11.10.2011

La Macédoine d'or et d'argent d'Alexandre le Grand brille au Louvre

La richesse et le raf­fi­ne­ment de la Macédoine antique, royaume d'Alexandre le Grand, se dévoilent au musée du Louvre à Paris, avec plus de 500 pièces dont cer­taines pro­viennent de fouilles archéo­lo­giques très récentes.

L'exposition, qui ouvre jeudi jusqu'au 16 jan­vier, embrasse une très vaste période, depuis la for­ma­tion de ce royaume en Grèce du Nord, au XVe siècle avant notre ère jusqu'à la conquête romaine en 168 avant Jésus-Christ.

Sa force vient de la pré­sen­ta­tion inédite en France de tré­sors et d'objets magni­fiques trou­vés dans des tombes décou­vertes ces der­nières années dans la région de Thessalonique. Ces oeuvres d'or, d'argent ou de terre cuite peinte dans des tons déli­cats, sont mises en valeur par une scé­no­gra­phie fluide.

On est conquis par la beauté d'une cou­ronne de feuilles de chêne en or datant de la seconde moi­tié du IVe siècle av. J.-C. Elle a été décou­verte en 2008 à Aigai (actuelle Vergina), pre­mière capi­tale de la dynas­tie des Téménides à laquelle appar­te­nait Alexandre le Grand (356–323 av. J.-C).

"Cette cou­ronne a été trou­vée dans un lieu impen­sable, sur l'agora, dans une fosse banale", relève Sophie Descamps, la com­mis­saire fran­çaise de l'exposition. "Elle était enfer­mée dans un coffre cylin­drique en or mas­sif, qui conte­nait égale­ment les osse­ments brû­lés d'un ado­les­cent", pour­suit Mme Descamps, conser­va­teur en chef du patri­moine au Louvre.

Il pour­rait s'agir d'Heraklès, le fils illé­gi­time d'Alexandre le Grand, ajoute-t-elle. Après la mort du conqué­rant à Babylone, le géné­ral Cassandre a fait assas­si­ner ses proches, notam­ment son demi-frère et ses deux fils afin de s'emparer avec suc­cès du pouvoir.

Près de Pella, capi­tale admi­nis­tra­tive du royaume de Macédoine et ville natale d'Alexandre III dit le Grand, ce sont mille et une tombes qui ont été exhu­mées récem­ment. Elles abri­taient les dépouilles de per­son­nages appar­te­nant à l'élite macé­do­nienne, des hommes ense­ve­lis avec leurs armes, des femmes avec leurs bijoux raffinés.

Un fleuve aurifère

Terre de forêts, de mines d'or et d'argent, tra­ver­sée par un fleuve auri­fère (l'actuel Gallikos), la Macédoine était riche. Pourtant, pen­dant long­temps, les tré­sors archéo­lo­giques de la Macédoine antique sont res­tés igno­rés, les fouilles se concen­trant sur l'Attique et le Péloponèse, où les ves­tiges sont bien visibles.

"En Grèce du Nord, il y a très peu de ves­tiges car les temples n'étaient pas construits en marbre mais en brique et en bois", sou­ligne Polyxeni Adam-Véleni, direc­trice du musée archéo­lo­gique de Thessalonique et com­mis­saire grecque de l'exposition. La région a été fouillée tardivement.

Sous Napoléon III, deux Français, Léon Heuzey et Honoré Daumet, explorent un site antique macé­do­nien sans savoir qu'il s'agit d'Aigai. Ils pres­sentent cepen­dant que le grand tumu­lus recèle une riche his­toire et rap­portent au Louvre des frag­ments d'un monu­ment qui s'avèrera être le Palais de Philippe II, père d'Alexandre le Grand.

Ce n'est qu'en 1977, soit plus d'un siècle plus tard, que sont mises au jour à Vergina (Aigai) plu­sieurs sépul­tures royales du grand tumu­lus dont celle, intacte, de Philippe II.

Depuis, les décou­vertes se suc­cèdent. En 2003, un sanc­tuaire consa­cré à Zeus a notam­ment été trouvé à Dion, cité sacrée des Macédoniens, au pied de l'Olympe.

Mais après des années fruc­tueuses, l'archéologie de la Grèce du Nord a été rat­tra­pée par la crise écono­mique. Il n'y a pas eu d'argent pour les fouilles l'an der­nier. "C'est le moment de fouiller dans nos réserves", observe, phi­lo­sophe, Mme Polyxeni Adam-Véleni.


 

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