Gilles Baillat : « Les masters enseignants en alternance fonctionnent plutôt bien »

L’invité

Dans le prolongement de la "masterisation", la réforme de la formation des professeurs mise en place en 2010, de nouveaux masters (bac +5) en alternance sont expérimentés depuis la rentrée pour préparer les étudiants aux métiers de l’enseignement. Gilles Baillat, président de la Conférence des directeurs d’IUFM, dresse un premier bilan du dispositif.

Comment se déroule l’expérimentation des masters en alternance pour les enseignants ?

Plutôt bien pour les étudiants qui veulent devenir professeurs des écoles, soit la très grande majorité du public concerné. Le ministère tablait sur 8 académies « pilotes » et 16 sont finalement impliquées, soit une trentaine d’universités dont une dizaine fortement investie. Les IUFM sont la cheville ouvrière de cette expérimentation et cela fonctionne car les universités volontaires ont trouvé des services académiques motivés. Dans mon académie à Reims, nous avons lancé l’appel à candidatures en juillet et nous avons eu 50 candidats pour 30 places, ce qui nous a permis d’opérer une sélection. A Créteil et à Versailles, il y a eu davantage de difficultés pour trouver des volontaires. Pour les UFR qui portent les masters d’enseignement en collèges et lycées, l’alternance fonctionne moins bien. Ce type de formation est plus compliqué à mettre en place du fait de la raréfaction des étudiants dans certaines disciplines.

Comment réagissent les enseignants ?

Les équipes pédagogiques se sont mobilisées dans les universités. La plupart des enseignants jugent intéressante l’initiative du « parcours alterné », perçue comme une bonne opportunité d’acquérir une première expérience à la tenue de classe. Cependant, beaucoup d’enseignants en IUFM constatent que la rémunération des étudiants est très faible. Théoriquement, pour une journée par semaine en responsabilité d’une classe d’octobre à juin, les étudiants peuvent toucher jusqu’à 6000 euros. Dans les faits, ils gagnent 4000 euros.

En quoi le dispositif se distingue de l’année de stage proposée auparavant par les IUFM ?

Il s’en distingue assez peu, au moins pour le 1er degré. Il y a encore deux ans, les stagiaires en IUFM étaient en formation toute la semaine et ils réalisaient un stage filé d’une journée par semaine. Ils avaient en plus trois semaines de stages groupés, contre deux semaines aujourd’hui. La grande différence c’est qu’ils étaient payés 16 400 euros net, ce qui a généré d’énormes économies. Les étudiants qui ont candidaté aux masters en alternance sont surtout les étudiants boursiers. La réforme a mis en difficulté une proportion significative d’étudiants même si, ceux qui ont accès au dispositif, en sont contents.

Qui sont les étudiants concernés par l’alternance et comment sont-ils sélectionnés ?

Il s’agit à 80% d’étudiants inscrits en master enseignement, éducation et formation qui veulent devenir professeurs des écoles. Certains, moins nombreux, se destinent au métier de conseiller principal d’éducation. Ils sont sélectionnés sur des critères académiques, puis sur critères sociaux. Comme ils doivent suivre un master avec en plus une année très lourde à gérer avec des cours à préparer, il faut que ce soient de très bons étudiants, avec les épaules solides. Ensuite, à niveau égal, nous privilégions les boursiers.

Cette offre de formation doit-elle être généralisée à toutes les universités ?

L’expérimentation a commencé en juin/juillet avec juste les encouragements du ministère… Mais les parcours de formation alternés sont appelés à se généraliser. La circulaire ministérielle (du 22 septembre 2011) annonce leur extension, normalement, à toutes les universités dans les années à venir.

Comment sont sélectionnés les enseignants qui encadrent les « apprentis » profs ?

Les étudiants en stage bénéficient d’un double encadrement. Le directeur de l’école qui les accueille est censé les aider. Et des enseignants expérimentés rendent visite aux stagiaires pour les aider avant la classe. Ces « tuteurs » élaborent ensuite un rapport de stage qui compte dans l’évaluation.

Les établissements en zone « difficile » sont-ils retenus pour accueillir des étudiants en alternance, pour mieux les préparer à ce qui les attend ?

Ils sont évités. Les services académiques ont joué le jeu. Le choc serait trop important. Ceci dit, les stagiaires n’ont pas la même classe en responsabilité toute l’année. Si au début cela paraît impensable, il n’est pas exclu qu’ils se confrontent à des classes plus difficiles en fin d’année.

Faut-il craindre une formation à deux vitesses, avec d’un côté les étudiants qui auront bénéficié de l’alternance et les autres ?

Oui, clairement. Car ce n’est pas du tout la même formation ! Ceux qui auront bénéficié de l’alternance seront mieux « armés ». Mais c’est compliqué et coûteux à généraliser. 750 étudiants sont concernés en France par le parcours en alternance. Il faudrait multiplier ce nombre par 60 pour en faire profiter tout le monde. Dans le contexte budgétaire actuel, cela paraît inenvisageable.

Charles Centofanti

1 commentaire sur "Gilles Baillat : « Les masters enseignants en alternance fonctionnent plutôt bien »"

  1. gyther  7 octobre 2011 à 21 h 28 min

    A l’IUFM, presque par définition, tout se passe toujours plutôt bien.
    On en finirait presque par croire que les enseignants qui ont choisi de se retirer du monde enseignant en devenant inspecteur ou formateur (le vrai enseignant, celui qui enseigne face à des jeunes sans pouvoir les menacer d’une exclusion ou d’un rétrogradation directes en cas d’échec) sont des gens opérationnels dans le monde réel.
    C’est un autre monde.
    Au fait, vu que vous n’avez qu’un nombre très restreint d’élèves, n’oubliez pas d’individualiser. C’est à la mode !

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