02.12.2011
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Si j'étais président : "Je créerais des primes pour valoriser l'investissement des enseignants"

Quelles mesures prendriez-vous si vous étiez élu pré­sident de la République ? Vousnousils inter­roge cette semaine Magalie Carré, 40 ans, pro­fes­seur d'espagnol en classes de qua­trième et troi­sième au sein du col­lège Bernard de Ventadour de Limoges.

Magalie Carré, pro­fes­seur d'espagnol au col­lège Bernard de Ventadour de Limoges.

En tant que pré­si­dente de la République, quelle serait votre pre­mière mesure concer­nant l'Education natio­nale ? Pourquoi ?

Ma pre­mière mesure serait, sans aucun doute, la créa­tion de primes pour valo­ri­ser l'investissement des pro­fes­sion­nels de l'éducation dans leur fonc­tion. Les pro­fes­seurs sont en réa­lité de grands élèves, et si les efforts four­nis ne leur per­mettent pas d'être un peu valo­ri­sés et récom­pen­sés, ces der­niers finissent par bais­ser les bras. L'investissement des pro­fes­seurs est bien réel, mais il est sou­vent peu média­tisé, peu valo­risé au sein même des établis­se­ments, et sur­tout mal reconnu par l'Education nationale.

Série « Si j'étais président »

  • I. "J'instituerais des groupes de parole au sein des établis­se­ments"
    Lire l'article
  • II. "Je crée­rais des primes pour valo­ri­ser l'investissement des enseignants"

Quel serait votre plan d'action pour réfor­mer l'Education nationale ?

Concernant la réforme du sys­tème sco­laire, il me paraît aujourd'hui impor­tant de repen­ser l'école en pre­nant en compte les muta­tions sociales. Il existe des métiers qui sont en per­pé­tuelle évolu­tion, et ont donc des besoins nou­veaux en termes de for­ma­tion. Une ouver­ture sur la vie réelle et le monde du tra­vail me paraissent néces­saires. Je pro­po­se­rais égale­ment de for­mer les ensei­gnants à tra­vailler en par­te­na­riat avec les entre­prises : peu d'enseignants le font. Il fau­drait créer des liens entre les col­lèges et les lycées pro­fes­sion­nels car il y a peu de pas­se­relles, ou quand elles existent, elles sont peu effi­caces. Mais égale­ment des liens entre les lycéens et les acteurs du monde pro­fes­sion­nel. L'école d'aujourd'hui n'est, à mon avis, pas suf­fi­sam­ment ouverte sur le monde de l'entreprise.

Je crée­rais des classes de pré­ap­pren­tis­sage au sein même des col­lèges, pour éviter que cer­tains élèves soient en décro­chage et ne trouvent pas de solu­tion par la suite. Je met­trais égale­ment en place des liens réels entre le col­lège et le lycée, pour assu­rer une conti­nuité péda­go­gique. Actuellement il y a encore trop peu d'actions com­munes. Le sys­tème actuel est trop mor­celé, il ne per­met pas aux élèves un tra­vail et un inves­tis­se­ment convenables.

Enfin, je sup­pri­me­rais l'affectation de pro­fes­seurs sur plu­sieurs col­lèges et lycées, car lorsque celui-ci n'est pas volon­taire, il induit sou­vent un pro­blème d'investissement au sein des établissements.

Quelles qua­li­tés devra pos­sé­der votre ministre de l'Education nationale ?

Il y a un mot qui me vient tout de suite à l'esprit : c'est le dia­logue. Je pense que la per­sonne qui est la plus à même de cer­ner les pro­blèmes actuels, c'est celle qui est quo­ti­dien­ne­ment sur le ter­rain.
Il existe actuel­le­ment un gros pro­blème de com­mu­ni­ca­tion entre l'organe qui décide et les ins­tances qui appliquent les mesures. Certaines mesures, qui pour­raient être par ailleurs très posi­tives, ne sont pas ou mal appli­quées par manque de temps ou de communication.

Un exemple très révé­la­teur : les der­niers pro­grammes — qui me semblent dans l'ensemble bien conçus, jus­te­ment pour pré­pa­rer un peu mieux les élèves au monde pro­fes­sion­nel — ne sont pas ou peu appli­qués, car de nom­breux pro­fes­seurs n'en ont pas perçu le véri­table inté­rêt. Les réformes doivent tout d'abord être expli­quées et com­prises pour être par­ta­gées, accep­tées mais sur­tout appli­quées par le plus grand nombre des acteurs.

Le sta­tut des ensei­gnants, resté inchangé de puis 1950, fait actuel­le­ment débat... Seriez-vous favo­rable à une modi­fi­ca­tion de ce sta­tut ? Pour quelles raisons ?

Le monde de l'enseignement a subi ces der­nières années de grandes muta­tions, autant par la charge de tra­vail et la modi­fi­ca­tion de notre rôle au quo­ti­dien que par les tâches que nous sommes obli­gés de réa­li­ser. De ce fait le tra­vail est devenu plus com­pli­qué et sou­vent fra­gi­lisé. Je pense qu'il ne faut pas modi­fier le sta­tut des ensei­gnants, car un pro­fes­seur est un ensei­gnant avant tout, et essayer de détruire la base ne ser­vi­rait à rien. Cette base est consti­tuée d'acquis fon­da­men­taux et à mon sens il ne faut pas y tou­cher. Par contre, il faut essayer de repen­ser l'organisation du sys­tème éduca­tif à par­tir de ces acquis.


Propos recueillis par Stéphanie Marpinard

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coucou
le 3 décembre 2011

si on résume
1/ il faut des primes
2/ on change rien aux pro­fes­seurs, mais le sys­tème oui il faut le chan­ger en tenant compte du social !!!
3/ le dia­logue vaut pour le ministre, pas pour nous qui avons refusé toutes les réformes depuis 20 ans ?
4/ pas d'évaluation par un méchant chef d'établissement qui lui devrait se remettre en cause

Mais dans quel monde elle vit la dame, et l'on recrée des classes pour faire par­tir les plus faibles plu­tôt que de les aider et si on les aide, il fau­dra une prime ?
Se remettre en ques­tion ne fait pas par­tie du dis­cours , ni même envi­sagé...
bon cou­rage madame

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AL X
le 4 décembre 2011

"Les pro­fes­seurs sont en réa­lité de grands élèves, et si les efforts four­nis ne leur per­mettent pas d'être un peu valo­ri­sés et récom­pen­sés, ces der­niers finissent par bais­ser les bras."

je cite ....

Cette remarque est éton­nante. Et com­ment sont les autres caté­go­ries pro­fes­sion­nelles de la société ? Ils tra­vaillent pour la beauté du geste ? Ils four­nissent leur tra­vail gratuitement ?

Ce qui, moi, me fais me sen­tir comme un grand enfant, c'est d'avoir tou­ché 1875 euros nets à mon salaire de novembre à l'âge que j'ai, à mon niveau de diplôme et au temps passé au tra­vail. Oui, je me sens comme un grand élève enfant, et heu­reu­se­ment que je suis marié à une adulte qui gagne sa vie pour ma famille.

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recoucou
le 9 décembre 2011

@coucou :
1/ Actuellement un ensei­gnant qui s'investit et tra­vaille plus pour mon­ter des pro­jets et inté­res­ser ses élèves, n'est pas plus rému­néré. Pour quelle rai­son ? on ne s'imaginerait même pas deman­der à quelque per­sonne de four­nir 10 heures sup­plé­men­taires sur son temps de tra­vail sans que ces heures ne soient rému­né­rées ! et pour­tant beau­coup d'enseignants le font parce qu'ils aiment leur tra­vail.
2/ Pourquoi faut-il tou­jours que la faute revienne aux pro­fes­seurs ? Les pro­fes­seurs ne sont qu'un maillon du sys­tème éduca­tif ! Ce ne sont pas eux qui rédigent les pro­grammes, ni choi­sissent les emplois du temps, etc.
3/ Qui dit dia­logue, dit inten­tion de dia­lo­guer des deux par­ties !
4/ "l'on recrée des classes pour faire par­tir les plus faibles plu­tôt que de les aider et si on les aide, il fau­dra une prime ?" : vous n'avez pas bien com­pris je pense ! il s'agit jus­te­ment de ne pas faire par­tir les élèves. Actuellement dans les établis­se­ments sco­laires il y a des jeunes de 14 ans qui ne trouvent aucune moti­va­tion dans l'école et la seule chose qui arrive à les moti­ver pour ne pas décro­cher du sys­tème sco­laire c'est le pro­jet pro­fes­sion­nel. Cependant ils n'ont pas l'âge légal pour aller dans le milieu pro­fes­sion­nel et sou­vent ils se retrouvent sans solu­tion. Alors pour­quoi ne rien ten­ter pour eux avant qu'ils ne décrochent du sys­tème scolaire ?

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voilà voilà
le 5 janvier 2012

"je pense qu'il ne faut pas modi­fier le sta­tut" je com­prends la réac­tion de cette col­lègue quand on sait qui fait la pro­po­si­tion : un ministre dis­qua­li­fié par des réformes faites à coup d'annonces média­tiques et pro­vo­quant un désordre admi­nis­tra­tif sans pré­cé­dent (regar­dons à quelle sauce sont man­gés les ensei­gnants ECLAIR : textes reto­qués par le Conseil d'Etat, sys­tème indem­ni­taire tou­jours en ges­ta­tion après 4 mois de fonc­tion­ne­ment...)
Qui serait assez incons­cient pour accep­ter que le bri­se­fer de Grenelle lance le chan­tier du sta­tut. Qu'il ter­mine d'abord le tra­vail entre­pris !
Pourtant il est cer­tain que le sta­tut de 1950 n'est plus adapté aux enjeux de ce siècle. La fonc­tion ensei­gnante a pro­fon­dé­ment changé. En par­ti­cu­lier, il faut consi­dé­rer que la for­mu­la­tion du Socle Commun consti­tue une repère essen­tiel pour les mis­sions des ensei­gnants déjà refor­mu­lée en 1997 (texte adressé à feues les IUFM).
Alors, Magalie Carré à rai­son : il faut ins­tau­rer un dia­logue pour que le virage péda­go­gique soit par­tagé par tous dans le res­pect des élèves et des per­son­nels. La bonne volonté réelle est de leur côté, encore faut-il la recon­naître. Quant au "dia­logue", il faut offrir un lexique au ministre ; dans ce domaine, comme dans bien d'autres, ses com­pé­tences et ses facul­tés audi­tives sont insuffisantes.

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