23.09.2011
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Frédérique Rollet : "les enseignants stagiaires sont noyés"

Les syn­di­cats d'enseignants du public et –chose rare– du privé, appellent à une jour­née de grève mardi 27 sep­tembre. Objectif prin­ci­pal : mani­fes­ter contre les sup­pres­sions de postes annon­cées dans le bud­get 2012. Entretien avec Frédérique Rolet, pro­fes­seur de lettres en col­lège et co-secrétaire géné­rale du syn­di­cat SNES-FSU, pre­mier syn­di­cat du secondaire.

Frédérique Rolet, co-secrétaire générale du SNES-FSU

A chaque ren­trée, les ensei­gnants sont mécon­tents. En quoi la jour­née de grève du 27 sep­tembre sera-t-elle différente ?

Cette grève inter­vient trois semaines seule­ment après la ren­trée sco­laire. Habituellement, les mani­fes­ta­tions inter­viennent au moment du vote du bud­get, en novembre. Cette fois, le mou­ve­ment est uni­taire, avec le sou­tien des lycéens, des étudiants et des parents d'élèves. Sur le fond, nous sommes confron­tés depuis plu­sieurs années à des sup­pres­sions de postes mas­sives, ce qui rend les choses très dif­fi­ciles. Dans le second degré, cette année c'est 4 800 emplois d'enseignants de moins et 75 500 élèves sup­plé­men­taires alors que le minis­tère avait tablé sur 40 000 élèves en plus. Et cette expan­sion démo­gra­phique va se pour­suivre ! Dans le même temps, il y a un pro­blème de recru­te­ment : 1000 postes n'ont pas été pour­vus au CAPES cette année. Luc Chatel a com­mu­ni­qué sur une série de mesures, en oubliant de dire qu'il n'y a jamais eu de véri­table consul­ta­tion. Les livrets de com­pé­tence ? Une usine à gaz ! L'éducation prio­ri­taire ? Ça n'existe plus ! Cette grève cris­tal­lise les mécontentements.

Vous avez craint une ren­trée noire et des classes sur­char­gées. Vos pré­vi­sions se sont-elles confirmées ?

La situa­tion est très dis­pa­rate. Evidemment, il y a des établis­se­ments en sec­teur rural avec 20 élèves par classe mais nos craintes se confirment : il y a de plus en plus de classes avec 38 élèves au lycée, et avec 30 élèves au col­lège. On constate aussi une explo­sion du nombre d'enseignants affec­tés sur plu­sieurs établis­se­ments. Autre pro­blème, lié aux sup­pres­sions de postes : dans mon col­lège, nous sommes res­tés huit jours sans emplois du temps !

Quelles sont les consé­quences concrètes pour les élèves : des options ont-elles disparu ?

Plusieurs ensei­gne­ments d'exploration ne sont plus pro­po­sés en seconde. Certaines options ont égale­ment dis­paru ou, en langues anciennes par exemple, ont été réduites de 3h à 2h par semaine. A la ren­trée, on a même eu le cas d'un établis­se­ment qui ne pou­vait pas appli­quer les horaires obli­ga­toires. Cela s'est réglé, mais avec de grandes difficultés.

Vous avez égale­ment dénoncé le manque de for­ma­tion des ensei­gnants sta­giaires. Il y a pour­tant eu cette année des stages de cinq jours pour les étudiants qui ont décro­ché leur concours. Est-ce vrai­ment insuffisant ?

L'année der­nière, le minis­tère a com­mandé un son­dage à l'institut IPSOS. Il en res­sort que la majo­rité des jeunes ensei­gnants ne regrettent pas d'avoir choisi ce métier mais aussi que 70% d'entre eux sont très cri­tiques vis-à-vis de leur for­ma­tion. Cinq jours de for­ma­tion de pré­ren­trée, c'est un kit de sur­vie ! En aucun cas, ça ne per­met d'assimiler les séquences à mettre en place pour aider les élèves en dif­fi­culté. Nous deman­dons des heures de for­ma­tion tout au long de l'année, avec une décharge régu­lière chaque semaine. Aujourd'hui, les sta­giaires sont noyés la pre­mière année et comme ils sont à temps com­plet, ils n'ont pas la pos­si­bi­lité de prendre du recul et de réflé­chir à la pra­tique de leur métier.

Certains ensei­gnants plus âgés se sou­viennent pour­tant qu'à leur époque, il n'y avait pas de for­ma­tion théo­rique en tant que telle et que les classes pou­vaient être très char­gées. Dès lors, peut-on vrai­ment par­ler de dégradation ?

Entre les années 60 et 70, le nombre de bache­liers a été mul­ti­plié par deux. Et ce ne sont plus les mêmes élèves ! Dans les classes pré­pa­ra­toires aux grandes écoles, l'atmosphère est stu­dieuse, donc pas de pro­blème. Mais la réa­lité en lycée est dif­fé­rente. Si l'on prend une classe de sciences et tech­no­lo­gies de la ges­tion par exemple, les élèves n'ont pas la même culture clas­sique. Avant dans les IUFM, on appre­nait des sché­mas trans­ver­saux, avec de la socio­lo­gie et de la psy­cho. On appre­nait à mieux connaître les élèves. Aujourd'hui, les dif­fi­cul­tés sont incomparables.

La réforme du lycée s'est pour­sui­vie avec les nou­velles pre­mières géné­rales, avec un accom­pa­gne­ment per­son­na­lisé. Quels sont les pre­miers retours sur ce changement ?

Ce sont sur­tout les établis­se­ments les plus favo­ri­sés qui béné­fi­cient de l'accompagnement per­son­na­lisé. La réforme a accru les inéga­li­tés ! Cette année, le regrou­pe­ment d'élèves de séries dif­fé­rentes dans les mêmes classes en histoire-géo risque de poser des pro­blèmes. On met tout le monde ensemble alors que les approches pour inté­res­ser les élèves doivent être dif­fé­rentes selon les pro­fils. Les profs râlent égale­ment beau­coup sur le contenu des pro­grammes. En histoire-géo et en sciences éco, on ne consulte plus les enseignants !

Les mis­sions des ensei­gnants ne doivent-elles pas, elles aussi, évoluer pour mieux répondre aux besoins nouveaux ?

Les mis­sions des ensei­gnants ont déjà évolué, nous avons par exemple de plus en plus de contacts avec les familles qu'auparavant. Mais c'est vrai qu'il fau­drait déve­lop­per tout ce qui a trait à la maî­trise des nou­velles tech­no­lo­gies : apprendre aux élèves à hié­rar­chi­ser les infor­ma­tions sur inter­net, mon­trer dans toutes les dis­ci­plines que l'informatique c'est bien mais que ce n'est qu'un outil. Si ça peut aider des élèves à rac­cro­cher le wagon, il faut davan­tage for­mer les ensei­gnants à ces tech­no­lo­gies nouvelles.

Charles Centofanti


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Lieee
le 23 septembre 2011

Faire grève le 1er jour du concours (CRPE), quelle très bonne idée... C'est tou­jours les mêmes qui sont pénalisés !!!

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armand
le 24 septembre 2011

Quel tas d'hypocrisie.
Les ensei­gnants ne veulent pas tra­vailler plus alors qu'ils sont ceux qui tra­vaillent le moins en Europe : 15H pour les agré­gés et 18H pour les agrégés...contre près du double en Allemagne ou au UK. Pas éton­nant qu'ils soient les — bien payés, c'est eux qui en font le moins dans TOUTE l'Europe !
Ensuite, les syn­di­cats disent n'importe quoi : ils veulent juste + d'avantages, + de salaire et + de vacances.
Marre de cela quand on voit com­ment les sala­riés du privé sont traités.

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coco
le 29 septembre 2011

Mrr Armand! les ensei­gnants, ne vous déplaise, ne tra­vaillent pas "que" 18 h, ils ont des cours à préparer...eux! des copies à cor­ri­ger, des bul­le­tins de notes à rem­plir, alors arrê­tez de cri­ti­quer les ensei­gnants et ima­gi­nez un peu le tra­vail qui les attend chez eux le soir, quand vous siro­tez votre...apéro ou votre jus de fruits! alors arrê­tons de prendre les ensei­gnants pour des gens qui n'ont pas grand-chose à faire! ce sont pour la majo­rité des pas­sion­nés, cer­tains font des heures supp, Personne ne vous force à conti­nuer de tra­vailler dans le privé!

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