L'école de la triche

09.11.2011 0
Dans son livre "L'école de la triche", la jour­na­liste Marie-Estelle Pech revient sur un phé­no­mène de société : 70% des étudiants admettent en effet avoir déjà tri­ché au cours de leur scolarité.

couverture du livre L'école de la triche, de Marie-Estelle PechLa triche a rythmé l'actualité de cet été, avec la fuite d'un sujet de mathé­ma­tiques au bac S et la fraude au BTS NRC. Dans L'école de la triche, la jour­na­liste du Figaro Marie-Estelle Pech a mené l'enquête pour déter­mi­ner l'étendue de ce phé­no­mène qui tou­che­rait plus de 70% des étudiants(1).

La fraude aux exa­mens a pris une ampleur inéga­lée ces der­nières années avec l'apparition des smart­phones, qui per­mettent d'échanger faci­le­ment pho­tos ou e-mails, et qui sont impli­qués dans la moi­tié des cas de fraude repé­rés. La triche, faci­li­tée, bana­li­sée, en devient par­fois une source de fierté pour les jeunes, comme en témoigne le suc­cès de cer­tains groupes Facebook signa­lés par l'auteure. Le groupe "Il n'est pas inter­dit de tri­cher, il est inter­dit de se faire prendre" compte par exemple 11.000 fans, qui par­tagent à visage décou­vert leurs sou­ve­nirs de tricheurs !

Un excellent guide de la triche

L'école de la triche est une enquête pous­sée qui couvre les moti­va­tions des frau­deurs, les nègres, la triche dans le monde, sa per­cep­tion par les ensei­gnants, les méthodes pour lut­ter contre ce phé­no­mène... Il pro­pose égale­ment une rétros­pec­tive de la triche depuis l'antiquité, en s'attardant par­ti­cu­liè­re­ment sur la triche au bac­ca­lau­réat, indis­so­ciable de l'examen depuis sa créa­tion en 1809. A ses débuts, le manque de moyens d'identification est à l'origine d'un mar­ché juteux pour les "can­di­dats pro­fes­sion­nels", érudits gras­se­ment payés pour pas­ser les épreuves à la place d'un autre. Mais avec le dur­cis­se­ment des contrôles, la sub­sti­tu­tion d'identité a laissé place à des méthodes plus diversifiées.

Le livre est à cet égard un excellent guide de la triche, puisqu'il reprend, exemples à l'appui, des dizaines de méthodes éprou­vées : anti­sèches sur le corps ou sur papier, par­tage des réponses par SMS, cours cachés dans les toi­lettes avant l'épreuve, gri­bouillis sur la trousse... Mais aussi de plus ori­gi­nales : fabri­ca­tion de fausses étiquettes pour son tube de colle, cor­rigé chanté depuis l'extérieur en patois régio­nal par un com­plice, pira­tage du sys­tème infor­ma­tique de l'université, voire cor­rup­tion du cor­rec­teur ! Certaines de ces méthodes ayant tout de même coûté cher à leurs auteurs.

Car, il ne fau­drait pas l'oublier, la fraude au bac est pas­sible d'une inter­dic­tion de repas­ser l'examen dans un délai d'un à cinq ans. A l'université, les sanc­tions vont de l'avertissement à l'exclusion défi­ni­tive de tout établis­se­ment supé­rieur, en pas­sant par le blâme ou l'exclusion tem­po­raire d'un mois à cinq ans, avec ou sans sur­sis. La triche n'est pas un passe-temps sans dangers.


L'école de la triche, par Marie-Estelle Pech (L'Editeur).
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Quentin Duverger

 
Note(s) :
  • (1) étude «Les facteurs individuels et contextuels de la fraude aux examens universitaires », de Pascal Guibert et Christophe Michaut, publiée dans la Revue française de pédagogie de décembre 2009.

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