Rio-Paris: les familles s'interrogent sur les raisons d'"une confusion" de l'équipage

Les familles des victimes du crash du vol Air France Rio-Paris, qui a fait 228 morts en 2009, réunies mercredi par la juge d'instruction Sylvia Zimmermann, s'interrogent sur les raisons qui ont provoqué une "confusion" dans l'équipage relevée par le rapport d'expertise.
"A ce jour, les experts ne tirent aucune conclusion de l'exploitation des enregistreurs", prévient en préambule ce rapport d'étape présenté par la juge Sylvia Zimmermann lors de cette réunion, la 3ème depuis la catastrophe aérienne.
Dans ce document, les experts judiciaires analysent les boîtes noires et affirment que "la confusion s'installe au sein de l'équipage" dans les minutes qui ont précédé le crash.
A plusieurs reprises, les pilotes en montrent des signes, selon le rapport. Ainsi, "l'approche du décrochage ou le décrochage lui-même ne sont pas exprimés". Il n'est, selon le rapport, "pas perçu par l'équipage".
De plus "les alarmes sonores et visuelles n'ont pas amené l'équipage au diagnostic et à l'appel d'une quelconque procédure".
Une autre analyse, celle du Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA) avait créé la polémique en mettant l'accent sur une série de défaillances des pilotes.
"Le BEA avait mis exclusivement l'accent sur les responsabilités des pilotes", a réagi un des avocats des familles, Alain Jakubowicz. Or "le rôle des pilotes n'est pas déterminant", selon lui.
En effet, "la question n'est pas de savoir s'il y avait de la pagaille dans le cockpit, mais pourquoi il y avait de la pagaille". Or, selon l'avocat, "la cause première, ce sont les éléments dont disposaient" les pilotes, "ou plus précisément dont ils ne disposaient pas en raison de dysfonctionnements de l'appareil".
Comparant le rapport d'expertise judiciaire avec celui du BEA, l'avocat a estimé que "la lecture est la même, mais l'interprétation n'est pas forcément la même".
"Des choses inquiétantes"
"Le rapport final va mettre un certain temps à aboutir, un certain nombre de mois", a indiqué l'avocat d'Air France, Fernand Garnault à l'AFP.
Pour lui les deux rapports "ne sont pas loin de dire la même chose" et "l'équipage n'a pas compris ce qui lui arrivait. Il n'a pas pu diagnostiquer le problème et apporter de solutions".
Mais outre le facteur humain, "il est temps de se pencher sur la machine". Et "le rapport montre des choses inquiétantes au niveau technologique", a-t-il noté.
Les experts judiciaires émettent des doutes sur les informations techniques reçues par les pilotes. "Les vitesses sont indisponibles, l'alarme de décrochage cesse" et "l'équipage n'a pas conscience de la trajectoire". Enfin "les informations disponibles ne sont plus considérées comme crédibles et exploitables" par l'équipage, notent-ils.
"Il ne faut pas se focaliser sur les erreurs de l'équipage parce qu'elles ont été provoquées par un problème de machine", en conclut Me Garnault en renvoyant à la question des sondes Pitot "qui se sont bouchées, privant l'équipage d'informations".
Air France et Airbus ont été mis en examen pour homicide involontaire dans ce dossier.
Selon Libération.fr, la juge Zimmermann a par ailleurs demandé, en vain, d'entendre comme témoin un responsable de l?Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA). En mars 2009, malgré plusieurs exemples de défaillance de sondes Pitot, l'agence avait estimé qu'aucune action n'était nécessaire.
Cette audition pourrait avoir lieu rapidement, selon un avocat des familles.
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