« Le lit doit être réservé au sommeil et pas aux copies à corriger ! »

En pratique

Les résultats du sondage VousNousIls sur le sommeil des enseignants sont inquiétants : 32% sont touchés par de légers troubles, 29% déclarent que le stress les empêche de dormir, et 8 % sont insomniaques. Pour retrouver le sommeil et comprendre son importance, le Dr Sylvie Royant-Parola, psychiatre neurobiologiste, spécialiste des troubles du sommeil (1) et présidente du Réseau Morphée, livre quelques conseils.



Que pensez-vous des résultats de ce sondage ?

Ces chiffres sont sensiblement identiques à ceux des diverses études nationales  : 35% des Français dorment mal, 25 à 30% disent avoir des troubles du sommeil et 10 % se déclarent insomniaques. Cela place les enseignants dans le cadre de la population générale, alors que l’on aurait pu penser qu’ils seraient plus touchés par l’insomnie chronique.

Quelles sont les conséquences d’un sommeil perturbé sur le travail de l’enseignant ?

Mal dormir crée nécessairement des troubles de l’attention et de concentration le lendemain, voire des problèmes de mémoire. Quelqu’un qui a un mauvais sommeil aura des moments de difficulté pour assurer une continuité de cours sur la journée, avec soit des pertes de mots, soit des moments de flou dans la pensée qui l’empêcheront de bien préciser ses idées ou d’être concis. Ensuite, il faudrait vraiment une grande privation de sommeil pour que l’envie de dormir apparaisse dans la journée. Car lorsqu’on est dans la situation de prof, que l’on bouge et qu’on est debout, ce dernier symptôme se ressent plutôt moins.

Que conseillez-vous aux enseignants pour avoir un meilleur sommeil ?

La notion de régularité des rythmes est primordiale. La répartition des cours à l’école va plutôt structurer le temps de sommeil des enseignants, avec un réveil toujours à peu près à la même heure. Cela dit, certains ont des horaires irréguliers et alternent entre réveils matinaux et très tardifs. Or cette régularité est la clé d’un bon sommeil, avec des heures de coucher régulières mais surtout des heures de lever très régulières.
Même le week-end, il ne faut pas trop se décaler. Une heure ou une heure et demie si on se sent en manque de sommeil, mais évitez les grasses matinées de 4-5 heures supplémentaires ! Mieux vaut privilégier la sieste, idéalement de 20 à 30 minutes : une sieste plus longue risque de perturber le sommeil.

Ensuite un enseignant est amené naturellement à anticiper, réfléchir, préparer ses cours (…). S’il est un peu anxieux et que certains points lui semblent délicats pour le lendemain,  il faut qu’il les note avant d’aller se coucher. On pourra se dire que même si on dort mal, on ne va rien oublier, ce qui est très rassurant et permet à beaucoup de mieux s’endormir.

Enfin 45 minutes avant d’aller se coucher, il faut passer sur un registre d’activité agréable, détendant et pas lié au travail. Evitez les copies à corriger juste avant d’aller se coucher ! Evitez aussi tout appareil électronique dans l’heure précédant le coucher. Et n’allez vous coucher que pour dormir : le lit doit être réservé au sommeil, à l’intimité, mais pas pour corriger des copies, manger ou regarder la télé. Même la lecture doit être réduite. Si on lit longtemps, mieux vaut choisir une autre pièce et n’emporter au lit que les quelques pages qui restent.

Comment savoir de combien d’heures de sommeil nous avons besoin ?

L’important est de dormir le temps dont on a besoin, en faisant abstraction de toutes les idées reçues. Chacun a des besoins différents, qui peuvent aller de 4-5 heures à 11-12 heures. Pour s’en faire une idée, on peut observer ses habitudes en vacances, où l’on a un rythme plus personnel. Retranchez une heure et demie de ce temps de sommeil, et vous aurez une idée des heures nécessaires sur le temps de travail. Durant les vacances, on observera aussi ses heures de coucher et de lever. Les enseignants qui sont plutôt du soir risquent d’être en privation de sommeil pendant la semaine, et devront récupérer un peu plus le week-end.

On sait que l’on passe un tiers de notre vie à dormir. Quelles sont les fonctions du sommeil, en quoi est-il indispensable ?

Le sommeil est ce qui permet à l’homme éveillé de faire tout ce qu’il fait. S’il n’y a pas de sommeil, il n’y a pas de vie possible. Le sommeil a des fonctions sur la régénération de la concentration, de l’attention et de la mémoire. Mais aussi sur le plan métabolique, pour la reconstitution des réserves énergétiques et toute la préparation des fonctions que la personne devra utiliser en cours de journée, que ce soit sur le plan physique, mental ou hormonal.
Les dernières études ont prouvé l’implication du sommeil dans la régulation du poids, mais aussi dans la régulation des systèmes de défense immunitaire. Durant notre sommeil nous mobilisons tout ce que nous avons assimilé dans la journée, mais éliminons aussi les mauvaises graisses, les sucres… Il a ainsi été observé que les personnes qui ne dormaient pas assez avaient plus tendance à prendre du poids.
Sur le plan cardiovasculaire, c’est également un gros régulateur. Un mauvais sommeil ou un sommeil déficient exposera la personne à plus de risques, en termes de sensibilité aux infections et de développement des processus cancéreux.

Pour en savoir plus

www.reseau-morphee.fr  un réseau de santé pour aider à mieux dormir et www.royant-parola.fr

Note(s) :
  • (1) Comment retrouver le sommeil par soi-même, du Dr Royant-Parola, éditions Odile Jacob, 2008

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