13.12.2011

Suicide: une enquête révèle l'ampleur de cette "catastrophe quotidienne"

En France, où presque un décès sur 50 est un sui­cide, 5,5% des 15–85 ans déclarent avoir déjà fait une ten­ta­tive au cours de leur vie, les femmes étant deux fois plus nom­breuses que les hommes, révèle une enquête du Baromètre santé 2010.

Le nombre de sui­cides est connu grâce à l'analyse des cer­ti­fi­cats de décès, même s'il est sous-estimé, mais les ten­ta­tives de sui­cide ne font pas l'objet d'enregistrements systématiques.

Le Bulletin épidé­mio­lo­gique heb­do­ma­daire (BEH) publie mardi une série d'études, dont cha­cune "est une pièce de plus au puzzle qui vise à mieux connaître cette catas­trophe en miettes et quo­ti­dienne", sou­ligne le pro­fes­seur de psy­chia­trie Jean-Louis Terra dans un éditorial.

En 2009, 10.464 décès par sui­cide ont été enre­gis­trés par le Centre d'épidémiologie sur les causes médi­cales de décès (CépiDc) de l'Inserm, un chiffre en dimi­nu­tion régu­lière ces der­nières années, mais qui reste très élevé par rap­port aux voi­sins euro­péens de la France.

Une étude du CépiDc publiée par le BEH conclut à une sous-estimation de 9,4% du nombre offi­ciel de décès.

Les hommes repré­sentent les trois-quarts des décès par sui­cide (7.739 décès mas­cu­lins contre 2.725 décès féminins).

En revanche, les ten­ta­tives et les pen­sées sui­ci­daires sont davan­tage le fait des femmes, montre l'enquête du Baromètre santé, conduite par l'Institut natio­nal de pré­ven­tion et d'éducation pour la santé (Inpes) auprès de 27.000 personnes.

Elles sont plus nom­breuses à avoir déjà fait une ten­ta­tive au cours de leur vie (7,6% contre 3,2%) et à avoir tenté de se sui­ci­der au cours des 12 der­niers mois (0,7% contre 0,3%).

Cet appa­rent para­doxe s'explique en par­tie, sou­ligne l'équipe de François Beck (Inpes), par les méthodes mises en oeuvre, plus meur­trières chez les hommes (pen­dai­son, arme à feu...).

Des ado­les­centes par­ti­cu­liè­re­ment exposées

Les femmes sont aussi plus nom­breuses que les hommes à avoir pensé au sui­cide (4,4% contre 3,4%).

La sur­ve­nue d'idées sui­ci­daires est maxi­male entre 45 et 54 ans (5%), tranche d'âge qui enre­gistre le plus gros effec­tif de décès par sui­cide (2.246 en 2009).

Le fac­teur de risque le plus impor­tant dans la sur­ve­nue des pen­sées sui­ci­daires comme des ten­ta­tives de sui­cide est le fait d'avoir subi des vio­lences (sexuelles ou non).

Les autres fac­teurs asso­ciés sont le fait de vivre seul, le chô­mage, un faible niveau de revenu et la consom­ma­tion de tabac, et, chez les femmes, une consom­ma­tion d'alcool à risque chronique.

Une autre étude de l'Institut de veille sani­taire (InVS) chiffre à envi­ron 90.000 le nombre annuel des hos­pi­ta­li­sa­tions pour ten­ta­tives de sui­cide entre 2004 et 2007, les femmes repré­sen­tant 65% des séjours.

Moins de la moi­tié des ten­ta­tives adres­sées aux urgences seraient ainsi comp­ta­bi­li­sées, sou­lignent les auteurs de l'étude qui ont estimé à envi­ron 220.000 le nombre de pas­sage aux urgences pour ten­ta­tive de sui­cide en 2007.

L'absorption de médi­ca­ments était de loin le mode opé­ra­toire le plus fré­quent, avec une pré­do­mi­nance féminine.

Un "pic" est observé dans les taux d'hospitalisation chez les ado­les­centes, "reflet de l'importance du phé­no­mène sui­ci­daire dans cette popu­la­tion par­ti­cu­liè­re­ment exposée".

L'étude de l'Inpes montre d'ailleurs une pré­va­lence des ten­ta­tives de sui­cide au cours des 12 der­niers mois plus élevée chez les femmes entre 15 et 19 ans (2%).

Ce BEH donne "un bon point de départ épidé­mio­lo­gique" au Programme natio­nal d'actions contre le sui­cide lancé en sep­tembre par le gou­ver­ne­ment, "avec l'ambition de pas­ser enfin sous la barre des 10.000 décès annuels", estime le Pr Terra.


 

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