Les critiques de l’enseignement des SES n’ont « pas d’expérience » de l’enseignement réel (APSES)

Chronik'éduc

L’APSES, association des professeurs de sciences économiques et sociales, a sollicité un droit de réponse suite à la publication de notre entretien avec le député UMP Jean-Michel Fourgous.

Les critiques de l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales n’ont « pas d’expérience » de l’enseignement réel


APSES (logo) asso­cia­tion des pro­fes­seurs de sciences écono­miques et socialesL’APSES, association des professeurs de sciences économiques et sociales, exprime sa vive exaspération devant les critiques répétées de Jean-Michel Fourgous et d’Olivier Dassault vis-à-vis des « professeurs d’économie », notamment dans une interview accordée par le député-maire UMP d’Elancourt sur ce site le 9 décembre.

Rappelons leur proposition phare : que les « professeurs d’économie » effectuent un stage de 6 mois en entreprise avant d’enseigner, pour qu’ils y découvrent « l’économie réelle ». Une proposition qui risque de faire des envieux du côté de nos collègues qui enseignent la géographie et aimeraient se voir offrir par les agences de voyage un tour du monde gratuit ! Mais gageons que ces mêmes collègues, qui enseignent l’histoire, seront plutôt heureux de ne pas avoir à réaliser un stage intensif dans l’armée, en zone de conflits, avant de pouvoir enseigner les guerres « réelles »…

« Un stage de 6 mois dans une classe de lycée pour­rait leur être utile »

Il faut dire que la proposition de messieurs Fourgous et Dassault repose sur une assertion des plus étranges : « tant qu’on n’a pas vendu à un client, on n’a rien compris à l’économie ». En confondant science économique et commerce, nos députés ne font pas là la preuve de « l’inculture économique » qu’ils dénoncent chez nos concitoyens ? Il faut craindre que ce soit le cas lorsqu’ils affirment que les entreprises sont les seules organisations créatrices de richesses, à l’encontre de ce que tous les économistes, et les élèves ayant suivi un enseignement de Sciences Economiques et Sociales, savent depuis longtemps : la production marchande des entreprises représente la part la plus importante de la production mesurée par le PIB, mais cette dernière est également le fait d’organisations qui produisent des services non marchands (comme les soins de santé produits dans des services hospitaliers).

A cet égard, un stage de 6 mois dans une classe de lycée pourrait être utile à messieurs Fourgous et Dassault. Si le temps leur est compté, nous ne pouvons que leur conseiller de jeter un œil attentif aux séquences pédagogiques en ligne que nous proposons aux élèves de première, et particulièrement le chapitre « qui crée des richesses et comment les mesurer ? ».

« Il ne suffit pas d’avoir été VRP pour répondre aux questions des élèves »

Aussi, plutôt que d’accuser les enseignants de SES d’être les responsables d’un manque de connaissances des Français en économie (comment pourraient-ils l’être alors que la série ES ne concerne que 16% des élèves scolarisés en lycée, pour les classes d’âge les plus récentes ?), messieurs Fourgous et Dassault devraient plutôt se faire les promoteurs d’un enseignement qui plaît aux élèves, et leur apporte des connaissances et attitudes intellectuelles indispensables pour mieux comprendre les grands enjeux économiques, sociaux et politiques du monde qui les entoure.

Il ne suffit donc pas d’avoir été VRP pour répondre le plus rigoureusement possible aux questions que nous posent nos élèves : d’où vient la croissance ? Comment expliquer la crise de la dette ? Comment retrouver le plein emploi ? Les éléments de réponse que les enseignants peuvent apporter ne proviennent pas de leurs expériences personnelles, mais de travaux documentés et reconnus de spécialistes en sciences sociales. Plus que d’un stage en entreprise, les enseignants ont avant tout besoin d’une solide formation scientifique (qu’il convient d’actualiser tout au long de la carrière) et pédagogique (aujourd’hui largement remise en cause).

Rappelons pour finir que de nombreux enseignants organisent pour leurs élèves des visites d’entreprises, mais qu’ils rencontrent souvent les plus grandes difficultés, car nombreuses sont les entreprises qui peinent à leur ouvrir leurs portes. Si messieurs Fourgous et Dassault voulaient être utiles à la culture économique des Français, c’est de ces questions qu’ils devraient s’emparer pour aider les professeurs !

1 commentaire sur "Les critiques de l’enseignement des SES n’ont « pas d’expérience » de l’enseignement réel (APSES)"

  1. PMEA  16 décembre 2011 à 17 h 35 min

    Excellent ! Ras le bol de ces politiciens donneurs de leçon !

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