27.09.2011

Des jeunes deviennent luthiers en réparant des guitares pour les favelas

Daniel polit patiem­ment le manche d'une gui­tare, rem­place les bar­rettes et répare le che­va­let : c'est un jeune apprenti luthier qui apprend ce métier rare en reta­pant de vieux ins­tru­ments qui pro­viennent de dona­tions et seront ensuite dis­tri­bués à des enfants des favelas.

"C'est super tout ce que j'apprends ici, et en plus nous aidons ces enfants (des fave­las), ce qui est impor­tant", déclare à l'AFP avec enthou­siasme Daniel Carvalho, 24 ans, entouré d'outils qu'il mani­pule avec pré­ci­sion et minutie.

"Le luthier fait de l'art", ajoute en écla­tant de rire ce jeune, lui-même un vir­tuose de la gui­tare, selon ses amis.

Un peu plus loin, Gilberto de Lima met son oreille tout prêt des pas­tilles de la gui­tare élec­trique d'un apprenti. D'un geste il demande le silence et peu à peu, en syn­chro­nie, pince les cordes et enfonce les che­villes jusqu'à ce qu'il obtienne "le son parfait".

"Il faut d'abord accor­der la gui­tare... Ensuite, jouer des har­mo­nies pour voir si le che­va­let et les bar­rettes sont à la bonne place et à la bonne hau­teur pour arri­ver à un son par­fait", explique à l'AFP ce jeune de 24 ans, aussi élève de cet atelier.

"Je me sens déjà capable d'accorder mon propre ins­tru­ment et même par­fois ceux de mes amis, mais si le pro­blème est plus sérieux, alors je laisse faire un pro­fes­sion­nel", enchaîne Gilberto.

Une qua­ran­taine d'apprentis en luthe­rie, divi­sés en quatre groupes, tra­vaillent dans cet ate­lier de la zone nord de Rio.

Cette for­ma­tion, en géné­ral très oné­reuse, est finan­cée par le gou­ver­ne­ment de l'Etat de Rio, la muni­ci­pa­lité et l'organisation "Rock in Rio" dont le fes­ti­val homo­nyme est né en 1985 au Brésil et revient pour la pre­mière fois depuis 10 ans à Rio.

Présenté par ses orga­ni­sa­teurs comme le plus grand fes­ti­val de musique du monde, il devra rece­voir –du 23 sep­tembre au 2 octobre– 700.000 per­sonnes, toutes géné­ra­tions confondues.Depuis tou­jours impli­qué dans des oeuvres cari­ta­tives, l'objectif de Rock in Rio est de "répa­rer les 1.400 gui­tares récol­tées ces der­niers mois (...) et de les remettre aux ONGs de tout le Brésil qui se servent de la musique comme un outil d'éducation et d'inclusion sociale", a déclaré à l'AFP Roberta Medina, vice-présidente du Festival Rock in Rio.

La plu­part des élèves sont des musi­ciens qui trouvent dans cette for­ma­tion de luthier une "occa­sion mer­veilleuse" de gagner de l'argent en appre­nant un métier d'art, comme en témoigne Marcela Dandara, 17 ans, une des neuf jeunes filles du cours.

"Je n'ai jamais pensé à faire un stage en luthe­rie. Mais quand j'ai entendu par­ler de cette oppor­tu­nité, j'ai sauté sur l'occasion. Au Brésil, une cen­taine de per­sonnes seule­ment font ça. C'est une pro­fes­sion artis­tique qu'on fait avec goût et plai­sir", dit-elle.

Le pro­fes­seur, Antonio Albuquerque, 72 ans, ingé­nieur de for­ma­tion, raconte qu'il a décou­vert le métier de luthier à l'âge de 48 ans et qu'il a com­mencé à l'enseigner comme un passe-temps après s'être retrouvé au chômage.

Aujourd'hui c'est sa "passion".

"J'ai conçu mon pre­mier ins­tru­ment de musique à 16 ans mais je n'avais jamais pensé que j'en vivrais un jour. Maintenant je ne veux rien faire d'autre que ce métier", dit-il entouré de ses élèves, atten­tifs au moindre de ces gestes.

A la fin de la for­ma­tion, les élèves auront les connais­sances suf­fi­santes pour répa­rer n'importe quel ins­tru­ment à cordes.


 

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