Revue de Sèvres : « le plaisir et l’ennui à l’école »

Chronik'éduc

La Revue internationale d’éducation de Sèvres du CIEP présentait ce matin, lors d’une conférence de presse, son dernier numéro intitulé "Le plaisir et l’ennui à l’école". Coordonnée par Laurence Cornu, philosophe, directrice du Département des sciences de l’éducation de l'université de Tours, la revue traite de cette problématique éducative majeure à travers plusieurs pays. Présentation du numéro.

« Le plaisir et l’ennui à l’école »: un titre et une revue particulièrement passionnants pour tous ceux qui se questionnent sur l’éducation.

Laurence Cornu introduit la présentation de la revue en indiquant que ce qui compte globalement dans un parcours d’élève, c’est la « qualité de l’expérience scolaire ».

Mais est-ce que tout est mis en œuvre pour la favoriser dans les établissements scolaires et au quotidien dans les classes dans le cadre des apprentissages ?

Le lieu où l’ennui se fait le plus ressentir quels que soient les pays est le collège, indique dans la revue l’article de Mona Ozouf. Mona Ozouf s’intéresse aussi au plaisir à l’école, ou plutôt aux plaisirs, qui peuvent être très divers : retrouver ses camarades, voir des affiches au mur etc.

Laurence Cornu note aussi qu’il y a à l’école un « bon ennui », nécessaire, celui de la maturation, du rêve.

Une fois ces préalables posés, comment expliquer l’ennui et comment favoriser le plaisir à l’école ?

Les différents articles de la revue permettent de trouver des pistes de réponses, en étudiant plusieurs systèmes éducatifs dans le monde.

Comparaisons dans le monde

Au Sénégal par exemple, l’obtention d’un diplôme est une grande fête. Le savoir est vénéré, et la société met beaucoup d’espoir dans l’école. L’image que la société a des enseignants, la confiance qu’elle met en eux rejaillit au quotidien dans l’ambiance de la classe.

L’exemple du Portugal permet de mieux comprendre cette réalité : suite à des dispositions incessantes et contradictoires ministérielles, les enseignants sont perdus. Ils ne savent plus quel est leur rôle, ce que l’on attend précisément d’eux. Ils souffrent, leur enseignement est marqué par des incohérences, et les élèves le ressentent en classe.

En Inde, les élèves sont soumis à un très important stress des examens : il semble être si fort qu’il gâche le plaisir d’apprendre. C’est donc une autre problématique qui se dessine.

En Norvège, le bien-être de l’élève est inscrit dans les politiques scolaires. Il n’a pas de notes jusqu’à la fin du collège. Malgré l’absence de tension, les élèves rencontrent l’ennui, au point que le pays réfléchit à la possible remise en cause de l’absence de notes, finalement créatrices d’émulation.

Il est difficile, on le voit, d’expliquer l’ennui à l’école et de trouver la cause. Il faut peut-être réfléchir à la question du sens de ce que l’on apprend : l’élève doit pouvoir à tout moment répondre à la question, « pourquoi m’apprend-on ça ? ».

Faire aimer les textes littéraires

L’exemple d’Anne Maurel, professeur de français en khâgne, après avoir enseigné de nombreuses années en ZEP, est parlant. Dans l’article « Faire connaître et aimer la littérature en classe », elle explique comment elle rend attractifs les textes réputés les plus ingrats. Elle les lit à voix nue, avec sa sensibilité, ses hésitations, pour les rendre vivants et proches des élèves.

En conclusion, il ressort de cette étude deux aspects : la nécessité de donner du sens à ce que l’on apprend, l’élève doit toujours savoir pourquoi il apprend telle ou telle chose, et l’importance de l’image des enseignants dans la société. Elle a un impact direct sur ce qui se passe en cours.

Laurence Cornu souligne que l’école est « un projet politique ». Le politique interfère en permanence dans les programmes, dans les rythmes scolaires, dans la formation des enseignants… Il interfère donc aussi dans le sens qu’il donne à la mission de l’enseignant et dans son image valorisante ou non.

Laurence Cornu préconise aussi peut-être de laisser « respirer l’école ». Laisser aux élèves le temps de réfléchir, de comprendre. Mais cela impliquerait de sortit de l’obsession du bouclage des programmes, et d’offrir une plus large marge de manœuvre aux enseignants. Est-on prêts pour cela ?

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