières. L'association amie France Chine Education s'occupe plus par­ti­cu­liè­re­ment des échanges entre établis­se­ments scolaires.

Quentin Duverger

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lité44
le 15 janvier 2012

Peut-on vrai­ment dire que le "chi­nois" oral et le "chi­nois" écrit forment DEUX langues ? J'en doute. Les jeunes can­to­nais, qui apprennent à écrire puthon­gua ne doivent-ils pas aussi apprendre la langue qui va avec ? Difficile en tout cas d'imaginer un écrit tota­le­ment décon­necté d'une langue effec­ti­ve­ment – l'arabe stan­dard semble seul à faire excep­tion en la matière. Ce qui fut vrai de la langue clas­sique ne l'est plus depuis plus d'un siècle.

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