11.12.2011

Manger des fruits et légumes, c'est bon pour la santé, pas pour la planète

Manger beau­coup de légumes et de fruits et assez peu de viande rouge est bon pour la santé mais semble n'avoir aucun impact favo­rable sur l'environnement, et peut même aug­men­ter l'impact car­bone de l'alimentation, selon des cher­cheurs français.

Des cher­cheurs de l'Inra (Institut natio­nal de la recherche agro­no­mique) et du Cirad (Centre de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale en recherche agro­no­mique pour le déve­lop­pe­ment) viennent de publier une "réflexion stra­té­gique" sur les pos­si­bi­li­tés d'une ali­men­ta­tion durable, consi­dé­rée de la sor­tie du champ à l'assiette du consommateur.

Nicole Darmon et Louis-Georges Soler, de l'Inra, ont tra­vaillé par­ti­cu­liè­re­ment sur l'impact car­bone de l'alimentation.

Jusqu'à main­te­nant, on esti­mait que pour réduire l'impact car­bone de son ali­men­ta­tion, il suf­fi­sait de réduire la consom­ma­tion de viande rouge en pro­ve­nance de rumi­nants, puisque, rap­pellent les cher­cheurs, "ce sont les ali­ments dont la pro­duc­tion entraîne le plus d'émissions de gaz à effet de serre par calo­rie". L'élevage compte pour 80% des émis­sions de gaz à effet de serre du sec­teur agricole.

En outre, une ali­men­ta­tion riche en fruits et légumes et com­por­tant des pro­duits ani­maux en quan­tité modé­rée est meilleure pour la santé.

Reprenant une étude sur les consom­ma­tions ali­men­taires menée de 2005 à 2007, les cher­cheurs en ont tiré une esti­ma­tion de l'impact car­bone de l'alimentation habi­tuel­le­ment consom­mée en France, ainsi qu'une ana­lyse de cet impact en fonc­tion de la qua­lité nutritionnelle.

Il appa­raît ainsi que les hommes ont un impact car­bone supé­rieur à celui des femmes (4,7kg équi­va­lent CO2/j pour les hommes contre 3,7 pour les femmes), par­ti­cu­liè­re­ment parce qu'ils mangent davan­tage. Ils consomment aussi davan­tage de viandes rouges ou de char­cu­te­ries, dont l'impact car­bone est dix fois plus élevé que celui des fruits et légumes.

Les cher­cheurs ont com­paré ensuite l'impact de l'alimentation nutri­tion­nel­le­ment adé­quate –riche en cer­tains nutri­ments et à faible den­sité éner­gé­tique, où les pro­duits végé­taux consti­tuent une grande part de la consom­ma­tion– et celui d'une ali­men­ta­tion à base de viande.

Ils ont constaté que la qua­lité n'avait pas à voir avec l'impact carbone.

Ainsi, chez les hommes, l'impact car­bone est le même quelle que soit la qua­lité de la nour­ri­ture. Quant aux femmes, "celles qui mangent le mieux ont l'alimentation qui entraîne le plus d'impact car­bone", a récem­ment sou­li­gné Nicole Darmon devant la presse.

Car pour com­pen­ser l'absence rela­tive de viande, on mange des ali­ments peu impac­tants –yaourts, fruits et légumes, fécu­lents– mais en grande quantité.

"Manger bien, c'est man­ger beau­coup d'aliments avec peu de den­sité éner­gé­tique", note-t-elle.

"La vision selon laquelle les pro­duits végé­taux sont bons pour la santé et l'environnement alors que les pro­duits ani­maux seraient à la fois mau­vais pour l'environnement et la santé appa­raît sim­pliste et néces­site d'être recon­si­dé­rée", estiment les chercheurs.

D'autres cher­cheurs ont étudié l'impact des gas­pillages -"20% des ali­ments ache­tés sont jetés à domi­cile, 12% étaient comes­tibles", a sou­li­gné Catherine Esnouf (Inra). Ou les pro­blèmes de l'urbanisation : pour la dis­tri­bu­tion, "ce qui se joue dans les cinq der­niers kilo­mètres est ce qui pèse le plus en matière d'impact sur l'environnement", a affirmé Bertrand Schmidt (Inra).


 

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