30.09.2011

Libye: les pro-CNT butent sur Syrte, les civils pris au piège

Les com­bat­tants du nou­veau régime libyen ont dû se reti­rer en bor­dure de la ville de Syrte, où les tireurs embus­qués fidèles au diri­geant déchu Mouammar Kadhafi les empê­chaient ven­dredi d'avancer mal­gré deux semaines d'offensive.

Ce face-à-face était par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile pour les mil­liers de civils pris entre deux feux depuis que les forces du Conseil natio­nal de tran­si­tion (CNT) ont entre­pris le 15 sep­tembre de chas­ser les pro-Kadhafi de Syrte, leur bas­tion côtier à 360 km à l'est de Tripoli.

Les pro-CNT contrôlent le port et l'aéroport mais n'arrivent pas à prendre pied dura­ble­ment dans le reste de cette ville de 70.000 habi­tants. Selon le per­son­nel d'un hôpi­tal de cam­pagne à 40 km à l'ouest de Syrte, la ville a connu ven­dredi ses com­bats les plus vio­lents depuis une semaine et au moins 10 com­bat­tants pro-CNT ont été blessés.

"Cela ne va pas être facile de prendre Syrte. On pen­sait qu'on le ferait ven­dredi, main­te­nant je n'y crois plus. Mouatassim (l'un des fils de Mouammar Kadhafi) est à l'intérieur et dirige ses hommes. Ils ont des armes lourdes et des tireurs embus­qués, qui nous com­pliquent la tâche", a déclaré à l'AFP un com­man­dant sur le terrain.

Pour un autre com­man­dant, Mouftah al-Charif, l'impuissance des pro-CNT tient sur­tout au fait qu'ils se refusent à bom­bar­der les civils encore pié­gés dans la ville. "Si nous le vou­lons, nous pou­vons raser Syrte. Nous avons assez de muni­tions et d'obus pour com­battre pen­dant 10 ans", a-t-il assuré.

Mais lui aussi recon­naît la pré­sence de tireurs embus­qués, qui visent même les habi­tants cher­chant à quit­ter la ville. Selon un res­pon­sable du CNT, un mil­lier de civils ont cepen­dant encore réussi à fuir ven­dredi par l'ouest de la ville.

A Bani Walid, impor­tant bas­tion pro-Kadhafi dans le désert à 170 km au sud-est de Tripoli, les pro-CNT n'ont pas avancé non plus. Selon plu­sieurs com­man­dants, les nou­velles auto­ri­tés veulent contrô­ler Syrte avant d'attaquer Bani Walid.

Stationnés depuis près de trois semaines aux abords de cette vaste oasis au relief acci­denté, les com­bat­tants dénoncent le manque d'encadrement alors que, selon des sources médi­cales, 40 de leurs cama­rades sont morts depuis le début de l'offensive.

Vendredi, des pro-Kadhafi ont atta­qué des posi­tions pro-CNT à l'ouest de la ville, selon un jour­na­liste de l'AFP, qui a entendu des salves nour­ries de roquettes et d'artillerie se joindre aux échanges de tirs qui se déroulent en géné­ral au sud de l'oasis.

"L'attaque d'aujourd'hui est la plus intense depuis que nous sommes arri­vés ici", a déclaré Abdelbaset Tarhaouni, un com­man­dant pro-CNT à un jour­na­liste de l'AFP, qui a vu un mort et 6 bles­sés parmi les com­bat­tants du nou­veau régime.

Comme chaque jour depuis plus d'un mois, les deux fronts ont reçu l'appui de l'Otan, dont les avions ont été enten­dus pen­dant la journée.

Jeudi soir, le numéro 2 du CNT, Mahmoud Jibril, a annoncé que les com­bat­tants au front et dans les villes libé­rées allaient tou­cher entre 450 et 500 dinars (envi­ron 350 dol­lars) par mois et que les familles des com­bat­tants tués rece­vraient une pen­sion de 400 dinars par mois. De plus, au moins 250 bles­sés doivent être envoyés en Italie, en France et en Allemagne pour y être soignés.

A Tripoli, les nou­velles auto­ri­tés ont reçu ven­dredi la visite du ministre ita­lien des Affaires étran­gères, Franco Frattini, venu s'assurer de la péren­nité des liens diplo­ma­tiques et écono­miques entre l'Italie et son ancienne colonie.

Le ministre a annoncé que Rome allait bien­tôt mettre à la dis­po­si­tion du CNT 2,5 mil­liards d'euros d'avoirs libyens gelés. Il a aussi estimé que le gazo­duc Greenstream, qui relie la Libye à l'Italie, pour­rait rou­vrir fin octobre.

Et, signe d'une reprise des liens entre les deux pays, la com­pa­gnie aérienne Alitalia a annoncé la reprise le 2 novembre de ses vols régu­liers vers la Libye, avec cinq allers-retours par semaines entre les deux capitales.

Parallèlement, la confu­sion régnait après l'annonce jeudi de l'arrestation de Moussa Ibrahim, ancien porte-parole du régime du colo­nel Mouammar Kadhafi, alors qu'il ten­tait de fuir Syrte.

Le site inter­net de la télé­vi­sion Allibiya (chaîne pro-Kadhafi qui a cessé d'émettre fin août) a démenti cette "rumeur men­son­gère des­ti­née à détour­ner l'attention" de l'échec du CNT à Syrte, et un porte-parole du Conseil mili­taire du CNT a exprimé son scepticisme.

Comme Mouammar Kadhafi, Moussa Ibrahim est en fuite depuis la prise par les pro-CNT le 23 août du QG de l'ancien "Guide" libyen dans le quar­tier de Bab al-Aziziya à Tripoli. Il s'est exprimé depuis à plu­sieurs reprises pour appe­ler à la résistance.


 

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