13.10.2011

"Polisse" vu par les policiers de la brigade des mineurs, un "bel hommage"

"Polisse", le film de Maïwenn sur le quo­ti­dien de la Brigade de pro­tec­tion des mineurs (BPM), a été reçu comme un "bel hom­mage" dans cette dis­crète unité de la police judi­ciaire cen­trée sur l'enfant, à che­val entre le judi­ciaire et le social, sur­nom­mée à ses débuts la "brigade-biberon".

Incestes, viols, roms men­diants, mineurs en fugue, pédo­phi­lie, défauts de soin, aban­dons d'enfants, infan­ti­cides: tel est le lot quo­ti­dien de cette bri­gade de quelque 90 fonc­tion­naires dans laquelle la cinéaste s'est lon­gue­ment immer­gée — comme une "éponge", dit-elle — avant de pro­cé­der à l'écriture de son film.

Le résul­tat est dans l'ensemble très bien accueilli par des poli­ciers qui, pour­tant, per­çoivent sou­vent de façon cri­tique l'image que ren­voie d'eux le cinéma: "Polisse", en dépit de "quelques parti pris", est un "bel hom­mage" qui "reflète notre quo­ti­dien", assurent ainsi ceux de la BPM.

"Il a recueilli l'adhésion glo­bale du ser­vice", confirme à l'AFP son patron, Thierry Boulouque. "Nous sommes dis­crets, on ne parle pas trop de nous (le) film montre bien la marche d'un groupe" d'officiers, la "charge de tra­vail" (2.000 dos­siers et 500 gardes à vue par an) ainsi que la "dif­fi­culté de l'audition d'un enfant et de l'auteur d'une infraction".

Toutes choses qui font la par­ti­cu­la­rité de la BPM et lui ont valu un temps le vilain sur­nom de "brigade-biberon" né de sa créa­tion, au début du siècle, avec deux assis­tantes sociales avant de deve­nir une "bri­gade à part entière" de la PJ pari­sienne, selon M. Boulouque.

"La souf­france en pleine figure"

Ici, dit-il, on "traite de thèmes peu habi­tuels en PJ, à che­val entre le social et le judi­ciaire, cen­trés sur la pro­tec­tion de l'enfant", ce qui sus­cite par­fois, observent ses membres, méfiance voire mépris chez des "col­lègues plus à l'aise dans la chasse aux truands".

Le com­man­dant Pascal Garibian, qui y a passé plus de 20 ans, se dit sen­sible à la façon dont Maïwenn a rendu compte des audi­tions des enfants qui néces­sitent, souligne-t-il, doigté et sensibilité.

"La valeur du mot et du ton priment", soutient-il. "Il ne faut jamais aller droit au but, même avec un père de famille soup­çonné de pédo­phi­lie par sa femme comme le montre +Polisse+".

"La BPM c'est un tra­vail d'équipe, une soli­da­rité", fait-il encore valoir. "On prend la souf­france en pleine figure et on se sent utile", ajoute-t-il se sou­ve­nant avoir un peu évacué son stress en étant ... arbitre inter­na­tio­nal de football.

Les acteurs du film sont "remar­quables", observent les vrais poli­ciers, le rap­peur Joey Starr en tête, en capi­taine: celui-ci, reconnaissent-ils, pâtis­sait pour­tant d'un a priori défa­vo­rable en rai­son de ses récents démê­lés avec la jus­tice pour "violences".

Il "en fait un peu trop dans le social", objecte Pascal Garibian pour qui le film frise "par­fois la cari­ca­ture dans les pro­blèmes per­son­nels" des offi­ciers de la bri­gade. Ou dans les inter­ro­ga­toires "qui ne se font jamais en groupe comme on le voit".

Le patron de "Polisse", pleutre et sans per­son­na­lité, n'a pas non plus fait l'unanimité sur­tout dans la hié­rar­chie poli­cière mais tous pré­fé­rent invo­quer les "rai­sons et codes de la fiction".

Ils pré­cisent que les affaires décrites dans "Polisse", par­fois très dures, sont "en deçà de la réa­lité" et "bien rendues".

Un offi­cier de la BPM pré­sent à une avant-première du film a, devant l'AFP, eu ce cri du coeur: "Ce film c'est l'anti (Michel) Neyret", du nom de ce — vrai — com­mis­saire de la PJ de Lyon, placé en déten­tion au même moment pour corruption.


 

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