07.10.2011
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Gilles Baillat : "Les masters enseignants en alternance fonctionnent plutôt bien"

Dans le pro­lon­ge­ment de la "mas­te­ri­sa­tion", la réforme de la for­ma­tion des pro­fes­seurs mise en place en 2010, de nou­veaux mas­ters (bac +5) en alter­nance sont expé­ri­men­tés depuis la ren­trée pour pré­pa­rer les étudiants aux métiers de l'enseignement. Gilles Baillat, pré­sident de la Conférence des direc­teurs d'IUFM, dresse un pre­mier bilan du dispositif.

Comment se déroule l'expérimentation des mas­ters en alter­nance pour les enseignants ?

Plutôt bien pour les étudiants qui veulent deve­nir pro­fes­seurs des écoles, soit la très grande majo­rité du public concerné. Le minis­tère tablait sur 8 aca­dé­mies « pilotes » et 16 sont fina­le­ment impli­quées, soit une tren­taine d'universités dont une dizaine for­te­ment inves­tie. Les IUFM sont la che­ville ouvrière de cette expé­ri­men­ta­tion et cela fonc­tionne car les uni­ver­si­tés volon­taires ont trouvé des ser­vices aca­dé­miques moti­vés. Dans mon aca­dé­mie à Reims, nous avons lancé l'appel à can­di­da­tures en juillet et nous avons eu 50 can­di­dats pour 30 places, ce qui nous a per­mis d'opérer une sélec­tion. A Créteil et à Versailles, il y a eu davan­tage de dif­fi­cul­tés pour trou­ver des volon­taires. Pour les UFR qui portent les mas­ters d'enseignement en col­lèges et lycées, l'alternance fonc­tionne moins bien. Ce type de for­ma­tion est plus com­pli­qué à mettre en place du fait de la raré­fac­tion des étudiants dans cer­taines disciplines.

Comment réagissent les enseignants ?

Les équipes péda­go­giques se sont mobi­li­sées dans les uni­ver­si­tés. La plu­part des ensei­gnants jugent inté­res­sante l'initiative du « par­cours alterné », per­çue comme une bonne oppor­tu­nité d'acquérir une pre­mière expé­rience à la tenue de classe. Cependant, beau­coup d'enseignants en IUFM constatent que la rému­né­ra­tion des étudiants est très faible. Théoriquement, pour une jour­née par semaine en res­pon­sa­bi­lité d'une classe d'octobre à juin, les étudiants peuvent tou­cher jusqu'à 6000 euros. Dans les faits, ils gagnent 4000 euros.

En quoi le dis­po­si­tif se dis­tingue de l'année de stage pro­po­sée aupa­ra­vant par les IUFM ?

Il s'en dis­tingue assez peu, au moins pour le 1er degré. Il y a encore deux ans, les sta­giaires en IUFM étaient en for­ma­tion toute la semaine et ils réa­li­saient un stage filé d'une jour­née par semaine. Ils avaient en plus trois semaines de stages grou­pés, contre deux semaines aujourd'hui. La grande dif­fé­rence c'est qu'ils étaient payés 16 400 euros net, ce qui a généré d'énormes écono­mies. Les étudiants qui ont can­di­daté aux mas­ters en alter­nance sont sur­tout les étudiants bour­siers. La réforme a mis en dif­fi­culté une pro­por­tion signi­fi­ca­tive d'étudiants même si, ceux qui ont accès au dis­po­si­tif, en sont contents.

Qui sont les étudiants concer­nés par l'alternance et com­ment sont-ils sélectionnés ?

Il s'agit à 80% d'étudiants ins­crits en mas­ter ensei­gne­ment, éduca­tion et for­ma­tion qui veulent deve­nir pro­fes­seurs des écoles. Certains, moins nom­breux, se des­tinent au métier de conseiller prin­ci­pal d'éducation. Ils sont sélec­tion­nés sur des cri­tères aca­dé­miques, puis sur cri­tères sociaux. Comme ils doivent suivre un mas­ter avec en plus une année très lourde à gérer avec des cours à pré­pa­rer, il faut que ce soient de très bons étudiants, avec les épaules solides. Ensuite, à niveau égal, nous pri­vi­lé­gions les boursiers.

Cette offre de for­ma­tion doit-elle être géné­ra­li­sée à toutes les universités ?

L'expérimentation a com­mencé en juin/juillet avec juste les encou­ra­ge­ments du minis­tère... Mais les par­cours de for­ma­tion alter­nés sont appe­lés à se géné­ra­li­ser. La cir­cu­laire minis­té­rielle (du 22 sep­tembre 2011) annonce leur exten­sion, nor­ma­le­ment, à toutes les uni­ver­si­tés dans les années à venir.

Comment sont sélec­tion­nés les ensei­gnants qui encadrent les "appren­tis" profs ?

Les étudiants en stage béné­fi­cient d'un double enca­dre­ment. Le direc­teur de l'école qui les accueille est censé les aider. Et des ensei­gnants expé­ri­men­tés rendent visite aux sta­giaires pour les aider avant la classe. Ces « tuteurs » élaborent ensuite un rap­port de stage qui compte dans l'évaluation.

Les établis­se­ments en zone "dif­fi­cile" sont-ils rete­nus pour accueillir des étudiants en alter­nance, pour mieux les pré­pa­rer à ce qui les attend ?

Ils sont évités. Les ser­vices aca­dé­miques ont joué le jeu. Le choc serait trop impor­tant. Ceci dit, les sta­giaires n'ont pas la même classe en res­pon­sa­bi­lité toute l'année. Si au début cela paraît impen­sable, il n'est pas exclu qu'ils se confrontent à des classes plus dif­fi­ciles en fin d'année.

Faut-il craindre une for­ma­tion à deux vitesses, avec d'un côté les étudiants qui auront béné­fi­cié de l'alternance et les autres ?

Oui, clai­re­ment. Car ce n'est pas du tout la même for­ma­tion ! Ceux qui auront béné­fi­cié de l'alternance seront mieux « armés ». Mais c'est com­pli­qué et coû­teux à géné­ra­li­ser. 750 étudiants sont concer­nés en France par le par­cours en alter­nance. Il fau­drait mul­ti­plier ce nombre par 60 pour en faire pro­fi­ter tout le monde. Dans le contexte bud­gé­taire actuel, cela paraît inenvisageable.

Charles Centofanti


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gyther
le 7 octobre 2011

A l'IUFM, presque par défi­ni­tion, tout se passe tou­jours plu­tôt bien.
On en fini­rait presque par croire que les ensei­gnants qui ont choisi de se reti­rer du monde ensei­gnant en deve­nant ins­pec­teur ou for­ma­teur (le vrai ensei­gnant, celui qui enseigne face à des jeunes sans pou­voir les mena­cer d'une exclu­sion ou d'un rétro­gra­da­tion directes en cas d'échec) sont des gens opé­ra­tion­nels dans le monde réel.
C'est un autre monde.
Au fait, vu que vous n'avez qu'un nombre très res­treint d'élèves, n'oubliez pas d'individualiser. C'est à la mode !

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