17.10.2011

"La Didone", le récit baroque d'amours contrariées dirigé par William Christie

Récit de voyage et d'amours contra­riées, "La Didone" de Cavalli, aux pré­mices de l'opéra baroque, déroule ses lamen­ta­tions sous la baguette du pion­nier de cet art William Christie, dans une dis­tri­bu­tion d'une rare per­fec­tion au Théâtre de Caen.

Dans Troie en ruines, Enée, brillam­ment inter­prété par le ténor croate Kresimir Spicer, pleure sa femme Créüse (Tehila Nini Goldstein), qui vient de périr.

Pour repré­sen­ter Troie, un rem­part monu­men­tal et sa porte, bar­rée par des poutres pour empê­cher l'ennemi de péné­trer. Sur le rem­part, Vénus (Claire Debono), la mère d'Enée, le pro­tège afin qu'il accom­plisse son des­tin et parte vers l'Italie pour fon­der Rome, comme dans l'Enéide de Virgile.

Après d'épouvantables tem­pêtes, Enée aborde à Carthage où la reine Didon dédaigne l'amour du roi Iarba (Xavier Sabata). Enée et Didon, inter­pré­tée avec un talent sans faille par la mezzo-soprano ita­lienne Anna Bonitatibus, s'éprennent l'un de l'autre grâce à un stra­ta­gème d'Amour (Terry Wey), au ser­vice de Vénus.

Cette oeuvre riche où s'entrelacent tra­gique et comique sur un livret de Busenello vif, poé­tique, aux accents modernes, est chan­tée en ita­lien sur­ti­tré par une équipe artis­tique d'une grande cohé­rence, où cha­cun a le phy­sique de l'emploi.

Mêlant son jeu à celui des chan­teurs, l'orchestre des Arts Florissants déploie sa palette toute en nuance et finesse.

"Aucun des artistes n'avait jamais chanté cette oeuvre", assure à l'AFP Clément Hervieu-Léger, pen­sion­naire de la Comédie-Française qui réa­lise avec "La Didone" sa pre­mière mise en scène à l'opéra. "Les chan­teurs sont arri­vés com­plè­te­ment vierges aux répé­ti­tions" pour s'approprier leur rôle, ajoute-t-il.

"Ce sont les tout débuts de l'opéra", pré­cise le met­teur en scène. "La fron­tière entre le théâtre et la musique est extrê­me­ment ténue. Il est impos­sible de détri­co­ter l'un de l'autre".

Ainsi, William Christie a cher­ché "à don­ner à entendre les états d'âme, les cou­leurs des per­son­nages mais d'une manière théâ­trale", selon Clément Hervieu Léger. Pour lui, "l'important était de racon­ter une histoire".

"Le par­cours de Didon est émotion­nel­le­ment extra­or­di­naire. C'est un vrai par­cours d'actrice et la force du théâtre est ren­for­cée par la puis­sance et la magie de la musique", relève-t-il.

Pour lui, "l'impression de voyage est sur­tout dans les départs et les arri­vées". "On est dans une thé­ma­tique des adieux renou­ve­lés conti­nuel­le­ment par Enée qui laisse der­rière lui Créüse à Troie et Didon, comme morte, à Carthage".

Alors que les mor­tels sont vêtus de robes intem­po­relles, les dieux sont habillées de tenues contem­po­raines, Vénus tou­jours une valise de cuir à la main. "C'est qu'ils des­cendent dans ce ter­rain de jeu for­mi­dable qu'est le monde des hommes", assure le met­teur en scène.

Dans des har­mo­nies de cou­leur gre­nat, ocre, vert, et dans des clairs-obscurs, les chan­teurs prennent aux moments les plus intenses des pos­tures iden­tiques à celles des pein­tures ita­liennes et reli­gieuses du XVIIe siècle. Créüse dans les bras d'Enée rap­pelle ainsi une Pietà.

"La Didone", créée à Venise en 1641, est don­née pour deux repré­sen­ta­tions au Théâtre de Caen, rési­dence depuis 21 ans des Arts Florissants, avant d'être jouée au Théâtre des Champs-Elysées à Paris en avril 2012 et au Luxembourg.


 

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