23.12.2011
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Zoé Valdés : "L'école était un outil d'endoctrinement"

VousNousIls.fr pour­suit sa série "sou­ve­nirs d'école" avec Zoé Valdès, célèbre roman­cière franco-cubaine. Elle vient de publier "Le roman de Yocandra", en novembre aux éditions Lattès, qui res­sus­cite le per­son­nage du "Néant quo­ti­dien", cette femme insou­mise et crue qui naquit en 1959 à la Havane, année de la révo­lu­tion cubaine.

Zoé Valdés vit à Paris depuis 1995, contrainte à l'exil après la publi­ca­tion en France de son roman "Le néant quo­ti­dien", qui dépeint cruel­le­ment le régime cas­triste. L'ironie du sort veut que ce roman lui vaut la recon­nais­sance dans son nou­veau pays. Deux ans plus tard, son suc­cès se confirme, avec la publi­ca­tion de "La dou­leur du dollar".

Zoé Valdés est née à La Havane en 1959, l'année où Fidel Castro et Che Guevara s'emparent du pou­voir et ins­taurent un régime com­mu­niste dur. Epurations, pri­son­niers poli­tiques, camps de tra­vail et de réédu­ca­tion, cen­sure... L'Education natio­nale est rema­niée de fond en comble pour mieux ser­vir la pro­pa­gande : les écoles Makarenko fleu­rissent, du nom du péda­gogue russe qui théo­ri­sait la péda­go­gie cen­sée créer l'homme nou­veau. Zoé Valdés se sou­vient : "On envoyait de jeunes profs pour six mois à Moscou, où ils appre­naient la péda­go­gie sovié­tique et reve­naient l'appliquer méca­ni­que­ment. Ils n'avaient aucune expé­rience, ils fai­saient des fautes d'orthographe en écri­vant sur le tableau. Ils maniaient la langue de bois." Les livres des poètes d'avant la Révolution sont inter­dits, les manuels d'Histoire réécrits. Les matières poli­tiques – mar­xisme, léni­nisme, cas­trisme – prennent le des­sus. Dans le regard de Zoé Valdés, on lit toute la tris­tesse d'une exis­tence mal­me­née par un régime déshu­ma­ni­sant et, en même temps, une incroyable force de vivre. "La lit­té­ra­ture m'a sau­vée. Elle m'a aidée à évacuer l'horreur."

Des sou­ve­nirs d'école dif­fé­rents de ceux des Français

Ses sou­ve­nirs d'école refont sur­face, radi­ca­le­ment dif­fé­rents de ceux des Français : les slo­gans scan­dés, la main levée en salut mili­taire, les acti­vi­tés poli­tiques du samedi, les bri­gades... A Cuba, la sco­la­rité se déroule sur 13 ans : l'école pri­maire (de 1ère à la 6e année), le secon­daire (de la 7e à la 10e), le pré-universitaire (de la 11e à la 13e année). Zoé Valdés a sur­tout aimé l'école pri­maire, parce qu'il y avait encore des pro­fes­seurs pos­sé­dant une bonne culture clas­sique, des méthodes de péda­go­gie occi­den­tales. Parmi ces profs for­més "à l'ancienne" : Carmen Alvariño, exi­geante et res­pec­tueuse, qui ensei­gnait l'Histoire, la géo­gra­phie et les sciences. Ou encore Teresa Galindo qui ensei­gnait la lit­té­ra­ture. "Elle nous fai­sait lire des poèmes d'avant la révo­lu­tion. Un jour, elle a dis­paru et elle n'est jamais reve­nue. Les gens dis­pa­rais­saient ainsi. Nous avions appris qu'il ne fal­lait pas poser de questions."

La 6e, der­nière année de l'école pri­maire, est déci­sive. Les enfants cubains doivent faire leur expé­rience mili­taire et s'orienter ensuite soit vers les écoles mili­taires, qui offrent de nom­breux avan­tages pour la réus­site, soit vers l'enseignement "basic". Libre pen­seur, Zoé Valdés choi­sit le "basic" et pour­suit donc ses études à l'école "Les Forgeurs de l'avenir". Elle a de bonnes notes car elle aime étudier. "J'avais quelques bons pro­fes­seurs. M. Sarria m'a fait com­prendre que pour réus­sir les maths, il fal­lait de l'imagination. Il y avait aussi un prof de phy­sique, il était com­mu­niste mais aimait son métier." Cependant, quand les vacances arrivent, les élèves n'ont pas droit au repos : ils partent tra­vailler dans les champs, récol­ter la canne à sucre, les patates, le tabac. Un tra­vail très dur. "Nous logions dans les bâti­ments où avaient été enfer­més les pri­son­niers poli­tiques. Sur les murs, on lisait encore leurs mes­sages." Zoé Valdés évoque aussi les viols ou ten­ta­tives de viol com­mis par des bri­ga­diers qui appe­laient les jeunes filles à accom­plir leur "devoir révolutionnaire".

"J'ai une grande confiance dans l'Education nationale"

En France, Zoé Valdés a d'abord appris la liberté. "Au début, quand j'entrais dans une librai­rie, je regar­dais par­tout, de peur d'être sur­veillée." Elle découvre égale­ment l'école répu­bli­caine fran­çaise grâce à sa fille Luna, âgée d'à peine un an et demi lors de son arri­vée en France. "J'ai une grande confiance dans l'Education natio­nale. Les pro­fes­seurs sont de qua­lité, res­pon­sables." Zoé Valdés se sou­vient de l'extraordinaire M. Castellani qui a appris la lec­ture à sa fille. "J'ai pleuré de joie quand elle est venue un jour et m'a récité les fables de La Fontaine. Je me suis sou­ve­nue de moi, petite, quand je réci­tais les dis­cours de Castro." Cependant, l'écrivain regrette la dif­fi­culté d'évoquer le régime com­mu­niste avec beau­coup d'enseignants. "Ils ont pré­senté Che Guevara aux élèves comme un héros, alors que pour nous, il était un tor­tion­naire". Le choc des mémoires n'épargne pas l'école en France.

Rouja Lazarova

 

Portrait Zoé Valdès ©Jean-Marc Gourdon

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Gib
le 23 décembre 2011

Ha ! le temps béni d'avant la révo­lu­tion, celui du régime dic­ta­to­rial du géné­ral Fulgencio Batista !!!

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Yemaya
le 23 décembre 2011

Il faut vrai­ment mécon­naître la réa­lité cubaine pour appor­ter un quel­conque cré­dit à ces pro­pos gros­siè­re­ment réduc­teurs voire fal­si­fi­ca­teurs. A quand une infor­ma­tion de qua­lité sur les réels pro­blèmes de l'île et de ses habi­tants com­pa­rés à ceux que connaissent les autres Caribéens ?

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Nanananananana
le 23 décembre 2011

Deux ans de dic­ta­ture de Fulgencio Batista contre 53 ans de dic­ta­ture comu­niste des frères Castro... Un temps "béni" seule­ment pour les fans fran­çais de la révo­lu­tion castrocomuniste...

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Il Rève
le 28 décembre 2011

Que de pré­sup­po­sés. Que de pré­ju­gés. Que de silences sur le régime "cas­triste". Che Guevara, un tor­tion­naire ? Le régime, com­mu­niste ?... "Il était com­mu­niste, mais aimait son métier", donc il était prof et pas d'abord com­mu­niste. La méthode Makarenko appli­quée à Cuba : c'est mécon­naitre la méthode, ses ori­gines et ses objec­tifs et c'est tirer un trait sur la démo­cra­ti­sa­tion de l'enseignement à Cuba. C'est mas­quer les com­pé­tences cubaines en matière de for­ma­tion de méde­cins, fort deman­dés. C'est igno­rer l'embargo dont furent vic­times les cubains...Mais main­te­nant que les dol­lars vont per­mettre de vendre les voi­tures cubaines (ce for­mi­dable patri­moine unique au monde) le régime de Cuba devient-il acceptable ?

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