22.10.2011

Justice: "nous voulions créer un album rural et lumineux"

Après avoir remis la France au centre de la scène élec­tro en 2007, Justice a voulu s'éloigner des codes du genre avec un deuxième album "plus rural et plus lumi­neux", le très réussi "Audio, Video, Disco" publié lundi, explique à l'AFP Gaspard Augé, l'un des membres du duo.

800.000 exem­plaires ven­dus, un clip polé­mique (Stress", réa­lisé par Romain Gavras) et un hymne impa­rable (le néo Jackson Five "D.A.N.C.E.") : en un seul album "+", Justice a soli­de­ment planté sa croix — le sym­bole du groupe sur disque et sur scène — dans le pay­sage musical.

"Nous ne connais­sons pas la recette du suc­cès de ce pre­mier album. Il était extrême, dans le sens où il y avait à la fois des mor­ceaux très agres­sifs et un mor­ceau disco chanté par des enfants. Donc, on avait plus ou moins les mains libres pour faire ce qu'on vou­lait sur le sui­vant", estime Gaspard Augé.

"La musique élec­tro­nique a tou­jours été pré­sen­tée comme une musique de nuit et de ville. On vou­lait s'écarter un peu de cette idée en fai­sant un disque plus rural et plus lumi­neux", ajoute le musi­cien qui forme Justice, depuis 2003, avec Xavier de Rosnay.

Pour "Audio, Video, Disco" (Ed Banger), le duo a décidé de n'utiliser aucun sample et de jouer lui-même les par­ties de bat­te­ries et de gui­tares, même si les deux gar­çons s'avouent "loin d'être des musi­ciens virtuoses".

"L'idée c'était d'avoir un son de répé­ti­tion, qu'on puisse presque entendre la pièce où les ins­tru­ments ont été enre­gis­trés, ce qui est un peu anti­thé­tique avec la musique élec­tro­nique où tout est fait par ordi­na­teur", détaille Gaspard Augé.

Se pla­çant encore en déca­lage avec "ce qui est un peu devenu la norme" dans l'électro, le groupe a refusé de faire appel à des invi­tés de pres­tige pour les par­ties vocales, jugeant ce "pro­ces­sus créa­tif fait par MP3 inter­po­sés pas très intéressant".

"On a chanté nous-mêmes ou fait appel à des gens qu'on aimait bien pour deve­nir le troi­sième membre, la voix de Justice. Ce qui nous plai­sait, c'est que tout le disque puisse don­ner l'impression d'avoir été chanté par la même per­sonne", ajoute le musicien.

"Mélancolie et épopée"

La "virée à la cam­pagne" d'"Audio, Video, Disco" (une maxime latine signi­fiant "j'entends, je vois, j'apprends") com­mence sur les cha­peaux de roues et les baffles à fond.

Envolées de syn­thés, rythmes mar­tiaux, refrains jubi­la­toires... "Horsepower" et "Civilization", les deux mor­ceaux qui ouvrent l'album ont été conçus comme un "pont annon­çant le reste du disque tout en ayant des éléments de l'ancien", explique Gaspard Augé.

Dès le troi­sième titre, l'auditeur plonge dans un uni­vers solaire et cha­leu­reux, où la pop et le rock viennent per­cu­ter l'électro : hom­mage aux har­mo­nies vocales de Crosby, Stills & Nash, clin d'oeil à Queen, riffs ins­pi­rés d'AC/DC...

"Cela nous amu­sait de mettre des réfé­rences à d'autres groupes, sans que ce soit le coeur du mor­ceau, comme de petits bis­cuits qu'on met à la toute fin du pro­ces­sus de pro­duc­tion", confie le musicien.

"Nous sommes des enfants des années 90. On a grandi avec MTV et nos influences vont de Prodigy à Justin Timberlake. Pour nous, il n'y a pas de plai­sir cou­pable, pas de musique hon­teuse à par­tir du moment où elle nous touche", assure-t-il.

Malgré la dif­fé­rence d'approche avec le pre­mier album et ces influences diverses, chaque titre d'"Audio, Video, Disco" porte la signa­ture musi­cale immé­dia­te­ment recon­nais­sable de Justice.

"C'est peut-être une ques­tion de cou­leur émotion­nelle, nous essayons tou­jours d'osciller entre mélan­co­lie et épopée, avance Gaspard Augé. Et nous fai­sons tout à deux, c'est aussi pour ça qu'on recon­naît le son de Justice"


 

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