21.10.2011
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Un nouveau visage pour la voie professionnelle ?

Lancée en 2008 par le ministre de l'Education de l'époque Xavier Darcos, la « réno­va­tion de la voie pro­fes­sion­nelle » est ache­vée à la ren­trée 2011. Trois ans après sa mise en place, quel a été l'impact de cette réforme sur la filière pro­fes­sion­nelle ? Etat des lieux…

L'objectif de cette réforme ? Redonner ses lettres de noblesse à une série trop sou­vent déva­lo­ri­sée en « favo­ri­sant l'élévation du niveau de qua­li­fi­ca­tion des jeunes de la voie pro­fes­sion­nelle et en amé­lio­rant leur inser­tion pro­fes­sion­nelle ».

Depuis la ren­trée 2009, tous les bac­ca­lau­réats pro­fes­sion­nels se pré­parent en trois ans, de la seconde pro­fes­sion­nelle à la ter­mi­nale pro­fes­sion­nelle. Il fal­lait jusque-là quatre années pour l'obtenir, soit une année de plus que pour un bac géné­ral ou tech­no­lo­gique : deux années de pré­pa­ra­tion au BEP, puis deux années pour le bac pro­fes­sion­nel. La réforme sonne le glas des BEP, devenu un diplôme inter­mé­diaire qui peut s'obtenir en cours de for­ma­tion du bac professionnel.

La voie pro­fes­sion­nelle s'organise donc désor­mais autour de deux diplômes : un cycle court menant au CAP en deux ans et un cycle long menant au bac pro­fes­sion­nel en trois ans. A la ren­trée 2011, près de 80 bacs pro­fes­sion­nels sont pro­po­sés aux lycéens.

Une réforme diver­se­ment appréciée

Si l'un des objec­tifs de la réforme était de répondre aux exi­gences de l'Union euro­péenne en aug­men­tant le taux de bache­liers, le pari est pour ainsi dire gagné du point de vue du minis­tère. Ainsi, l'édition du bac 2011 a connu une aug­men­ta­tion de 6,28 % de ses can­di­dats par rap­port à la ses­sion 2010 « qui est essen­tiel­le­ment liée à la réforme de la voie pro­fes­sion­nelle », se féli­ci­tait Jean-Michel Blanquer, Directeur géné­ral de l'enseignement sco­laire, lors d'une confé­rence de presse en juin der­nier. « Nous fai­sons accé­der plus d'élèves — qui, autre­fois, se seraient arrê­tés au bout de deux années d'études — au bac pro­fes­sion­nel que par le passé, avec 45 848 can­di­dats en plus ». Pour la pre­mière fois depuis sa créa­tion en 1986, le bac pro­fes­sion­nel repré­sen­tait plus du quart des can­di­dats (26 %) dépas­sant même le bac tech­no­lo­gique (24 %), avec 171 000 lycéens prêts à décro­cher le fameux sésame.

Pourtant pour Jérôme Dammerey, res­pon­sable du sec­teur éduca­tion du SNU.EP-FSU, le bilan est tout autre : « Cette aug­men­ta­tion est méca­nique. La réforme du bac pro a été mise en place dès 2008 pour 50 % des for­ma­tions. Nous nous sommes donc retrou­vés cette année avec deux géné­ra­tions de bache­liers qui ont passé le bac en même temps : ceux issus du cycle en quatre ans, et ceux issus du bac pro en trois ans. Une fois que le cycle en trois ans sera mis en place pour tout le monde, on va retom­ber sur le même flux d'élèves qu'en 2010 ».

Dénigrée pen­dant plu­sieurs années, la filière pro­fes­sion­nelle ne semble pas avoir redoré son bla­son : « On ne constate pas de chan­ge­ments signi­fi­ca­tifs. Il n'y a pas plus d'élèves à l'entrée de la voie pro­fes­sion­nelle qui vont en lycée pro­fes­sion­nel qu'il n'y en avait en 2009. De ce point de vue-là, la réforme n'a pas amé­lioré l'attractivité de la voie pro­fes­sion­nelle », explique Jérôme Dammerey.
Pour Anne-Marie, pro­fes­seur de vente à Villeurbanne : « Le pro­blème vient sou­vent des familles, qui refusent l'orientation vers des métiers indus­triels. Mais la filière pro­fes­sion­nelle reste tout de même attrac­tive pour des élèves qui ne sou­haitent pas faire d'études longues et qui n'ont pas les mêmes freins que leurs parents ». Autre obs­tacle sou­levé par Anne-Marie : « Les conseillers d'orientation psy­cho­logues ont de nom­breux a priori vis-à-vis de la voie pro­fes­sion­nelle. Ils par­ti­cipent sou­vent à l'image néga­tive qu'ont les familles de cette filière ».

En termes d'insertion pro­fes­sion­nelle, le bilan est, lui aussi, mitigé. Selon la der­nière enquête IVA, pour la période 2009–2010, 55,6 % des lycéens pro­fes­sion­nels sor­tant l'année du diplôme ont trouvé un emploi sept mois après la fin de leur for­ma­tion ini­tiale, soit 10 points de moins qu'en 2007–2008. Ils ont été dure­ment tou­chés par le ralen­tis­se­ment écono­mique, mais conservent tout de même un avan­tage impor­tant par rap­port aux sor­tants de CAP avec un taux d'emploi supé­rieur de près de 22 %.

« Globalement, il y a peu de pro­blèmes d'insertion après un bac pro­fes­sion­nel. La crise est géné­rale. On ne peut pas lier la situa­tion du mar­ché de l'emploi à un pro­blème de for­ma­tion des jeunes », rela­ti­vise Jérôme Dammerey. « Certaines filières pro­fes­sion­nelles, comme des for­ma­tions indus­trielles poin­tues, ont des taux d'insertion de qua­si­ment 100 %. D'autres for­ma­tions ter­tiaires, comme la comp­ta­bi­lité ou le secré­ta­riat par exemple, ont moins de débou­chés avec des taux qui se situent autour de 50 % », pré­cise le syndicaliste.

Des ensei­gnants délaissés

Du côté des PLP, la réforme du bac pro n'a pas été sans consé­quences : « Les ensei­gnants n'ont pas du tout été accom­pa­gnés dans la mise en place de la réforme. Ils ont dû impro­vi­ser d'une année sur l'autre pour mettre en place les nou­veaux pro­grammes », explique Jérôme Dammerey. « Le déve­lop­pe­ment du contrôle en cours de for­ma­tion a eu pour consé­quence une sur­charge de tra­vail abso­lu­ment mons­trueuse », ajoute Anne-Marie. Une charge de tra­vail qui ne devrait pas s'améliorer dans les années à venir : « Des réduc­tions de postes mas­sives vont appa­raître dès 2012. On s'attend à 7 000 postes en moins dans l'enseignement pro­fes­sion­nel », s'alarme la pro­fes­seur de vente.

L'autre dif­fi­culté ren­con­trée par les PLP relève de la mas­té­ri­sa­tion : « Le minis­tère n'a pas pris en compte l'enseignement pro­fes­sion­nel. De nom­breux pro­fes­seurs sont issus du monde de l'entreprise et la mas­té­ri­sa­tion n'est pas adap­tée à ce type de public. On ne peut pas deman­der à un chauf­feur rou­tier de pas­ser un mas­ter pour décro­cher le concours d'enseignant », déplore Jérôme Dammerey. « Pour pal­lier cela, le minis­tère pro­pose des déro­ga­tions de titres pour cer­tains concours, et mul­ti­plie les recru­te­ments de contrac­tuels. L'enseignement pro­fes­sion­nel connais­sait déjà des dif­fi­cul­tés de recru­te­ment qui ne se sont pas amé­lio­rées avec la mise en place de la mas­té­ri­sa­tion », conclut le repré­sen­tant du SNU.EP-FSU.

Stéphanie Marpinard


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y.critique
le 22 octobre 2011

Exactement le constat qui est fait sur le ter­rain concer­nant la masterisation.

La charge de tra­vail devient insup­por­table pour les ensei­gnants.
Les nou­veaux bac pro qui arrivent avec le 90% CCF vont contri­buer un peu plus à la lour­deur de la tâche. On se demande d'ailleurs quand nous pour­rons ensei­gner entre les CCF et les périodes de for­ma­tion en milieu professionnel.

Et que dire des élèves qui arrivent en bac­pro à 15 ans, qui doivent effec­tuer des périodes en entre­prises pour les­quelles cet âge n'est pas sans consé­quence : entre­prises plus fri­leuses, plus de charge pour les tuteurs compte tenu de l'immaturité des élèves, la dif­fi­culté pour les jeunes de cher­cher donc plus d'accompagnement encore de la part des esnei­gnants dans cette démarche etc.

Il est indé­niable que la voie pro­fes­sion­nelle devait être réno­vée mais ça n'était pro­ba­ble­ment pas une réforme dans une logique seule­ment écono­mique qui était nécessaire.

Mais qui aujourd'hui croit encore à l'avenir des PLP quand on voit van­ter par­tout les mérites de l'apprentissage et les moyens mis en place pour l'alternance ?

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