05.10.2011

Rio-Paris: les familles s'interrogent sur les raisons d'"une confusion" de l'équipage

Les familles des vic­times du crash du vol Air France Rio-Paris, qui a fait 228 morts en 2009, réunies mer­credi par la juge d'instruction Sylvia Zimmermann, s'interrogent sur les rai­sons qui ont pro­vo­qué une "confu­sion" dans l'équipage rele­vée par le rap­port d'expertise.

"A ce jour, les experts ne tirent aucune conclu­sion de l'exploitation des enre­gis­treurs", pré­vient en pré­am­bule ce rap­port d'étape pré­senté par la juge Sylvia Zimmermann lors de cette réunion, la 3ème depuis la catas­trophe aérienne.

Dans ce docu­ment, les experts judi­ciaires ana­lysent les boîtes noires et affirment que "la confu­sion s'installe au sein de l'équipage" dans les minutes qui ont pré­cédé le crash.

A plu­sieurs reprises, les pilotes en montrent des signes, selon le rap­port. Ainsi, "l'approche du décro­chage ou le décro­chage lui-même ne sont pas expri­més". Il n'est, selon le rap­port, "pas perçu par l'équipage".

De plus "les alarmes sonores et visuelles n'ont pas amené l'équipage au diag­nos­tic et à l'appel d'une quel­conque procédure".

Une autre ana­lyse, celle du Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA) avait créé la polé­mique en met­tant l'accent sur une série de défaillances des pilotes.

"Le BEA avait mis exclu­si­ve­ment l'accent sur les res­pon­sa­bi­li­tés des pilotes", a réagi un des avo­cats des familles, Alain Jakubowicz. Or "le rôle des pilotes n'est pas déter­mi­nant", selon lui.

En effet, "la ques­tion n'est pas de savoir s'il y avait de la pagaille dans le cock­pit, mais pour­quoi il y avait de la pagaille". Or, selon l'avocat, "la cause pre­mière, ce sont les éléments dont dis­po­saient" les pilotes, "ou plus pré­ci­sé­ment dont ils ne dis­po­saient pas en rai­son de dys­fonc­tion­ne­ments de l'appareil".

Comparant le rap­port d'expertise judi­ciaire avec celui du BEA, l'avocat a estimé que "la lec­ture est la même, mais l'interprétation n'est pas for­cé­ment la même".

"Des choses inquiétantes"

"Le rap­port final va mettre un cer­tain temps à abou­tir, un cer­tain nombre de mois", a indi­qué l'avocat d'Air France, Fernand Garnault à l'AFP.

Pour lui les deux rap­ports "ne sont pas loin de dire la même chose" et "l'équipage n'a pas com­pris ce qui lui arri­vait. Il n'a pas pu diag­nos­ti­quer le pro­blème et appor­ter de solutions".

Mais outre le fac­teur humain, "il est temps de se pen­cher sur la machine". Et "le rap­port montre des choses inquié­tantes au niveau tech­no­lo­gique", a-t-il noté.

Les experts judi­ciaires émettent des doutes sur les infor­ma­tions tech­niques reçues par les pilotes. "Les vitesses sont indis­po­nibles, l'alarme de décro­chage cesse" et "l'équipage n'a pas conscience de la tra­jec­toire". Enfin "les infor­ma­tions dis­po­nibles ne sont plus consi­dé­rées comme cré­dibles et exploi­tables" par l'équipage, notent-ils.

"Il ne faut pas se foca­li­ser sur les erreurs de l'équipage parce qu'elles ont été pro­vo­quées par un pro­blème de machine", en conclut Me Garnault en ren­voyant à la ques­tion des sondes Pitot "qui se sont bou­chées, pri­vant l'équipage d'informations".

Air France et Airbus ont été mis en exa­men pour homi­cide invo­lon­taire dans ce dossier.

Selon Libération.fr, la juge Zimmermann a par ailleurs demandé, en vain, d'entendre comme témoin un res­pon­sable de l?Agence euro­péenne de la sécu­rité aérienne (AESA). En mars 2009, mal­gré plu­sieurs exemples de défaillance de sondes Pitot, l'agence avait estimé qu'aucune action n'était nécessaire.

Cette audi­tion pour­rait avoir lieu rapi­de­ment, selon un avo­cat des familles.


 

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
©2012 Agence France-Presse

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos AFP) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.