21.10.2011

Aide européenne aux pauvres: les ONG françaises en appellent aux chefs d'Etat

Les grandes asso­cia­tions cari­ta­tives fran­çaises ont appelé ven­dredi les diri­geants euro­péens à sau­ver le finan­ce­ment de l'aide ali­men­taire euro­péenne et à "ne pas aban­don­ner" les 18 mil­lions de pauvres, au len­de­main d'un nou­veau rendez-vous raté des ministres de l'Agriculture.

Sans un déblo­cage rapide de la situa­tion, "une catas­trophe huma­ni­taire" menace l'Union euro­péenne dès 2012, ont de nou­veau alerté les Restos du Coeur, la Croix-Rouge fran­çaise, la Fédération des banques ali­men­taires et le Secours populaire.

"Les pro­blèmes de carences ali­men­taires, de dés­équi­libre nutri­tion­nel, risquent de réap­pa­raître en Europe, pour la pre­mière fois depuis l'après-Guerre", a pré­venu auprès de l'AFP Olivier Berthe, pré­sident des Restos du Coeur.

Créé en 1987, le Programme euro­péen d'aide aux plus dému­nis (PEAD) per­met de finan­cer sur le bud­get de la Politique agri­cole com­mune (PAC) l'aide ali­men­taire de 18 mil­lions d'Européens pauvres dans 19 des 27 Etats membres.

Mais son ave­nir est en sursis.

Suite à une déci­sion de la Cour de jus­tice euro­péenne, la Commission euro­péenne a annoncé en juin une baisse de 80% de son finan­ce­ment pour 2012, à 113 mil­lions d'euros contre 480 mil­lions prévu initialement.

Il risque même de dis­pa­raître en 2013.

Après plu­sieurs ren­contres pour ten­ter de résoudre cette crise, les ministres de l'Agriculture n'ont une fois de plus pas pu se mettre d'accord jeudi à Luxembourg: six Etats (Allemagne, Suède, Royaume-Uni, Danemark, République tchèque et Pays-Bas) ont blo­qué le main­tien du PEAD, consi­dé­rant que son finan­ce­ment ne devait plus rele­ver de la PAC, mais de bud­gets sociaux gérés par chaque Etat.

"Sauf nou­velle déci­sion, le PEAD sera donc bel et bien amputé de 80% en 2012", redoute Didier Piard, res­pon­sable de l'action sociale de la Croix-Rouge française.

"Une preuve d'égoïsme", a déploré le com­mis­saire euro­péen à l'Agriculture Dacian Ciolos; "Scandaleux!", a dénoncé le ministre fran­çais de l'Agriculture Bruno Le Maire.

Après ce nou­vel échec, les quatre grandes asso­cia­tions fran­çaises béné­fi­ciaires du PEAD en ont pour la pre­mière fois appelé ven­dredi aux "chefs d'Etat et de gou­ver­ne­ment euro­péens" pour qu'ils "n'abandonnent pas les plus pauvres".

En France, troi­sième pays béné­fi­ciaire des fonds euro­péens der­rière l'Italie et la Pologne, le PEAD repré­sente 23% à 55% des den­rées col­lec­tées par les associations.

Mais si son bud­get fond à 15 mil­lions d'euros, contre 78 mil­lions pré­cé­dem­ment, les asso­cia­tions risquent de man­quer de den­rées dès les pre­miers mois de 2012. Sur l'ensemble de l'année, 130 mil­lions de repas sur les 440 mil­lions actuel­le­ment dis­tri­bués pour­raient ne plus l'être.

Certaines, comme la Croix-Rouge, ont déjà indi­qué qu'elles se tour­ne­raient alors vers le gou­ver­ne­ment "pour trou­ver des solu­tions rapides".

Bruno Le Maire a sou­li­gné jeudi dans La Croix que le gou­ver­ne­ment est "déter­miné à ne pas (les) lais­ser tomber".

Mais là où la crise frappe le plus fort, comme en Espagne, en Grèce ou au Portugal, les gou­ver­ne­ments risquent de refu­ser de déblo­quer des fonds, estiment les associations.

A la Fédération fran­çaise des banques ali­men­taires (FFBA), on compte plus que jamais sur "la géné­ro­sité des Français lors de la grande col­lecte des 25 et 26 novembre" pour construire des stocks qui per­met­tront de faire face à la pénu­rie annon­cée pour début 2012.

Aux Restos du Coeur, on estime tou­te­fois que la marge de manoeuvre est qua­si­ment inexistante.

"Les dona­teurs sont eux aussi tou­chés par la crise", sou­ligne Olivier Berthe, et "nous avons déjà fait de gros efforts pour faire face à une aug­men­ta­tion de la demande de 25% en trois ans".


 

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
©2012 Agence France-Presse

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos AFP) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.