16.12.2011
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Didier Geiger : l'IUFM de Créteil va profondément se transformer

Didier Geiger, direc­teur de l'IUFM de l'Académie de Créteil depuis 2003, élu début décembre vice-président de la CDIUFM, dresse un bilan très mitigé de la mise en œuvre de la mas­te­ri­sa­tion de la for­ma­tion et du recru­te­ment des ensei­gnants. Contraint de repen­ser ses mis­sions, l'IUFM de Créteil sou­haite évoluer vers une Ecole de l'éducation, de la for­ma­tion et de l'intervention sociale.

Quelles sont les consé­quences de la réforme de la for­ma­tion des ensei­gnants, dite de la "mas­te­ri­sa­tion", à l'IUFM de Créteil ?

Avant la réforme, en 2007, nous comp­tions 4600 usa­gers — étudiants et ensei­gnants sta­giaires confon­dus — au sein de l'IUFM. Aujourd'hui, les étudiants qui pré­parent le concours de pro­fes­seur des écoles s'inscrivent direc­te­ment à l'UPEC (Université Paris-Est-Créteil) et les futurs pro­fes­seurs de l'enseignement du 2nd degré géné­ral s'inscrivent direc­te­ment dans les quatre uni­ver­si­tés de l'académie. Nous enre­gis­trons une très forte baisse des usa­gers, puisque nous ne comp­ta­bi­li­sons plus que 1300 étudiants ins­crits en for­ma­tion ini­tiale à l'IUFM. En revanche, nous par­ti­ci­pons tou­jours à la for­ma­tion conti­nue des ensei­gnants titu­laires ou des fonc­tion­naires sta­giaires, soit 27 000 heures dis­pen­sées l'an dernier.

Comment sus­ci­ter un nou­vel élan face à la baisse du nombre de can­di­dats au concours de recru­te­ment de pro­fes­seurs des écoles (CRPE) ?

Comme dans toutes les uni­ver­si­tés, nous assis­tons à une chute du nombre d'étudiants ins­crits dans des mas­ters en vue de pré­pa­rer les concours des métiers de l'enseignement. A Créteil, nous sommes pas­sés d'un mil­lier d'inscrits à l'IUFM en pré­pa­ra­tion au concours, à envi­ron 600 ins­crits en mas­ter 2e année et qui passent effec­ti­ve­ment le CRPE. Au niveau de l'académie de Créteil, 1800 étudiants se sont pré­sen­tés au CRPE sur 2200 ins­crits. Une réponse à cette dimi­nu­tion du nombre des voca­tions pour­rait se trou­ver dans le dis­cours du ministre Luc Chatel au Salon de l'Education, avec la reva­lo­ri­sa­tion du salaire des ensei­gnants débu­tants (2000 euros bruts men­suels à par­tir de février 2012), mais il fau­drait faire mieux, car il s'agit d'un recru­te­ment à bac + 5. D‘autant plus que le tra­vail en classe ce n'est pas juste du temps de pré­sence : c'est aussi une foule d'activités annexes, comme la pré­pa­ra­tion des cours, les réunions au sein des établis­se­ments, le suivi des élèves, la for­ma­tion conti­nue... Par ailleurs, sur le plan socio­cul­tu­rel, l'académie de Créteil n'est sans doute pas la plus favo­ri­sée. L'allongement des études pour deve­nir ensei­gnant et la non mise en place d'un accom­pa­gne­ment suf­fi­sant font qu'il y a moins d'étudiants dési­reux d'embrasser cette car­rière. Avant la réforme, un ensei­gnant sta­giaire com­men­çait à être payé à bac+4, contre bac+5 aujourd'hui, ce qui génère des situa­tions compliquées.

Pour quelle rai­son l'IUFM de Créteil projette-t-il de se trans­for­mer en une école de l'éducation ?

Face à la baisse des effec­tifs étudiants qui pré­parent les concours et à la dimi­nu­tion très signi­fi­ca­tive de la for­ma­tion conti­nue, il existe un risque impor­tant que des per­son­nels de l'IUFM se retrouvent en sous ser­vice. Certains ensei­gnants éprouvent déjà des dif­fi­cul­tés à assu­rer un ser­vice com­plet, même si les besoins res­tent impor­tants dans l'académie de Créteil et tout par­ti­cu­liè­re­ment à l'UPEC. Avec Simone Bonnafous (pré­si­dente de l'UPEC) et l'ensemble des per­son­nels, nous réflé­chis­sons à la meilleure manière de mobi­li­ser les com­pé­tences de l'IUFM au sein d'une uni­ver­sité très ancrée dans la pro­fes­sion­na­li­sa­tion. Nous dis­po­sons d'enseignants spé­cia­listes de l'ingénierie péda­go­gique de la for­ma­tion, d'autres ont des com­pé­tences dans le domaine des TICE puisque depuis 2004 nous sommes impli­qués dans la déli­vrance du cer­ti­fi­cat infor­ma­tique et inter­net (C2i)... Et depuis trois ans, l'IUFM a repris la for­ma­tion des doc­to­rants aux acti­vi­tés de l'enseignement pour le compte du Pôle de recherche et d'enseignement supé­rieur (PRES) uni­ver­sité Paris-Est. Comme l'IUFM se dirige vers de nou­velles mis­sions trans­ver­sales, nous sou­hai­tons le trans­for­mer en  "école de l'éducation, de la for­ma­tion et de l'intervention sociale".

A quelle échéance inter­vien­dra ce changement ?

Le texte d'orientation a été voté, una­ni­me­ment, par le conseil de l'IUFM le 18 octobre der­nier et le conseil d'administration de l'université a voté, à l'unanimité, un prin­cipe d'évolution, ven­dredi 9 décembre. Cela nous per­met de par­ti­ci­per à la construc­tion du futur pro­jet d'établissement. Les évolu­tions sta­tu­taires sont à pré­voir sur le contrat plu­ri­an­nuel 2015–1019. Il n'y aura pas de bou­le­ver­se­ment impor­tant pour la ren­trée 2012, mais nous entrons dans une dyna­mique d'évolution.

Vous venez d'être élu vice-président de la CDIUFM (Conférence des direc­teurs d'IUFM) qui a rédigé 22 pro­po­si­tions pour amé­lio­rer la for­ma­tion des ensei­gnants. Quelle est l'urgence ?

La CDIUFM réunit les 32 direc­teurs d'IUFM pour mutua­li­ser nos expé­riences et essayer de défendre le fait que nous for­mons des ensei­gnants au pro­fit de l'école de la République. Il y a des par­ti­cu­la­ri­tés selon les uni­ver­si­tés, et chaque aca­dé­mie a ses spé­ci­fi­ci­tés, mais, glo­ba­le­ment, les grands prin­cipes de for­ma­tion devraient être les mêmes par­tout. La mas­te­ri­sa­tion et les nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés et com­pé­tences élar­gies des uni­ver­si­tés font que les rela­tions entre les pré­si­dents d'IUFM et les pré­si­dents d'université deviennent par­fois com­pli­quées. Notre sou­hait, c'est de faire prendre conscience aux can­di­dats à l'élection pré­si­den­tielle qu'enseigner est un métier qui s'apprend. Il faut qu'ils prennent posi­tion sur la ques­tion de la for­ma­tion. Faudrait-il une fonc­tion publique ensei­gnante par­ti­cu­lière ? Peut-être, je laisse ce choix aux poli­tiques, mais nous tenons au main­tien d'un sta­tut de fonc­tion­naire pour les ensei­gnants. Un des effets de bord de la réforme est que les uni­ver­si­tés four­nissent, avec les reçus-master et les collés-concours, un contin­gent impor­tant d'enseignants contrac­tuels. Cette pré­ca­rité est incom­pa­tible avec le prin­cipe d'une for­ma­tion tout au long de la vie. Il serait regret­table qu'enseigner devienne un métier d'attente. Il y a quelques années, on avait déjà constaté ce phé­no­mène : de nom­breux ingé­nieurs diplô­més, sou­vent de petites écoles, pas­saient le concours de pro­fes­seur des écoles, juste le temps de trou­ver un poste dans une entreprise.

Charles Centofanti

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