01.12.2011
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Les profs du cinéma

De "Les risques du métiers" à "Bad Teacher" en pas­sant par "P.R.O.F.S" et "Les Choristes", redé­cou­vrez dans notre sélec­tion des pro­fes­seurs inou­bliables de l'histoire du cinéma.

Le métier d'enseignant et ses péri­pé­ties quo­ti­diennes n'ont cessé d'enflammer l'imagination des cinéastes. Sans aucune pré­ten­tion d'exhaustivité, cette sélec­tion de films revient sur quelques profs mar­quants de l'histoire du cinéma.

affiche du film Les risques du metier, avec Jacques Brel

Les risques du métier (André Cayatte, 1967)

« Pourquoi lui avez-vous cédé ? Vous aviez peur de lui ? Parce qu'il était l'instituteur, le maître ? »

Dans un vil­lage de Normandie, la jeune Catherine offre à l'instituteur dont elle est amou­reuse, M. Doucet, un bri­quet de grande valeur. Ce der­nier refuse le cadeau et la rejette, ne voyant en elle qu'une enfant indis­ci­pli­née. La jeune fille, humi­liée, affirme alors à ses parents que l'instituteur l'a vio­lée. Alors que le maire peine à conte­nir cette affaire, d'autres témoi­gnages d'élèves acca­blants viennent s'ajouter au pre­mier au cours de l'enquête...

Ce film marque les débuts de Jacques Brel en tant qu'acteur. Il offre ici une per­for­mance tra­gique impres­sion­nante dans le rôle de l'instituteur pris dans la tour­mente, frappé d'opprobre dans un petit vil­lage où tout se sait. Il co-signe égale­ment la bande ori­gi­nale du film.

affiche du film P.R.O.F.S avec Patrick Bruel et Fabrice Luchini

P.R.O.F.S (Patrick Schulmann, 1985)

« Crois-moi, par­ve­nir à inté­res­ser même les cons, c'est ce qui demande le plus d'intelligence. »

Fraîchement nommé en lycée, le jeune pro­fes­seur de lettres Frédéric Game (Patrick Bruel) se per­met d'être en retard à la pré-rentrée. Il n'arrange pas son cas en met­tant en appli­ca­tion des méthodes d'enseignement nova­trices, qui lui valent l'adoration des élèves et l'inimitié de ses col­lègues. Ses nou­veaux amis, Michel le prof de des­sin (Fabrice Luchini), Gérard le prof de sport (Laurent Gamelon) et Christophe le docu­men­ta­liste (Francis Ceze), vont l'aider à bous­cu­ler les habi­tudes de l'établissement.

Patrick Bruel a annoncé récem­ment le tour­nage pro­chain d'un P.R.O.F.S 2, 26 ans après le pre­mier opus.

Le titre du film en forme d'acronyme est une réfé­rence au film culte M*A*S*H de Robert Altman (1970), qui narre les frasques de trois chi­rur­giens insu­bor­don­nés de l'armée amé­ri­caine pen­dant la guerre de Corée. Dans une scène du film, Frédéric pla­carde d'ailleurs l'affiche de M*A*S*H sur le pan­neau du ciné-club du lycée.

affiche du film Le cercle des poètes disparus avec Robin Williams

Le cercle des poètes dis­pa­rus (Peter Weir, 1989)

« On ne lit pas et on n'écrit pas de la poé­sie parce que ça fait joli. Nous lisons et nous écri­vons de la poé­sie parce que nous fai­sons par­tie de la race humaine; et que cette même race foi­sonne de passions. »

Robin Williams campe dans ce film un pro­fes­seur de lettres anti­con­for­miste, Mr Keating, dési­reux de rendre leur indé­pen­dance d'esprit aux élèves d'une uni­ver­sité amé­ri­caine tra­di­tion­nelle, à la fin des années 1950. Inspirés par la devise "Carpe diem", ses élèves vont res­sus­ci­ter le cercle des poètes dis­pa­rus, un groupe d'esprits libres dont M. Keating fut, en son temps, l'un des membres influents. La décou­verte de la liberté va chan­ger leur vie à jamais.

Nominé pour trois dis­tinc­tions aux Oscars de 1989, il décroche celui du meilleur scé­na­rio ori­gi­nal. En 2004, le réa­li­sa­teur Mike Newell pro­pose avec Le sou­rire de Mona Lisa une sorte de ver­sion fémi­nine (et fémi­niste) du Cercle des poètes dis­pa­rus, où l'art rem­place la poésie.

affiche du film Madadayo d'Akira Kurosawa

Madadayo (Akira Kurosawa, 1993)

« Vous êtes un vrai pro­fes­seur. Vous êtes comme un lin­got d'or sans impuretés. »

Dernier film de Kurosawa, réa­lisé à 83 ans, Madadayo brosse le por­trait d'un pro­fes­seur d'allemand qui, au bout de 30 ans d'enseignement, décide de prendre sa retraite pour vivre de son écri­ture. Pour ses anciens élèves, sur deux géné­ra­tions, il reste à jamais le "sen­sei", le pro­fes­seur idéal, l'exemple à suivre. Ses anciens élèves conti­nuent d'ailleurs à lui rendre visite après son départ de l'école, et deviennent en quelque sorte ses dis­ciples. Le titre est issu d'une scène récur­rente du film : à cha­cun des anni­ver­saires de l'ex-professeur, ses élèves lui demandent s'il est pré­paré à mou­rir, ce à quoi il répond sys­té­ma­ti­que­ment "Mada Dayo !" (pas encore !).

Avec Madadayo, Kurosawa a sou­haité rendre hom­mage à un écri­vain tombé dans l'oubli qu'il admi­rait, Hyakken Uchida (1889–1971). Ce film fort mélange humour, poé­sie et mélan­co­lie, mais perd beau­coup à la tra­duc­tion. Il s'adressera en prio­rité aux nip­po­philes et aux ama­teurs de films d'art et d'essai.

affiche du film Le plus beau métier du monde, avec Gérard Depardieu

Le plus beau métier du monde (Gérard Lauzier, 1996)

« L'année sco­laire qui s'annonce n'a aucune rai­son d'être pire que les pré­cé­dentes, et je suis convaincu que la majo­rité d'entre nous sur­vi­vra jusqu'au pro­chaines grandes vacances. »

Soucieux de se rap­pro­cher de ses enfants à la suite de son divorce, Laurent Monier (joué par Gérard Depardieu), agrégé d'histoire-géographie dans un lycée pai­sible d'Annecy, obtient une muta­tion en région pari­sienne. Il se voit attri­buer la classe la plus dure d'un col­lège "sen­sible", la 4ème techno. Il doit en outre s'accommoder d'un petit appart dans un quar­tier dif­fi­cile, la Cité des Muriers, dont l'un des caïds n'est autre que le grand frère de son élève le plus tur­bu­lent. Sa col­lègue Radia, elle-même enfant des cités, lui sauve tou­te­fois la mise.

Le scé­na­rio a été ins­piré par le docu­men­taire Une vie de prof d'Hervé Chabalier (1993), récom­pensé par un Fipa d'or.

affiche du film Les choristes, avec Gérard Jugnot

Les Choristes (Christophe Barratier, 2004)

« — Combien ça fait 5+3 ? — Ben 53 ! »

Qui n'a pas vu Les Choristes ? Avec huit mil­lions et demi d'entrées en dix semaines d'exploitation, c'est l'un des plus gros suc­cès du cinéma fran­çais. Quand Clément Mathieu (Gérard Jugnot), pro­fes­seur de musique sans emploi, accepte un poste de sur­veillant dans le très strict inter­nat pour mineurs du "Fond de l'étang", il est cho­qué par les méthodes répres­sives de Rachin, son direc­teur. En ini­tiant au chant cho­ral les pen­sion­naires, il va trans­for­mer leur quotidien.

Le film est un remake de La Cage aux ros­si­gnols (1945), réa­lisé par Jean Dréville, avec Noël-Noël et les Petits Chanteurs à la Croix de Bois.

L'école pour tous avec le frère de Gad Elmaleh

L'école pour tous (Eric Rochant, 2006)

« Faire par­ta­ger la jouis­sance du savoir, c'est le rôle du pro­fes­seur. » (Eric Rochant, réa­li­sa­teur)

Jahwad, 30 ans, bac moins 8, recher­ché par la police, prend la place d'un pro­fes­seur agrégé dans un col­lège. Bien décidé à jouer ce rôle jusqu'au bout pour sau­ver sa peau, il va devoir faire face à une tur­bu­lente classe de ZEP...

« On peut avoir l'impression que par­fois, ce sont les profs qui sont sou­mis à l'autorité des élèves. Et ils n'arrivent pas à ren­ver­ser le sys­tème. Je me suis donc saisi de cette situa­tion pour en faire une comé­die, et plus pré­ci­sé­ment une comé­die d'imposture », nous expli­quait le réa­li­sa­teur Eric Rochant dans un entre­tien exclu­sif à l'occasion de la sor­tie du film.

Arié Elmaleh, le frère de Gad Elmaleh, occupe le rôle prin­ci­pal de cette comédie.

affiche du film Entre les murs, palme d'or à Cannes en 2008

Entre les murs (Laurent Cantet, 2008)

« En fait y'a un gars là, Socrate. Il vient, il accoste des gens dans la rue et tout, il leur dit : est-ce que t'es sûr de pen­ser ce que tu penses ? »

Ce film à tout petit bud­get (3 mil­lions d'euros) a créé la suprise en décro­chant la Palme d'or au Festival de Cannes 2008. L'auteur du livre éponyme Entre les murs, François Begaudeau, est aussi le co-scénariste et l'acteur prin­ci­pal du film, où il joue son propre rôle de prof de fran­çais en ZEP. L'histoire se concentre sur sa rela­tion avec ses élèves.

Contrairement à Etre et avoir (2000), il ne s'agit pas d'un docu­men­taire mais bien d'une fic­tion, quoique direc­te­ment ins­pi­rée de l'expérience en tant qu'enseignant de l'acteur prin­ci­pal. Les élèves-acteurs qui se sont prêté au jeu, tous élèves du col­lège Françoise Dolto du XXème arron­dis­se­ment de Paris, offrent une pres­ta­tion remarquable.

affiche du film Indiana Jones et les aventuriers de l'Arche perdue

Indiana Jones (Steven Spielberg, 1981/1984/1989/2008)

« L'archéologie est la recherche des faits, pas de la vérité. Si c'est la vérité que vous cher­chez, la classe de phi­lo­so­phie du pro­fes­seur Tyree est au bout du cou­loir. »
(Indiana Jones et la der­nière croi­sade)

Au fil de cette saga débor­dante d'action, de sus­pense et d'humour, on en oublie­rait presque qu'Indiana Jones est avant tout titu­laire d'un doc­to­rat de recherche et pro­fes­seur d'archéologie au Marshall College, une uni­ver­sité fic­tive du Connecticut qui finance ses "recherches". Au cours de ses études, Indiana Jones est même passé par la Sorbonne pour y étudier la lin­guis­tique, en 1922, comme nous l'apprend le roman Indiana Jones and the Peril at Delphi.

Avec une iro­nie cer­taine, Indiana Jones dénonce devant ses élèves les cli­chés qui rythment ses aven­tures (« Nous [les archéo­logues, ndlr] ne déchif­frons pas de cartes pour exhu­mer un tré­sor, et un X n'a jamais, jamais mar­qué son empla­ce­ment »).

Affiche du film Bad Teacher, avec Cameron Diaz

Bad Teacher (Jake Kasdan, 2011)

« Tu sais Lynn, quand j'ai com­mencé à ensei­gner, j'ai pensé que je le fai­sais pour toutes les bonnes rai­sons. Pas trop d'heures. Les vacances d'été. Pas de comptes à rendre. »

Cette comé­die déce­vante a peu d'autres mérites que d'être le film le plus récent où le per­son­nage prin­ci­pal est un ensei­gnant. Elizabeth Halsey (jouée par Cameron Diaz), flem­marde de nature, fait "cours" en pro­je­tant des films en classe. Jusqu'au jour où elle apprend qu'une géné­reuse cagnotte récom­pen­sera le prof dont les élèves auront le mieux réussi leur exa­men de fin d'année. Or, elle a besoin de l'argent pour s'offrir une nou­velle poi­trine, et décide donc de deve­nir une prof modèle. Mais l'appât du gain ne suf­fit pas for­cé­ment à rendre son ensei­gne­ment plus effi­cace, et il lui fau­dra ruser pour atteindre son but...

affiche du film Battle Royale

Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000)

« Donc la leçon du jour est, vous vous entre­tuez jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Rien n'est interdit. »

Bonus macabre de cette sélec­tion, le film d'horreur japo­nais Battle Royale ne par­lera qu'aux pro­fes­seurs défi­ni­ti­ve­ment dégoû­tés de leurs élèves. Dans un Japon futur, la délin­quance juvé­nile a atteint des som­mets et les adultes sont ter­ri­fiés par leurs propres enfants. Dans une ten­ta­tive déses­pé­rée pour les reca­drer, une classe de lycéens est sacri­fiée pour l'exemple. Ses élèves sont lâchés sur une île déserte, cha­cun rece­vant des vivres et une arme. Au bout de trois jours, il ne doit en res­ter qu'un de vivant, faute de quoi des col­liers explo­sifs élimi­ne­ront tous les survivants.

Le pro­fes­seur prin­ci­pal de la classe, Kitano, occupe une place impor­tante dans l'introduction et la conclu­sion du film. Au début, il n'hésite pas à tuer de ses mains un élève rebelle pen­dant la pré­sen­ta­tion de l'horreur qui attend sa classe. A la fin, il se laisse abattre par une élève qu'il adu­lait secrè­te­ment, et qu'il aurait voulu avoir comme fille. Il se relève tou­te­fois, après avoir été cri­blé de balles, pour annon­cer à sa femme qu'il ne ren­trera pas à la mai­son. Ce per­son­nage vil, cynique et sadique obtient sans conteste la palme du pire prof de l'histoire du cinéma.

Quentin Duverger

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