Un nouveau visage pour la voie professionnelle ?

En pratique

Lancée en 2008 par le ministre de l’Education de l’époque Xavier Darcos, la « rénovation de la voie professionnelle » est achevée à la rentrée 2011. Trois ans après sa mise en place, quel a été l’impact de cette réforme sur la filière professionnelle ? Etat des lieux…

L’objectif de cette réforme ? Redonner ses lettres de noblesse à une série trop souvent dévalorisée en « favorisant l’élévation du niveau de qualification des jeunes de la voie professionnelle et en améliorant leur insertion professionnelle ».

Depuis la rentrée 2009, tous les baccalauréats professionnels se préparent en trois ans, de la seconde professionnelle à la terminale professionnelle. Il fallait jusque-là quatre années pour l’obtenir, soit une année de plus que pour un bac général ou technologique : deux années de préparation au BEP, puis deux années pour le bac professionnel. La réforme sonne le glas des BEP, devenu un diplôme intermédiaire qui peut s’obtenir en cours de formation du bac professionnel.

La voie professionnelle s’organise donc désormais autour de deux diplômes : un cycle court menant au CAP en deux ans et un cycle long menant au bac professionnel en trois ans. A la rentrée 2011, près de 80 bacs professionnels sont proposés aux lycéens.

Une réforme diversement appréciée

Si l’un des objectifs de la réforme était de répondre aux exigences de l’Union européenne en augmentant le taux de bacheliers, le pari est pour ainsi dire gagné du point de vue du ministère. Ainsi, l’édition du bac 2011 a connu une augmentation de 6,28 % de ses candidats par rapport à la session 2010 « qui est essentiellement liée à la réforme de la voie professionnelle », se félicitait Jean-Michel Blanquer, Directeur général de l’enseignement scolaire, lors d’une conférence de presse en juin dernier. « Nous faisons accéder plus d’élèves – qui, autrefois, se seraient arrêtés au bout de deux années d’études – au bac professionnel que par le passé, avec 45 848 candidats en plus ». Pour la première fois depuis sa création en 1986, le bac professionnel représentait plus du quart des candidats (26 %) dépassant même le bac technologique (24 %), avec 171 000 lycéens prêts à décrocher le fameux sésame.

Pourtant pour Jérôme Dammerey, responsable du secteur éducation du SNU.EP-FSU, le bilan est tout autre : « Cette augmentation est mécanique. La réforme du bac pro a été mise en place dès 2008 pour 50 % des formations. Nous nous sommes donc retrouvés cette année avec deux générations de bacheliers qui ont passé le bac en même temps : ceux issus du cycle en quatre ans, et ceux issus du bac pro en trois ans. Une fois que le cycle en trois ans sera mis en place pour tout le monde, on va retomber sur le même flux d’élèves qu’en 2010 ».

Dénigrée pendant plusieurs années, la filière professionnelle ne semble pas avoir redoré son blason : « On ne constate pas de changements significatifs. Il n’y a pas plus d’élèves à l’entrée de la voie professionnelle qui vont en lycée professionnel qu’il n’y en avait en 2009. De ce point de vue-là, la réforme n’a pas amélioré l’attractivité de la voie professionnelle », explique Jérôme Dammerey.
Pour Anne-Marie, professeur de vente à Villeurbanne : « Le problème vient souvent des familles, qui refusent l’orientation vers des métiers industriels. Mais la filière professionnelle reste tout de même attractive pour des élèves qui ne souhaitent pas faire d’études longues et qui n’ont pas les mêmes freins que leurs parents ». Autre obstacle soulevé par Anne-Marie : « Les conseillers d’orientation psychologues ont de nombreux a priori vis-à-vis de la voie professionnelle. Ils participent souvent à l’image négative qu’ont les familles de cette filière ».

En termes d’insertion professionnelle, le bilan est, lui aussi, mitigé. Selon la dernière enquête IVA, pour la période 2009-2010, 55,6 % des lycéens professionnels sortant l’année du diplôme ont trouvé un emploi sept mois après la fin de leur formation initiale, soit 10 points de moins qu’en 2007-2008. Ils ont été durement touchés par le ralentissement économique, mais conservent tout de même un avantage important par rapport aux sortants de CAP avec un taux d’emploi supérieur de près de 22 %.

« Globalement, il y a peu de problèmes d’insertion après un bac professionnel. La crise est générale. On ne peut pas lier la situation du marché de l’emploi à un problème de formation des jeunes », relativise Jérôme Dammerey. « Certaines filières professionnelles, comme des formations industrielles pointues, ont des taux d’insertion de quasiment 100 %. D’autres formations tertiaires, comme la comptabilité ou le secrétariat par exemple, ont moins de débouchés avec des taux qui se situent autour de 50 % », précise le syndicaliste.

Des enseignants délaissés

Du côté des PLP, la réforme du bac pro n’a pas été sans conséquences : « Les enseignants n’ont pas du tout été accompagnés dans la mise en place de la réforme. Ils ont dû improviser d’une année sur l’autre pour mettre en place les nouveaux programmes », explique Jérôme Dammerey. « Le développement du contrôle en cours de formation a eu pour conséquence une surcharge de travail absolument monstrueuse », ajoute Anne-Marie. Une charge de travail qui ne devrait pas s’améliorer dans les années à venir : « Des réductions de postes massives vont apparaître dès 2012. On s’attend à 7 000 postes en moins dans l’enseignement professionnel », s’alarme la professeur de vente.

L’autre difficulté rencontrée par les PLP relève de la mastérisation : « Le ministère n’a pas pris en compte l’enseignement professionnel. De nombreux professeurs sont issus du monde de l’entreprise et la mastérisation n’est pas adaptée à ce type de public. On ne peut pas demander à un chauffeur routier de passer un master pour décrocher le concours d’enseignant », déplore Jérôme Dammerey. « Pour pallier cela, le ministère propose des dérogations de titres pour certains concours, et multiplie les recrutements de contractuels. L’enseignement professionnel connaissait déjà des difficultés de recrutement qui ne se sont pas améliorées avec la mise en place de la mastérisation », conclut le représentant du SNU.EP-FSU.

Stéphanie Marpinard

1 commentaire sur "Un nouveau visage pour la voie professionnelle ?"

  1. y.critique  22 octobre 2011 à 14 h 02 min

    Exactement le constat qui est fait sur le terrain concernant la masterisation.

    La charge de travail devient insupportable pour les enseignants.
    Les nouveaux bac pro qui arrivent avec le 90% CCF vont contribuer un peu plus à la lourdeur de la tâche. On se demande d’ailleurs quand nous pourrons enseigner entre les CCF et les périodes de formation en milieu professionnel.

    Et que dire des élèves qui arrivent en bacpro à 15 ans, qui doivent effectuer des périodes en entreprises pour lesquelles cet âge n’est pas sans conséquence : entreprises plus frileuses, plus de charge pour les tuteurs compte tenu de l’immaturité des élèves, la difficulté pour les jeunes de chercher donc plus d’accompagnement encore de la part des esneignants dans cette démarche etc.

    Il est indéniable que la voie professionnelle devait être rénovée mais ça n’était probablement pas une réforme dans une logique seulement économique qui était nécessaire.

    Mais qui aujourd’hui croit encore à l’avenir des PLP quand on voit vanter partout les mérites de l’apprentissage et les moyens mis en place pour l’alternance ?

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