20.10.2011

Exposition inédite à Paris de Sempé, dessinateur inconsolable et gai

L'Hôtel de ville de Paris consacre à par­tir de ven­dredi la plus impor­tante expo­si­tion jamais dédiée à Sempé, des­si­na­teur de génie au trait minu­tieux, pour qui l'homme est "un ani­mal incon­so­lable et gai".

"Jean-Jacques Sempé est le tra­vailleur le plus acharné qu'on connaisse, il a fait des mil­liers et des mil­liers de des­sins et il a fallu faire une sélec­tion" pour cette expo­si­tion inédite à la mai­rie de Paris, dit Marc Lecarpentier, com­mis­saire de l'exposition.

Il insiste: "ce n'est pas une rétros­pec­tive, c'est un échan­tillon d'une pro­duc­tion qui est incroyable".

Le papa du petit Nicolas, qui a aujourd'hui 79 ans, y dévoile de nom­breux petits bijoux, des scènes de vies intimes et gaies, uni­ver­selles et intem­po­relles et des des­sins à la plume et à l'encore de Chine encore jamais vus. La ville est son leit­mo­tiv, et la peti­tesse de l'homme sans cesse rappelée.

"Dans mes des­sins il y a beau­coup de choses, la foule revient sou­vent, et aussi ceux qui ont la foi et demandent des choses impos­sibles à Dieu", dit à l'AFP le des­si­na­teur, joint par téléphone.

"Ses des­sins sont faits pour sou­rire, Sempé essaye en per­ma­nence de prendre de la dis­tance par rap­port à la folie du monde", ajoute le commissaire.

Modeste et génial, Sempé n'ose même pas signer de son nom lorsqu'il débute dans les années 1950. L'exposition montre son pre­mier des­sin signé "Dro", paru dans Sud Ouest dimanche en 1951. Il avait trouvé ce nom en tra­dui­sant pho­né­ti­que­ment le mot anglais "draw", dessiner.

Il com­mence aussi à cro­quer les hommes chez un cour­tier en vins à Bordeaux, en 1949, sur des cahiers d'écoliers ! Ces écoliers que l'on retrouve sou­vent sous son trait fin et minu­tieux, sans doute pour évacuer ses propres démons.

"Il a la nos­tal­gie de l'enfance, il est resté un éter­nel enfant et il s'évade comme eux savent le faire", dit pudi­que­ment Marc Lecarpentier, sans dévoi­ler ce que Sempé a dit de la sienne récem­ment au jour­nal Libération qui pré­sen­tait début octobre son der­nier album "Enfances".

"Mon enfance n'a pas été fol­le­ment gaie. Elle était même lugubre et un peu tra­gique" a confié le des­si­na­teur à Libé en par­lant de la vio­lence de sa mère qui lui disait: "+approche un peu que je te donne une gifle et le mur t'en don­nera une autre+".

Mais il aime cette période de la vie: "l'enfance je trouve ça drôle, ce sont des petits êtres amu­sants", dit à l'AFP M. Sempé, à l'image de ce des­sin où l'on voit des bam­bins s'éclatant sous la pluie dans leur cour d'école tan­dis que der­rière le mur d'enceinte, des mamans lugubres attendent la sor­tie sous des para­pluies noirs.

En voya­geant à tra­vers plus de 320 des­sins ori­gi­naux, le visi­teur découvre aussi ses mul­tiples col­la­bo­ra­tions avec la presse. Et les magni­fiques Unes au New Yorker, jour­nal pres­ti­gieux et imper­ti­nent avec qui il col­la­bore encore aujourd'hui, depuis 1978.

Le jour­nal amé­ri­cain a pris l'habitude de publier sys­té­ma­ti­que­ment un des­sin sans titre en cou­ver­ture, en ne pro­po­sant que des des­sins d'humour pour accom­pa­gner les pages inté­rieures, et Sempé est un des rare artistes fran­çais à y collaborer.

Mais c'est dans Paris Match, en 1956 que paraî­tra la pre­mière page com­plète de des­sins de Sempé, et ce n'est pas tout... l'exposition dévoile aussi plu­sieurs inédits du des­si­na­teur sur Paris.

("Sempé, un peu de Paris et d'ailleurs...": expo­si­tion gra­tuite à l'Hôtel de Ville de Paris, du 21 octobre 2011 au 11 février 2012, tous les jours, de 10H à 19H sauf dimanches et jours fériés).


 

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