22.09.2011

Un "Roméo et Juliette" sans mièvrerie au Théâtre de l'Odéon à Paris

Histoire d'amour érigée en mythe, "Roméo et Juliette" de Shakespeare, fait alter­ner avec allant scènes tra­giques et comiques à l'0déon-Théâtre de l'Europe à Paris, dans une mise en scène pleine de tur­bu­lence juvé­nile, éloi­gnée de toute mièvrerie.

La moder­nité de la pièce, mise en scène par Olivier Py et don­née jusqu'au 29 octobre, s'affiche d'entrée de jeu, quand des gangs de jeunes en pan­ta­lons de treillis, des bas de nylon sur le visage, s'affrontent vio­lem­ment sur la scène. Ce sont les clans rivaux des familles Capulet et Montaigu, nour­ris d'une haine ances­trale, qui ensan­glantent les rues de Vérone.

Pour décor, des espaces mobiles en bois s'assemblent et se défont sous le regard du public. Un piano et son musi­cien sont là pour sou­li­gner la cou­leur émotion­nelle des dif­fé­rentes scènes. Une bâche en géla­tine rouge se déroule aussi par­fois pour confé­rer une atmo­sphère étrange à l'action.

Dans cet espace, les acteurs explosent de jeu­nesse fan­tasque. Brillamment incarné par le jeune Matthieu Dessertine, âgé de 23 ans, Roméo est le plus mélan­co­lique, fou­gueux mais enclin au déses­poir et habité d'un sombre pressentiment.

Juliette, dans sa longue robe blanche, est tout aussi jeune: 14 ans chez Shakespeare et 22 ans pour l'actrice Camille Cobbi, dotée d'une grande puis­sance tragique.

L'amour des deux jeunes gens, qui appar­tiennent à des familles enne­mies, est impos­sible, donc absolu et hors de l'existence com­mune. Un absolu joué par les deux jeunes acteurs avec une poé­sie et une ardeur juvé­nile à laquelle répondent la vio­lence et la gros­siè­reté des adultes.

Ainsi, dans une incroyable scène de folie furieuse, le père de Juliette, tyran­nique, la frappe et l'injurie, outré qu'elle ose lui résis­ter, tan­dis que le piano couvre les voix de lourds accords. Puis la scène se répète.

La tra­duc­tion d'Olivier Py dans un lan­gage contem­po­rain donne toute leur ver­deur à ces scènes, comme aux pas­sages comiques, notam­ment quand appa­raît la nour­rice, jouée avec talent par Mireille Herbstmeyer, son petit fichu sur la tête, et sa frasque d'eau de vie à por­tée de la main. Pragmatique, à la fois confi­dente et entre­met­teuse, elle affiche un goût pro­noncé pour les plai­san­te­ries salaces.

Des plai­san­te­ries mises au goût du jour par Olivier Py et qui trouvent un écho dans le public, comme lorsque les jeunes gens, qui riva­lisent de gros­siè­re­tés ado­les­centes miment des pra­tiques homo­sexuelles et égrènent des plai­san­te­ries lourdes de sens.

Les bonnes blagues adres­sées direc­te­ment aux spec­ta­teurs par des per­son­nages annexes font aussi mouche.

Quand vient le temps de la tra­gé­die et de la mort des jeunes gens qui s'affrontent dans les rues, la palis­sade qui tient lieu de décor se rap­proche du bord de la scène qu'elle réduit à un mou­choir de poche, comme un mur qui sépare Roméo et Juliette, comme l'espace rétréci des vies bri­sées par le destin.


 

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