10.11.2011
Aucune réaction

Marc Levy : «J'ai cherché à être un bon élève»

Cette semaine, VousNousIls.fr se plonge dans les sou­ve­nirs d'école de Marc Levy, l'écrivain fran­çais le plus lu dans le monde. Ses romans, tra­duits en 44 langues, ont été publiés à plus de 23 mil­lions d'exemplaires.

Marc LevyNé en 1961 à Boulogne-Billancourt, Marc Levy pose d'abord son car­table à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes) avant de reve­nir en région pari­sienne après l'école pri­maire. Son père, éditeur de livres d'art, et sa mère, agent immo­bi­lier, l'inscrivent alors au lycée Saint-James à Neuilly-sur-Seine où il sui­vra col­lège et lycée. Des années longues et ennuyeuses mais par­fois éclai­rées par des ensei­gnants lumi­neux. « Je ne garde pas un très bon sou­ve­nir de l'école, je trou­vais cela fas­ti­dieux. Je n'étais pour­tant pas mau­vais élève, je cher­chais même à être bon. Mon père m'avait trans­mis le res­pect des métiers et je res­pec­tais mes pro­fes­seurs, même ceux que je n'aimais pas. Et lorsque j'avais la chance d'être dans la classe d'enseignants géné­reux et dévoués, je m'appliquais encore plus. Hélas, le pro­blème à l'époque, et je le crois aujourd'hui encore, était que la sélec­tion se fai­sait par les mathé­ma­tiques et la phy­sique. Les non matheux étaient très vite consi­dé­rés comme des élèves de seconde caté­go­rie. » Malgré les efforts de son pro­fes­seur de maths en seconde, Monsieur Uzan, Marc Levy reste her­mé­tique aux sinus et cosi­nus que son cer­veau ne par­vient pas à modé­li­ser. « Je me sen­tais décon­si­déré parce plus que mau­vais dans ces matières nobles, oppo­sées aux matières secon­daires : la musique, l'histoire, la géo­gra­phie, les langues étran­gères... Pourtant, j'ai rare­ment vu quelqu'un s'épanouir en société en par­lant de fonc­tions loga­rith­miques. Je veux croire que si la place accor­dée à ces matières dites secon­daires était plus impor­tante, l'école offri­rait plus de chances aux enfants de demain. »

De l'importance des petites histoires

Madame Henri, pro­fes­seure d'histoire en 6e, fait par­tie des ensei­gnants qui ont mar­qué le futur auteur à suc­cès. A peine entrée dans la salle de classe, elle tirait les rideaux et s'asseyait au centre de la pièce. Plongés dans une semi clarté, pen­dus aux lèvres de la nar­ra­trice, les élèves l'écoutaient leur racon­ter l'Egypte ancienne. « C'était notre pre­mier cours du lundi matin, celui que nous n'aurions man­qué sous aucun pré­texte, pas même par 39°C de fièvre. Et si rhume il y avait, nous rete­nions toux et éter­nue­ments le dimanche soir pour ne pas ris­quer d'être cloués à la mai­son. » Au son de la cloche, l'enseignante deman­dait aux élèves de bien vou­loir noter le soir, dans leur cahier, tout ce dont ils se sou­ve­naient. « Et comme son cours don­nait vie à l'histoire nous nous rap­pe­lions presque tout. Extraordinaire méthode d'apprentissage, estime l'écrivain avec recul. Comment espé­rer qu'un enfant puisse rete­nir jusqu'à l'âge adulte les dates et dérou­le­ment de la nuit de la Saint-Barthélemy si l'on ne donne pas vie aux événe­ments qui ont eu lieu cette nuit du 24 août 1572 ? » En écri­vant Les enfants de la liberté, Marc Levy s'est rendu dans de nom­breuses salles de cours d'histoire, confir­mant ce qui l'avait effleuré à l'époque : l'histoire ne prend sens qu'au tra­vers des vies de ceux qui l'ont vécue.

Où l'écrivain tombe amoureux

« Une autre ensei­gnante à qui je dois beau­coup est Madame Delveau, pro­fes­seure de fran­çais », sou­ligne l'auteur. Assis au fond de la classe en début d'année de 4e, ter­rassé par Eugénie Grandet, Marc Lévy est tiré de ses songes par une voix qui lui demande de se rendre au tableau. Madame Delveau tend alors au jeune élève un recueil de poèmes de Jacques Prévert et lui fait lire « Le cancre » à voix haute. A la fin du cours, elle lui demande s'il com­prend ce qu'il vient de lire. Non seule­ment l'élève a com­pris le poème, mais il l'a aimé et s'est reconnu dans le per­son­nage. « Vois-tu, m'a dit Madame Delveau, voilà à quoi sert de maî­tri­ser sa langue, à expri­mer ce que l'on res­sent ! Chaque mot que tu apprends, c'est un pas de liberté que tu gagnes. » Marc Lévy tombe amou­reux de l'enseignante pour l'année et du fran­çais pour le reste de sa vie.

Prévert, Sartre, Saint-Exupéry, mes­dames Henri et Delveau, les nuits ado­les­centes pas­sées autour du jeu de pla­teau « Donjons et dra­gons » ont façonné le désir, le goût et l'imagination du futur écri­vain. Une longue matu­ra­tion, tein­tée de nom­breuses expé­riences pro­fes­sion­nelles et per­son­nelles : des années de béné­vo­lat à la Croix-Rouge, un pas­sage à la faculté, une vie de pion­nier à la Silicon Valley où il monte une société spé­cia­li­sée dans l'imagerie de syn­thèse, la créa­tion d'un cabi­net d'architecture de bureau à Paris... Finalement, à 38 ans, l'auteur se décide à écrire un conte moderne pour l'homme que son fils, Louis, devien­dra un jour. Poussé par sa sœur, il adresse son manus­crit à un éditeur qui tombe sous le charme. Et si c'était vrai... séduit les éditions Robert Laffont puis le public. Aujourd'hui, Marc Levy tra­vaille à l'écriture de son trei­zième roman.

Delphine Barrais

-

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Aucune réaction