23.12.2011
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Si j'étais président : "J'allongerais les semestres de cours à l'université"

A l'approche des élec­tions pré­si­den­tielles, Vousnousils pour­suit ses entre­tiens avec les acteurs de l'enseignement pour connaître les mesures qu'ils pren­draient s'ils étaient élus pré­sident de la République. Fiona McIntosh-Varjabédian, 43 ans, pro­fes­seur de lit­té­ra­ture com­pa­rée à l'Université Lille 3, nous pré­sente son programme.

En tant que pré­si­dente de la République, quelle serait votre pre­mière mesure concer­nant l'Enseignement supé­rieur ? Pourquoi ?

Je sup­pri­me­rais les labels Labex et Idex, car c'est un moyen de faire finan­cer par de l'argent public des socié­tés de com­mu­ni­ca­tion à un prix abso­lu­ment exor­bi­tant. Les dos­siers demandent énor­mé­ment de temps aux enseignants-chercheurs. Et lorsqu'ils sont en train de mon­ter les dos­siers, ils ne sont pas en train de faire de la recherche.

Si vous ajou­tez le temps que les enseignants-chercheurs doivent consa­crer à mon­ter ces dos­siers et l'argent que l'on donne à ces com­pa­gnies pri­vées, on s'aperçoit qu'il y a un véri­table gas­pillage. Et qu'en fin de compte, il serait peut-être beau­coup plus ration­nel que toutes les équipes de cher­cheurs soient dotées de manière com­pa­rable. De plus, lorsque l'on ana­lyse la répar­ti­tion régio­nale des labels Labex et Idex, on se rend bien compte que les don­nées poli­tiques ne sont pas absentes des rai­son­ne­ments de nos dirigeants.

Je trouve qu'au fond c'est une perte de temps et d'argent, et je ne suis pas per­sua­dée que cela soit extrê­me­ment effi­cace. C'est une manière de dis­si­mu­ler que l'on ne donne pas assez de moyens à tous les enseignants-chercheurs.

Quel serait votre plan d'action pour réfor­mer l'enseignement supérieur ?

Je pense que les réformes doivent se faire en amont. Actuellement, les grosses dif­fi­cul­tés du supé­rieur sont liées à la période avant le bac. Nous retrou­vons à l'université des élèves dont le niveau est extrê­me­ment hété­ro­gène. Certains élèves ont un niveau tout à fait conve­nable et d'autres pos­sèdent un niveau de rédac­tion et de réflexion que l'on aurait asso­cié, il y a quelques années, à celui d'élèves de cin­quième. Pour ces der­niers, l'orthographe, la syn­taxe et la com­pré­hen­sion fine des textes ne sont pas établies. 

En ce qui concerne la réforme de l'université, j'allongerais les semestres. Là aussi, pour faire des écono­mies, les semestres ont été consi­dé­ra­ble­ment rac­cour­cis. Les élèves n'ont plus le temps de se construire et de pro­gres­ser. Deux fois onze semaines de cours, ce n'est pas suf­fi­sant. Cela n'aide ni la recherche, parce qu'il faut mul­ti­plier les cours et donc les pré­pa­ra­tions, ni les étudiants. La réforme Bayrou, impo­sant la semes­tria­li­sa­tion, est une catas­trophe car le lien péda­go­gique entre le pro­fes­seur et l'élève ne peut s'installer, faute de temps. Lorsque vous com­men­cez à bien connaître votre élève, à cer­ner ses dif­fi­cul­tés, vous devez le confier à un autre professeur.

Enfin, j'allègerais les tâches bureau­cra­tiques des enseignants-chercheurs. Celles-ci ont aug­menté ces der­nières années, sans aucune com­pen­sa­tion. Un exemple : actuel­le­ment pour orga­ni­ser un col­loque, il faut rem­plir des dos­siers très lourds et être capable de four­nir, plus de dix-huit mois à l'avance au lieu de six par le passé, la liste de tous les inter­ve­nants et de toutes les inter­ven­tions dans le moindre détail, ce qui n'est pas très réaliste. 

Quelles qua­li­tés devra pos­sé­der votre ministre de l'Enseignement supérieur ?

Ne pas être un idéo­logue, et connaître le fonc­tion­ne­ment de l'enseignement supé­rieur. Quand vous avez des gens qui sont idéo­logues et qui partent avec tout un tas d'a priori, cela ne fonc­tionne pas. Beaucoup de réformes ont été menées par idéo­lo­gie mana­gé­riale ou libé­rale, et en géné­ral, celles-ci ne résistent pas au réel.  

Qu'attendez-vous d'un pré­sident de la République ?

Qu'il fasse par­tie des hommes de bonne volonté, avec une grande hon­nê­teté intel­lec­tuelle ! Nous vivons actuel­le­ment une période cru­ciale, dans laquelle il fau­drait ima­gi­ner de nou­veaux sys­tèmes, avoir de nou­velles idées, de nou­velles approches. Lorsque que je vois nos poli­tiques mettre en place des réformes en appli­quant des recettes toutes faites, et en vous disant que vous ne pou­vez pas faire autre­ment, qu'il n'existe pas d'autres sys­tèmes, j'ai envie de leur répondre : « vous man­quez d'imagination ».

Quatre ans après sa pro­mul­ga­tion, faut-il selon vous abro­ger la loi rela­tive aux liber­tés et res­pon­sa­bi­li­tés des uni­ver­si­tés ? Pourquoi ?

Oui, car cette mesure a été prise pour faire des écono­mies. La loi LRU a pour consé­quence d'accentuer la fra­gi­lité des uni­ver­si­tés. Actuellement, de nom­breuses uni­ver­si­tés sont en ces­sa­tion de paie­ment ou au bord de la ces­sa­tion de paie­ment. Cette loi risque égale­ment d'engendrer un fac­teur d'inégalités sociales très impor­tant dans les années à venir. Dans l'ancien sys­tème, vous aviez l'assurance de béné­fi­cier des meilleurs ensei­gne­ments, que vous étudiiez à l'université de Pau ou de Paris. Cela ne sera plus le cas dans le futur.

Les uni­ver­si­tés les mieux dotées pour­ront se per­mettre d'avoir des enseignants-chercheurs qui auront du temps pour faire de la recherche. Les autres seront obli­gées de contraindre les pro­fes­seurs à don­ner plus d'heures d'enseignement sans contre­par­tie, ce que per­met le nou­veau sys­tème de nota­tion. Ils ne pour­ront donc plus rem­plir leurs autres mis­sions, et ces uni­ver­si­tés se trans­for­me­ront en établis­se­ments secon­daires bis.


Stéphanie Marpinard

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