11.10.2011

"Mein Kampf" dans le domaine public en 2016 : comment prévenir la haine ?

Des juristes, his­to­riens ou éditeurs, réunis mardi à Paris, militent pour une "signa­lé­tique" péda­go­gique accom­pa­gnant la dif­fu­sion de "Mein Kampf", qui tom­bera dans le domaine public en 2016, et réflé­chissent à un label pour les sites inter­net dépour­vus de contenu haineux.

Le livre d'Adolf Hitler, qui véhi­cule haine raciale et idées nazies, cir­cule déjà dans de nom­breuses par­ties du monde, mais il reste inter­dit en Allemagne et en Autriche. Seul le Land de Bavière (der­nière rési­dence d'Hitler en date) est pro­prié­taire des droits.

Il en existe 734 ver­sions papier en toutes langues, et plus ou moins édul­co­rées. Sans comp­ter une pro­fu­sion sur internet.

Un forum sur le sujet était orga­nisé mardi à Paris par Philippe Coen, juriste à l'origine de cette pro­po­si­tion avec d'autres spé­cia­listes réunis au sein de "L'Initiative pour la pré­ven­tion de la haine".

L'arrivée de "Mein Kampf" dans le domaine public à par­tir du 1er jan­vier 2016, 70 ans après la mort de l'auteur, "risque d'accroître sa dif­fu­sion et il serait temps de mettre en place un outil uni­ver­sel de lec­ture, grâce à une signa­lé­tique à valeur d'éclairage his­to­rique", affirme à l'AFP M. Coen.

"Il reste un peu de temps avant 2016, mais c'est un rendez-vous avec l'Histoire à ne pas man­quer. Nous sommes ouverts à tous les hommes et femmes poli­tiques qui s'y inté­res­se­ront" pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, relève-t-il.

En 1979, la Cour d'Appel de Paris avait auto­risé la vente de "Mein Kampf", en l'assortissant d'un aver­tis­se­ment aux lec­teurs expli­quant ce qu'a engen­dré ce texte, mais pour une seule ver­sion papier dif­fu­sée en France.

"A l'heure d'internet, cette solu­tion appa­raît très insuf­fi­sante", sou­ligne le juriste.

"Haine zéro"

La signa­lé­tique pré­co­ni­sée serait appo­sée pour chaque édition papier, les livres élec­tro­niques et les sites publiant le texte d'Hitler ou des extraits, comme il en existe pour les films, la télé­vi­sion, les jeux vidéo, la musique, mais sur la base du volon­ta­riat et non de la réglementation.

"Il ne s'agit pas d'entrave à la liberté d'expression, mais d'éducation. Notre approche est de dire que face à la haine, il ne faut pas faire l'autruche", pour­suit Philippe Coen.

"Tous les acteurs de l'internet ont des res­pon­sa­bi­li­tés sociales et on ne peut pas s'abstraire de cette réflexion", affirme Marc Mossé, direc­teur des Affaires publiques et juri­diques de Microsoft France.

"Il est impor­tant que le maxi­mum d'acteurs de l'internet s'impliquent. Nous allons voir, au sein de Microsoft France, com­ment faire pour être le plus utile pos­sible", pour­suit Marc Mossé. "Et plus le temps va s'écouler, plus cette démarche sera nécessaire".

"Nous lan­çons aussi un appel pour la créa­tion d'un label +édition res­pon­sable+ ou +contenu res­pon­sable+ ou +Haine zéro+", cer­ti­fiant l'absence de pro­pos hai­neux sur les sites, explique M. Coen. Un concours pour­rait être orga­nisé afin de trou­ver un logo.

Si les chiffres pré­cis manquent, le livre d'Hitler est "devenu un manga best-seller en 2009 au Japon; il s'est répandu dans le monde arabe, en Iran, en Inde ou au Liban et on estime qu'il s'est vendu à 100.000 exem­plaires en France depuis 1945", explique-t-il.

Vendu à 12 mil­lions d'exemplaires en Allemagne entre 1923 et 1945, "Mein Kampf" est auto­risé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne au nom de la liberté d'expression et ferait par­tie des lec­tures qui ont ins­piré Anders Behring Breivik, l'auteur des attaques meur­trières du 22 juillet en Norvège.

M. Coen a consa­cré un site au sujet (), où figure la liste des sou­tiens à sa proposition.


 

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